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Fée clochette  Fée clochette  Fée clochette
 
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L'abstrait rend-il intelligent ?


La capacité qu'a l'homme de déceler une faille dans un raisonnement logique est désormais bien étudiée en imagerie à résonance magnétique et se situe dans le lobe pré-frontal droit. Or on vient de découvrir que le rire et la capacité à apprécier l'humour mobilisent la même zone. On appréciera le fait que le rire et la logique soient ainsi associées. En fait, c'est très logique ! Le maître-mot est le décalage. Ce que nous repérons dans un raisonnement biaisé est le décalage logique et de même, ce qui nous fait rire est un décalage par rapport au prévisible.

 
Clic/agrandir dans une nouvelle fenêtre. L'humour produit le décalage qui nous fait rire ou sourire. L'abstrait naturel ajoute un autre décalage qui laisse perplexe. Le but visé est de rapprocher autant de la nature que de soi (car les deux sont de même nature).

Peut-on affirmer que tout décalage par rapport au prévisible sera traité dans la même zone que le rire ou le déroulement logique ? Il est trop tôt pour l'affirmer mais si l'hypothèse que j'émets est valide, alors cela signifie que tout ce qui dans une photo produit un décalage concernera la même zone.

On connaît bien entendu les photos humoristiques et les nombreux décalages dans la photo de reportage (sans doute l'un de ses principes les plus forts). Qu'en est-il du graphisme et de l'abstrait ?

Le graphisme est par essence prévisible. On peut même affirmer que les décalages dans le graphisme sont déplaisants et qu'on cherche à les éliminer pour aller vers la perfection des lignes. Le graphisme n'est donc pas un bon candidat pour stimuler la zone cérébrale du décalage. On comprend ainsi qu'il est plus orienté vers la satisfaction esthétique que vers le questionnement logique. Au contraire, l'abstrait, qui joue en permanence avec le réel, est un bon candidat.

Ainsi la notion de décalage logique est un critère de plus pour distinguer le graphisme et l'abstrait. On voit également que l'abstrait, s'il arrive à créer un décalage logique, va mobiliser la zone du rire et nous amener à déceler la faille. Notre intelligence sera donc sollicitée.

Je ne sais pas si on peut en conclure que l'abstrait rend intelligent, mais probablement que l'art consiste bel et bien à introduire un décalage dans la perspective du spectateur. Ce décalage l'incite à reconstituer une logique ou un déroulement intérieur, et l'amène plus loin qu'il ne serait allé seul sur les chemins de l'esprit et de l'intériorité.

Si on en vient à l'abstrait naturel, ce décalage peut-il exister et où mène-t-il ? À la première question, j'ai tendance à répondre oui, ce décalage existe, il suffit d'écouter les commentaires du public. Si on accepte cette première idée, où mène donc ce décalage ?

Clic/agrandir dans une nouvelle fenêtre. L'abstrait naturel permet d'introduire un décalage, particulièrement quand on reconnaît en partie la matière sans pour autant savoir ce que c'est. On est ici face au propre de l'abstrait : la matière et les formes sont prises pour elle-mêmes mais dès l'instant où on a l'impression d'identifier quelque chose on reconstruit une scène. Mais comme ça ne fonctionne pas tout à fait, on reste en décalage permanent, aucune interprétation n'étant satisfaisante.

Dans un premier temps, le décalage est interprété comme n'étant pas naturel. La personne pose immanquablement la question de la retouche, du trucage ou de la « photo sur ordinateur ». Si on arrive à la convaincre de l'absence de tout artifice (ce qui n'est pas toujours gagné), alors le décalage produit un vertige, peut-être une forme de mise en abîme telle que recherchée par l'art contemporain.

Par ce vertige la personne est confrontée à son rapport à la nature et à la réalité. Le décalage logique produit une ouverture considérable et l'envie d'avancer vers des portes intérieures. Il révèle l'abîme entre la conscience ordinaire et la réalité du monde et de la nature. Pendant un bref instant, la personne se trouve connectée à quelque chose de divin, une perception subite de l'essence du monde.

On notera que cette vertu du décalage logique est utilisée depuis des lustres dans le zen par exemple, avec les aphorismes (sortes d'affirmations incompréhensibles, du moins logiquement), et plus récemment dans les techniques d'hypnose sans hypnose. Dans tous les cas il s'agit d'induire un état transcendental par un décalage logique. 

L'abstrait peut-être un pont entre soi et la nature, entre nous et le divin, et par là-même contribuer à la connaissance de soi et à une conscience de la nature propice à une protection efficace, fondée sur le respect retrouvé.

Bon, vous allez peut-être me dire que je rêve… mais peut-être pas tant que ça !

Merci de vos commentaires

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Présentation de mon blog Queyras



Mon blog Queyras a pour but de donner une vision différente voire iconoclaste d'une région aujourd'hui assez connue. Si je n'y ai jamais vécu, j'y ai travaillé (accompagnateur et moniteur de ski de fond).

Je n'apprécie pas outre mesure le côté tourisme à la ferme qui semble être en faveur. Je comprends qu'on puisse aimer voir les villages et les paysans faucher à la main, mais enfin c'est quand même du folklore. Il est vrai que le Queyras est certainement l'un des lieux de nature des Alpes du Sud parmi les plus vivants et les plus habités mais je vous invite à respecter les habitants et à ne pas les regarder comme dans une réserve d'indiens.

J'axerai mon blog davantage sur l'ambiance, sur la nature et sur les lieux de randonnée. Du fait de l'existence du Parc Naturel Régional du Queyras, je serai amené à parler de protection de la nature. À l'occasion je ferai écho aux nouvelles du Parc et comme dans tous mes blogs je profiterai de diverses occasions pour faire un peu de vulgarisation scientifique.

Pour l'instant, voici les différents textes que vous pouvez lire :

Une nouvelle par épisodes, Une balade sensorielle

Queyras, un pays de balades

Crête de Curlet et Pic Cascavelier, une rando méconnue

Le cembro du Queyras

Apprendre à regarder la nature : Petit Belvédère du Viso

Erosion : 15 millions d'euros…

Prix du pétrole, chance ou risque pour nos montagnes ?

À l'origine de la nouvelle Une balade sensorielle

Tour de France 2008 : le col Agnel

Furfande, le vallon aux 4 cols


Intégrer la notion d'abstraction dans la composition : l'ombre


 
    

 Clic/agrandir. Deux échelles différentes mais même type d'effet. Les arbres ou l'armérie ont beau ne pas être d'une netteté parfaite et un peu cramés, l'effet est saisissant. Le graphisme prend le pas sur la réalité.

Note : cet article s'insère dans une série commencée par une réflexion générale : La composition est une abstraction. Il n'est pas une leçon de photo, il a juste pour but de faire réfléchir en proposant un point de vue particulier.

Quant on parle de la lumière (Intégrer la notion d'abstraction dans la composition : la lumière), on parle évidemment de l'ombre et de la lumière. Mais j'ai choisi d'attirer votre attention sur l'ombre elle-même, car elle est davantage le résultat d'un choix d'exposition que de la lumière elle-même. Soyons clair : les ombres noires n'existent pas dans la nature, mais on les affectionne en photo.

Du point de vue de l'abstraction, l'ombre est la grande amie, en paysage surtout. À elle toute seule, elle redessine les paysages, souvent d'une manière plus esthétique ou émouvante que nature !

Si on apprend à voir l'ombre, les occasions ne manquent pas de faire des photos vraiment différentes du tout-venant. Mais le changement d'attitude est là : apprendre à voir l'ombre alors que notre œil sélectionne automatiquement la lumière.

Clic/agrandir. La montagne est l'endroit idéal pour faire son apprentissage car les crêtes et les sommets projettent des ombres parfois dantesques. L'automne est à cet égard la saison idéale car les ombres sont bien dessinées toute la journée.

Voyez-vous les ombres ? C'est peu probable ! Faites un essai très simple : regardez un paysage (peu importe qu'il soit beau ou non) tout en discutant avec des amis. De mémoire, sauriez vous dire quelle est la longueur de l'ombre par rapport à la hauteur des objets et si telle partie du paysage est ou non plongée dans l'ombre ?

Ou, plus difficile, regardez un arbre rapidement puis fermez les yeux. Sauriez vous dire où faire la mesure d'exposition de façon à ne pas enterrer les tons moyens ? S'ils sont enterrés sans être noirs, la photo sera ratée. Votre but est de boucher les ombres, pas toute la photo !

On le voit, c'est tout un apprentissage à faire, et il en va de la réussite de vos photos. La démarche est presque contre-nature car c'est un processus d'abstraction : évaluer l'ombre afin de voir ce qui se sera dessiné sur le papier ou l'écran, et décider de l'exposition en conséquence. Ainsi, même le photographe le plus éloigné de l'abstraction a nécessairement une démarche abstraite pour faire ses photos ! Autant le faire consciemment, non ?

Voyez-vous, il n'y a pas grand-chose d'autres à dire tant c'est simple : exercez-vous à regarder les ombres plutôt que la lumière, là est le grand secret.

Il ne vous restera plus ensuite qu'à faire divers essais de mesure de lumière et de traitement en post-production. À vous la photo d'auteur, car les ombres marquées voire envahissantes signent la photo dite artistique par rapport à la photo d'illustration (dans laquelle trop d'ombre est mal vu). Au passage, on s'apercevra si on opte pour ce type de photo que les besoins en dynamique s'effondrent littéralement…  Par contre, le post-traitement est délicat.

 
Clic/agrandir. L'ombre est en grande partie une histoire d'exposition et de post-traitement. L'essentiel est d'exposer correctement les tons moyens sans quoi la photo sera enterrée.

Maîtriser l'ombre, c'est savoir la rendre suffisamment noire pour réduire la photo à ce qu'on veut montrer, voire aller jusqu'au graphisme. La mesure matricielle ou pondérée tenant compte des ombres, on peut passer en spot ou plus simplement mesurer la lumière en évitant les ombres. On peut aussi resserrer les niveaux de manière drastique en post-production, mais c'est moins satisfaisant et souvent moins efficace (on risque des bascules de couleurs et trop de saturation).

On peut également sous-exposer d'un diaphragme, voire deux, mais il faut prendre garde à exposer correctement les tons moyens. Le but est des ombres noires (ou au moins très denses) mais si les tons moyens sont bouchés ou d'apparence terne ou sale, la photo sera ratée. Une astuce en post-production consiste, une fois le traitement jugé satisfaisant, à éclaircir un peu via la courbe. J'appelle cela donner un coup de soleil. Hélas, je ne le fais que depuis très récemment. Je dis hélas, car ça change tout.

Bientôt la suite : le point de vue

À vos commentaires !

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> La composition est une abstraction

Intégrer la notion d'abstraction dans la composition : la lumière


Xavier Coulmier, à cœur de macro


Voilà un auteur qui se paye le luxe de peu montrer et de ne pas vendre autrement qu'en exposition, ou des tirages via son site. Ce premier point donne un indice sur la démarche sans concession.

Xavier pratique la macro en toute tranquillité, sans y consacrer tellement de temps en vérité. Il préfère ne pas se précipiter ni s'user l'œil à mitrailler à tout-va. Malgré la tentation numérique, il retient son doigt sur le déclencheur, guettant le fameux instant décisif : celui du cœur.

L'instant en question est également celui de l'humour qui nous fait voir les « bestioles » d'une autre manière. Pas d'embrouille naturaliste et sérieuse, même s'il le pourrait de par ses études. Faire rire n'est pas son but non plus, même si ça fait partie du personnage. Non, faire rire c'est plus simplement ouvrir le cœur, de telle manière que lorsqu'on ouvre à nouveau les yeux on ait un choc: « Damned, ce truc, là… » Eh oui, vous êtes sans doute tombé sur une composition à la Coulmier, qui tutoye l'abstrait pur.

Xavier est connu pour sa pratique de ce que j'appelle « le monde à 2,8 », c'est-à dire la macro à pleine ouverture, mais il n'en reste pas là. Le flou à tout prix risquant de le laisser coincé quelque part entre décoratif et abstrait, il explore les grossissements extrêmes. Mais ça, il faudra attendre un peu pour en voir davantage d'échantillons. Patience, et surveillez son site !

S'il me fait l'honneur de m'autoriser à publier une de ses photos les plus abstraites, je vous reparlerai de lui.

> Site : Les couleurs de la macro

> Portfolio La fée estivale et le peintre de lumière 


Un extraterrestre en photo !



 
Kapoki regarde le monde, clic/agrandir

Je me promenais au bord d'une rivière et je l'ai vu : Kapoki. Je ne sais plus s'il m'a dit son nom ou si c'est moi qui l'ait nommé ainsi. Kapoki regarde le monde et en tant qu'extraterrestre, il n'a aucune envie de l'envahir ni d'y poser un pied.

Kapoki pense : il est donc comme nous. C'est normal : s'il était trop différent nous ne le verrions pas. À ce propos, vous avez sans doute remarqué que les représentations d'extraterrestres suivent notre propre évolution ? Cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas, juste que s'ils avaient une forme véritablement différente, nous ne les verrions pas. Ainsi sont-ils peut-être parmi nous mais nous ne pouvons pas les voir car incapables de nous les représenter. Je sais, ça donne le tournis, mais c'est une réalité scientifique (le fait que nous ne pourrions pas nous les représenter, et non le fait qu'ils soient parmi nous).

Aussi on ne s'étonnera pas si Kapoki est fidèle à ce que nous sommes en réalité : une grosse tête sans pieds. Voilà ce que nous sommes devenus ! Encore un peu et nous allons passer dans le virtuel. C'est peut-être là que nous les rencontrerons pour de bon, les extraterrestres, de l'autre côté du miroir ? Qui sait s'ils n'habitent pas déjà la matrice, à moins qu'ils n'en soient les créateurs ?

Attention, pendant que vous regardez votre écran d'ordinateur, la matrice est là, ou en tout cas les lignes de code…

> Voir la galerie Kosmikos en entier (72 photos)

À vos commentaires !

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Le coup de l'éditueur (titre sans coquille)


 
Une photo trop plastique pour être publiée ? Clic/agrandir 
 

– Didier, un éditeur au téléphone !

Telle fût la joie claironnante de ma femme un jour de 2000. Revenons un peu en arrière. Tout heureux, j'avais envoyé deux projets de livres aux éditions du C#. À l'époque, cet éditeur était encore réputé pour la photo.

Un des livres concerne le Queyras à l'automne, associant des paysages à des abstractions, avec une nouvelle poétique et sensuelle (> Une balade sensorielle). L'autre projet met en scène l'eau, je l'ai intitulé Joie d'Ondines, titre aussi de cette galerie où on peut voir des exemples de photos que j'avais sélectionnées. Je l'ai accompagné d'un conte.

Nous voilà donc revenus au coup de téléphone. Que peu de temps après mon envoi le directeur artistique en personne m'appelle pour me féliciter, c'est un sacré indice que tout va bien se passer ! Quelle joie ! Facile à imaginer, n'est-ce pas ? Deux livres publiés aux éditions du C#, sympa pour un débutant. Mon interlocuteur est même plus qu'enthousiaste. Le temps de me remettre un peu, je me décide à poser quelques questions.

– Ah je vous remercie, vous allez m'éditer, alors ?

– Non, c'est trop plastique, trop artistique.

Pleine face, je n'avais vraiment pas eu le temps de me préparer ! Sans doute gêné par mon silence lourd comme toute la peine du monde, il reprend aussi sec.

– En plus avec des nouvelles et des contes, vous n'y pensez pas !

– Mes textes ne sont pas bien ?

– Si, au contraire, mais c'est trop littéraire.

Moi qui ne me sens guère littéraire, plutôt assembleur de mots, je suis désarçonné. Je n'avais pas rêvé être qualifié de littéraire, et voilà que le vocable assassin se retourne contre moi. La colère monte et tel le cycliste, je démarre en danseuse.

– Ah bon, alors pourquoi vous m'appelez ?

Je reprends le dessus, non ? Presque fier. Pas pour longtemps.

– Pour vous encourager, car aucun éditeur ne voudra vous publier.

Eh bien, en voilà un qui a l'art de l'encouragement. Dézingueur de rêves, voilà ce qu'il aurait dû faire. Et ça, il le fait avec un talent fou : imperturbable, le mec. Dans une autre vie, il a un sacré avenir, et même dans cette vie, allez savoir. Dans les cordes, me voilà, moi qui croyait faire quelque chose dans mes cordes (publier des livres). J'essaie de récupérer et je lâche platement :

– Euh, vous trouvez ça encourageant ?

– Ben non, mais… Il ne faut pas vous décourager. Peut-être qu'un tout petit éditeur prendra le risque.

Voilà qui me fait une belle jambe. Je me le paierais bien cet âne qui me démolit mais je sais rester courtois, ou presque.

– Donc vous, si je comprends bien, vous publiez de la soupe ?

– Ben vous savez, c'est l'édition. On se recentre sur ce qui se vend. Surtout pas artistique !

Ah, mais je le tiens l'animal. Il ne le sait pas encore : j'ai une botte secrète.

– Ce qui se vend ? Eh bien justement, je vais être édité. Mon livre sort en fin d'année, aux éditions Serpenoise.

– Un livre comme les maquettes que vous m'avez envoyées ?

– Euh, non. Des paysages, peu d'abstrait. Et pas de texte.

– Ben voilà.

Tout est dit. Il faut du basique, du simple ou, je le comprendrai plus tard, de l'informatif, du technique. De l'Histoire, c'est encore mieux. Ou à la rigueur un essai artistique, mais là il faut être trapu. Si on n'est pas universitaire, on a juste le droit de se taire. C'est bien connu, l'art, c'est du sérieux. L'inspiration n'y a aucune part, donc un quidam ne peut rien en dire d'intéressant. Capito ? Ma diatribe intérieure terminée, une lueur d'espoir pointe. Je porte ma dernière estocade.

– Mais le fait que j'ai un premier livre photo, ça ne compte pas ?

Je ne lui parle pas d'un autre livre que j'ai publié, car ça n'a pas grand-chose à voir, et puis inconsciemment, je pressens sa dernière réplique.

– Pas trop. Ce qui compte est le succès, et surtout du 2e ou du 3e bouquin. Beaucoup d'auteurs sont grillés parce que leurs premiers livres ne marchent pas assez. Vous ne voudriez pas ça ?

Je ne sais plus si j'ai raccroché ou si j'ai simplement soupiré, longtemps soupiré…

Note : je connais désormais un peu mieux le monde  de l'édition et je tiens à signaler que la dernière affirmation de notre sinistre mais honnête personnage n'est pas exacte. Ça peut être le cas, mais il y a également beaucoup de contre-exemples, hors le carré germano-pratin. Certains auteurs ont végété longtemps avant d'être tout à coup connus, au cinquième ou sixième livre voire plus, d'autres n'ont jamais été connus mais ont finalement vendu des milliers d'exemplaires. Quant à moi, je ne me suis pas découragé et j'ai finalement pas mal de publications… Peut-être assez pour décider un grand éditeur ?

J'en profite pour dire que s'il est bon de ne pas se faire d'illusions, et surtout de ne pas espérer vivre des livres qu'on publie (très peu d'auteurs y parviennent), il ne faut pas se décourager. Dans le domaine, la persévérance paye davantage que le talent, l'idéal étant de réunir les deux.

À vos commentaires !

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Intégrer la notion d'abstraction dans la composition : la lumière


Il ne s'agit pas ici de faire un cours de photographie mais d'aborder certains aspects d'après le point de vue La composition est une abstraction. Je me cantonnerai au paysage, à vous de traduire pour vos sujets.

C'est bien connu, au commencement est la lumière, qui sculpte les formes, souligne ou enlève, renforce ou adoucit. Mais choisir son éclairage, c'est-à-dire en extérieur ses heures, dans quel but ? Sans dessein, pas de dessin : il faut savoir ce qu'on veut représenter pour utiliser la lumière à son avantage.

La lumière est bonne si les ombres sont plus longues que la hauteur du sujet, les meilleures heures étant deux heures après le lever du soleil et deux heures avant son coucher. Même la meilleure lumière n'est pas toujours suffisante à de bonnes photos (de même qu'un beau paysage suffit rarement à faire une bonne photo). La lumière rasante met tout en valeur mais si on néglige les points que nous allons aborder, on sera déçu. (Note : si on ne veut pas du tout d'abstraction, c'est-à-dire représenter les choses telles qu'elles sont, il vaut mieux un temps couvert ; les couleurs sont alors plus justes et les ombres n'accentuent pas le relief).

   

Clic/agrandir. Photo 1 : La lumière rasante se trouve à diverses heures en montagne, selon les versants. En soi elle ne suffit pas, il ne faut tout de même pas oublier une composition simple et harmonieuse. Photo 2 : Le jeu des ombres et des lumières permet d'isoler l'arbre du fond et de renforcer l'effet de la belle lumière.

La lumière n'est pas facile à maîtriser car on oublie le fonctionnement de l'œil. Si on photographie ce que son œil voit, on sera déçu. Le beau chemin de randonnée au petit matin se transforme en zone sombre (car dans l'ombre) débouchant sur un ciel cramé (car l'appareil ne peut encaisser un tel contraste). Que voulait-on représenter ? Un chemin vers le ciel au lever de soleil ? Formulé ainsi, la photo devient quelque chose à représenter par des choix, et non quelque chose à enregistrer tel que.

La question devrait être « Quelle lumière pour mettre en valeur le fait que le chemin mène vers le lever de soleil ? ». Difficile alors de ne pas voir que le chemin est à l'ombre (par exemple). Devenu motivé par le sujet de la photo, le photographe attendra le bon moment ou cherchera un autre point de vue. Mais il n'attendra pas trop longtemps non plus : si le chemin est entièrement éclairé, il ne mènera plus vers le lever de soleil. On ne verra plus que le chemin pour lui-même.

D'une manière générale, il est important d'avoir en tête la question « Est-ce que la lumière telle qu'elle est et non telle que je la vois met en valeur mon sujet ? ». Ainsi, deux points deviennent importants : la mise en valeur du sujet par la lumière, et la conscience de la différence entre perception par l'œil et réalité.

Clic/agrandir. L'ombre au premier plan remplace avantageusement un premier plan qui n'aurait fait qu'attirer l'œil sur des détails sans intérêt et diminuer l'impression de profondeur. Grâce à cette ombre, le lac a pu être photographié de plus loin. La perspective en est augmentée. On a l'impression qu'il va se perdre dans l'infini. Il s'agit en réalité d'un bien petit lac (150 mètres de diamètre environ) !

L'œil ne voit pas l'ombre si elle recouvre le sujet principal mais l'accentue si elle le souligne. Il ne voit pas les zones éclairées telles qu'elles sont, très lumineuses (notamment le ciel). Le mot « moyen » est un bon raccourci de ce que voit l'œil, qui tend à ramener toute la scène à des moyennes (sinon il est ébloui).

On se retrouve donc avec ce paradoxe : l'œil compose le paysage que je vois, qui est différent de la réalité. Avec ma photo je veux magnifier ce que je vois, donc prendre une photo qui n'est ni la réalité ni ce que je vois, mais avec un appareil qui va enregistrer la réalité ! Pour s'en sortir, il faut en premier lieu tester soi-même le fonctionnement de son œil afin de savoir à quoi s'attendre.

Dos au soleil, regardez un paysage par temps de nuages blancs (beau temps à cumulus) puis regardez brutalement le ciel au-dessus de vous, à la verticale : vous serez ébloui, et il vous faudra un certain temps pour pouvoir regarder les nuages dans leurs vraies couleurs, luminosité et profondeur (l'expérience fait mal aux yeux mais n'est pas dangereuse). Continuez à examiner les nuages blancs, le ciel bleu, puis d'un seul coup, regardez à nouveau le paysage. Vous allez constater que vous le voyez normalement, ou à peu près. Conclusion : votre œil avait diminué l'intensité lumineuse du ciel sans modifier celle du paysage. Pour votre photo, il vous faudra choisir entre un ciel tel qu'il est en réalité (très clair) ou un paysage bien plus sombre. On choisit en général cette deuxième solution (et on améliore les choses au post-traitement). Le rendu est globalement meilleur mais est-il excellent ? Quelle est votre intention ?

Clic/agrandir. L'absence de lumière sur les montagnes aurait classiquement semblé un problème. En fait, c'est ce qui donne de la profondeur à la photo. Déjà reléguées au loin par le 18 mm, les montagnes disparaissent en outre dans l'ombre, tout en restant présentes. Entre l'ombre du premier plan et du dernier, l'œil est attiré sur la touffe et les herbes juste derrière. On n'est pas dans un paysage américain et la touffe aurait semblé ridiculement petite (ce qu'elle est) sans cet artifice.

Si vous me suivez toujours dans la formule « la composition est une abstraction », vous allez vous demander comment trouver le bon rapport ombres-lumières qui met en valeur le paysage. Pour que votre paysage ne soit pas plat, plongé dans une torpeur ombragée, il faut retrouver ce qui en fait l'intérêt à l'œil : l'opposition entre le vert (par exemple) et le ciel lumineux. Le ciel étant trop lumineux, il est intéressant de chercher à composer avec les ombres et lumières l'équivalent visuel. Par exemple avec un premier plan à l'ombre qui paraîtra noir, et un second plan éclairé, qui sera le sujet, le ciel trop clair disparaissant à l'horizon sans gêner quiconque (on pourra même cadrer en l'éliminant).

Ensuite, y a-t-il des détails gênants dans la composition, comme un buisson qui n'apporte que du fouillis ? Se déplacer pour ne plus l'avoir dans le champ n'est peut-être pas la peine. En effet, ce qui est sombre et à l'ombre ne se verra pas ou peu, de même que ce qui est clair au soleil. Mais à l'inverse, et souvent gênant, un rocher clair émergera de l'ombre comme un phare ! Une masse sombre n'éteindra pas la lumière si elle est de petite taille, mais deviendra gênante si elle est importante, comme la végétation. Souvent plus sombre qu'il n'y paraît à l'œil, il convient de la traiter visuellement comme si elle était à l'ombre (pins en particulier), et donc ne pas rajouter trop d'ombre, ou alors de la plonger carrément dans le noir en choisissant l'exposition ad hoc.

Bref, le processus d'abstraction à propos de la lumière revient à se poser la question : quel est l'équilibre des masses éclairées et à l'ombre, et des points clairs et de zones sombres ? On peut s'aider en clignant les yeux jusqu'à ne pratiquement plus rien voir. Il ne faut pas se contenter de voir l'ombre et la lumière mais aussi le clair et le foncé, sans quoi on aura des surprises : rocher surgi de la nuit, chemin clair indistinct car dans une forte lumière, ou encore chemin traversant une zone d'ombre qui selon le cas lui donne de la profondeur ou la transperce désagréablement.

 

Clic/agrandir. L'ombre des nuages modifie la forme apparente des crêtes : on peut en profiter pour redessiner les montagnes, ici en transformant un ressaut sans intérêt (à gauche au second plan) en fine crête (à droite au second plan). Au lieu d'être attiré par la maigre végétation (à gauche), l'œil se satisfait du graphisme (à droite). On note que dans le premier cas l'observatoire étant éclairé par le soleil, la photo peut permettre de le situer (photo d'illustration) tandis que dans le second on l'oublie car il est dans l'ombre. Du point de vue illustration, la seconde photo serait ratée, donc.

Il est intéressant de ne pas se contenter d'une bonne lumière mais de voir si le jeu des ombres et des lumières ne dessine pas autre chose que ce que l'œil voit de prime abord. Ombre et lumière ramenant souvent les crêtes à des lignes, par exemple, est-ce que leur dessin est harmonieux, que les différentes lignes convergent ou dessinent de beaux motifs, ou au contraire se mélangent en scrisp-scrasp déprimant ?

Finalement, pour faire une bonne photo de paysage, il faut oublier le paysage ! On est bel et bien en pleine abstraction, non ? Pour être plus exact et revenir au sujet de l'article La composition est une abstraction, il faut oublier ce qu'on voit ou croit voir pour se concentrer sur ce qu'on veut représenter. Bonnes photos !

> Suite : L'ombre


Présentation de mon blog Lorraine


 
Balade en Val de Meuse. clic/agrandir 

Je dois tout à la Lorraine : j'y suis allé pour me marier, et j'y ai découvert l'abstrait naturel. Tout comme j'ai pris le temps pour me marier, n'y venant qu'à un âge qui ne s'avoue pas, j'ai longtemps pratiqué la photo en amateur insatisfait, plus intéressé par son matériel que par les résultats. Je fus même tellement dégoûté de mes photos que j'ai arrêté pendant 15 ans.

Après un tel délai de réflexion, j'ai commencé à voir les choses autrement et je me suis remis à la photo en tant qu'auteur… pour arrêter deux ans plus tard, toujours sur ma faim. Le déclic s'est produit en Lorraine, où encouragé par ma muse, j'ai repris la photo avec un choix d'optiques draconien : un 18 mmm et un 200 macro, point. Mon œil s'est ainsi affiné. Le texte Entrer dans le paysage donne une idée en raccourci de la démarche.

En Lorraine, j'ai été surpris par l'espace et le calme. J'imaginais un pays terne et plat, il est riant et vallonné. Quand le temps est de la partie, certes… Mais il ne faut pas trop être mauvaise langue : j'arrivais quand même à faire une sortie par semaine en moyenne, ce qui est bien suffisant (après il faut traiter et vendre les photos).La Lorraine n'a pas uniquement été mon déclic vers l'abstrait mais aussi vers l'édition : je n'avais pas deux ans de photos derrière moi dans cette région, que j'ai eu la possibilité de publier un livre : Envoûtante Lorraine.

 

Photo de couverture du livre Envoûtante Lorraine. Clic/agrandir 

Aujourd'hui je n'habite plus en Lorraine et je n'ai même pas de notes pour me rafraîchir la mémoire. Mais les bons moments sont gravés et je n'ai pas de peine à présenter un à un les 22 pays qui composent la région. Je suis heureux de vous faire découvrir une région aux paysages méconnus voire moqués. Et si vous habitez Paris et que vous avez besoin de calme, pensez Lorraine !

> Présentation : cette envoûtante Lorraine
> Du silence, il me faut du silence
> Au pays de Mordor
> Le pays de Sarrebourg
> Le Val de Meuse
> La Vôge, pays de repos absolu !
> Entrer dans le paysage


Poésie et abstrait naturel


Au bord d'une rivière le voyage intérieur commence. Clic/agrandir 

La photo de paysage incite à chercher, et donc à découvrir. À la recherche d'un point de vue intéressant, ou poussé par je ne sais quelle nécessité intérieure, je circule partout comme un ours (!) et je finis par me retrouver dans des endroits improbables, des lieux les plus nus ou laids à d'autres tellement sauvages ou inextricables que je me demande comment je suis arrivé là.

Comment, et surtout pourquoi. Il n'y a pas de réponse, sauf à admette qu'une nécessité intérieure, une sorte de poésie qui ne demande qu'à sourdre des veines, m'a guidé. Il reste alors à être vraiment présent, avec tous ses sens. Écouter et sentir en premier, regarder ensuite. Il est en effet nécessaire que ce soit les autres sens qui pilotent l'œil, sinon il ira chercher ce qu'il a toujours vu : rien de neuf.

Une poésie qui ne demande qu'à sourdre des veines. Clic/agrandir 

Ainsi poussé, j'oublie jusqu'au paysage et mon œil entame sa balade personnelle. Au bord d'une rivière le voyage intérieur commence. Dans les reflets à la calligraphie changeante n'est-ce pas une ondine qui nous parle ? La beauté de la nature est dans le regard, la merveille dans un détail qui remue le cœur. Quelques gouttes adamantines sur une brindille et la poésie sourd de notre cœur en perles éternelles.

La poésie de la nature touche le cœur jusqu'à « l'abstrait naturel », ce moment d'abstraction où l'image est photo et peinture à la fois. La merveille se laisse photographier pour peu qu'on la voie, trucage et retouches ne sont ni nécessaires ni utiles. Tout est dans le coup d'œil (cet œil s'est développé en Lorraine et en particulier dans les Vosges. Je me suis laissé envoûter par le mélange de graphismes champêtres, de forêts profondes et d'eaux colorées propre à la région).

Ainsi, le paysage est pour moi la porte d'entrée. On me dit que mes cadrages sont particuliers mais… je n'y peux rien. J'ai la sensation que c'est la poésie du monde qu'on prend en pleine face ! Dans ce flot poétique, il ne reste plus qu'à s'accorder. La petite musique intérieure peut alors se jouer, l'œil s'affine et l'abstrait se dessine. Les photos les plus abstraites montrent à quel point la nature est une merveille d'art qui réconcilie l'éternel et l'éphémère.

N'est-ce pas une ondine qui nous parle ? Clic/agrandir 

Alors j'invite le poète en vous à regarder et surtout revenir, à s'évader et pourquoi pas à le faire partager via des commentaires.

> Naissance de l'art abstrait naturel

> Sommaire visuel de mes photos abstraites (galerie Arana) 


La composition est une abstraction


Il semble évident que photographier c'est avant tout reproduire le réel, donc le contraire de l'abstraction. Est-ce si évident ? Le but de cet article n'est pas de parler de l'abstrait proprement dit mais de réconcilier tout photographe avec l'abstraction, en montrant que photographier est un processus d'abstraction. Abstraire signifie enlever, de ab, qui signifie « séparer », et de trahere, « tirer ». Le terme abstraction est issu du bas latin abstractio qui signifiait « enlever une femme » (!).

Fondamentalement, abstraire c'est enlever assez de choses pour pouvoir se représenter la réalité. Tout organe sensoriel fonctionne sur ce principe. Malgré cette sélection due à nos récepteurs sensoriels, si nous percevions tous les stimuli qu'ils nous envoient nous serions en surcharge permanente. Le cerveau filtre en fonction de ce qui lui apporte de l'information ou non (on le fait parfois consciemment, quand on ferme les yeux pour mieux écouter, par exemple).

On le comprend, l'abstraction est un phénomène naturel et en quelque sorte obligatoire pour se représenter une réalité. La question n'est donc pas celle de l'abstraction, inévitable, mais celle de son but : qu'est-ce je veux représenter ? Si on comprend la nature du processus d'abstraction, qui consiste à enlever ce qui est inutile pour mieux se représenter, alors on comprend la nature même de l'acte photographique : photographier, c'est déterminer ce qu'on doit enlever pour rendre lisible ce qu'on veut représenter.

 

Magie de l'eau

Clic/agrandir dans une nouvelle fenêtre (conseillé pour suivre les explications). Si on veut comme ici montrer la magie de l'eau, la pose lente n'est pas suffisante. Il faut également éliminer tous les éléments parasites en cadrant serré, mais pas trop car sans contexte, la photo devient plate. C'est la détermination du juste niveau d'abstraction qui fait la valeur de l'image. L'observateur perspicace remarquera que cette photo a un défaut : les rochers qui apparaissent en haut tiers droit, et qui n'apportent rien. Mais si on les élimine par un recadrage, la photo fonctionne moins bien car alors il n'y a plus assez de fond. Il en résulte un manque de profondeur. Autre petit défaut apparent, la tache claire dans l'angle bas à gauche. Mais si on l'élimine, on perd la tension entre ce point et le torrent.

On voit ainsi que le conseil souvent donné de simplifier, fondement même de la photo, n'est ni plus ni moins que la définition du processus d'abstraction. Isoler le sujet, par un téléobjectif ou en se rapprochant, est un processus d'abstraction, mais il est rustique car massif. Si on en a conscience on ne va plus chercher à isoler le sujet (ce qui donne une photo plate) mais plutôt déterminer le juste rapport à son environnement, ce qui revient à déterminer le bon niveau d'abstraction.

Dans l'idéal, une bonne photo montre uniquement ce qui concourt à la compréhension des événements ou à la valorisation du sujet. Sans quoi c'est une photo plate, sans sujet déterminé. Composer, c'est donner de la valeur à ce qui donne du sens à l'image. Comme sur la photo ci-dessus, inclure des éléments apparemment parasites peut au final dynamiser l'image.

En conclusion, la composition n'est ni plus ni moins qu'une abstraction photographique, de degré variable selon l'auteur, le sujet et les possibilités de cadrage. En avoir conscience ouvre des horizons et rend actif par rapport à la composition. En effet, si on sait clairement ce qu'on veut et pourquoi, on est motivé pour le chercher. Par exemple en paysage, on se déplacera à la recherche d'une photo idéale qu'on a dans la tête, ce qui est une démarche tout à fait différente de la photo subie (je photographie ce que je vois). Or photographier ce qu'on voit, même bien, est pratiquement l'antithèse de la photographie !

Bientôt un article sur la manière d'intégrer l'abstraction dans la composition.

Merci pour vos commentaires ! 

> ACCUEIL 


Camargue : du figuratif à l'abstrait


marais salant

Du figuratif… (clic/agrandir)

La Camargue est un lieu d'ambiance particulière, qui ne se pénètre pas aisément. Si on se contente de venir en Camargue, on en repart aussitôt. Il faut rester, s'imprégner. La Camargue demande du temps. Hormis les oiseaux, tout se passe au sol. Boue, eau, sable, marécages, marais salants, bois échoués, la Camargue invite à examiner sa peau.

J'aime passer du temps en Camargue car l'esprit se simplifie. Au début sont les paysages, ceux-là même qui séduisent les touristes ou émerveillent lors des couchers du soleil. Magnifiques moments, certes, mais aussi invitation à rester, à flâner, à se pencher sur autre chose. Se pencher est le mot, à plus d'un titre ! Il faut avoir une inclination certaine pour cette terre si on veut l'apprécier ; il faut s'incliner devant elle si on veut qu'elle se dévoile ; et bien entendu, il faut incliner la tête si on veut voir !

Au début est la matière, quand on regarde au sol. On voit la terre, le sable, le sel et le bois. Puis peu à peu l'évident s'estompe et une autre dimension se fait jour. Une fois quitté le figuratif, l'abstrait est une autre façon de regarder. Le but en lui-même n'est pas l'abstrait : l'abstrait est un moyen. Aller vers l'abstrait consiste peu à peu à enlever des choses, à éliminer les éléments identifiables. Le but est simplement de dépayser, d'amener à sortir de l'identification (« je reconnais ceci ou cela ») pour créer une confusion mentale propice à l'émergence d'une poésie de l'essence.

marais salant

… à l'abstrait (clic/agrandir)

Ainsi vont mes photos de la Camargue : du plus identifiable à l'abstrait, un abstrait jamais total (la matière étant toujours identifiable), juste ce qu'il faut pour qu'une autre dimension se manifeste. C'est du moins mon but, à vous de voir si je l'atteins. Si vous êtes touché, c'est peut-être que j'y suis arrivé !

> galerie Peau de Camargue (72 photos)

À vos commentaires !


Présentation de mon blog Vosges


Freland Brezouard
 
Fréland-Brézouard près du col du Bonhomme. Clic/agrandir 

Quand j'habitais en Lorraine (à Metz), les Vosges étaient mon havre de nature. Davantage habitué aux Alpes où j'ai habité plusieurs années, je rechignais au début à parcourir des montagnes si peu élevées et si peu escarpées (particulièrement côté lorrain). Au début, je n'y allais que temps à autre, puis le déclencheur a été la découverte de l'abstraction en photo (> Naissance de l'art abstrait naturel). Dès lors, je n'ai eu de cesse que d'y retourner ; les Vosges m'avaient envoûté, je les avais apprivoisées.

Les forêts épaisses sont propices à un ressourcement profond. Dès qu'on marche quelques minutes on sent la puissance de la terre. L'ambiance porte la poésie au cœur. L'esprit ainsi ouvert, l'œil s'aiguise et on croit même percevoir tout autre chose que la réalité tangible. De là à dire que les Vosges sont le royaume des élémentaux il n'y a qu'un pas… que je franchis allègrement. Gnomes et lutins colonisent la forêt et les abords des ruisseaux, sans doute attirés par les ondines. Quant aux fées, elles étincellent dans la glace épaisse de l'hiver vosgien. Voilà pourquoi je mêle aux photos de paysage des photos plus abstraites : pour moi, les Vosges sont ce mélange indéfinissable entre le près et le loin, le visible et l'invisible.

Le versant alsacien est un ensemble de paysages si enchanteurs qu'il semble tout entier le lieu où habitent les fées, justement. Villages, prés et forêts font penser à un décor de conte. L'automne est la saison la plus lumineuse et, sans doute à cause de l'approche de l'hiver, celle où la perception s'aiguise. L'envie de raconter des histoires chevillée au cœur, le marcheur, randonneur ou simple promeneur, engrange son lot de sensations tandis que fument les cheminées.

On le comprend aisément, ce n'est pas par hasard si j'ai situé mon roman Soixante-six dans les Vosges, un écrin pour ce texte à la fois poétique et dramatique. J'en parlerai à diverses occasions même si le sujet du blog est vraiment les Vosges : des lieux et des informations diverses. Je préfère présenter des lieux plutôt que des randonnées car cela me semble correspondre davantage à ce pays d'ambiance. Contrairement à d'autres endroits, je trouve qu'ici les randonnées sont surtout des moyens d'aller d'un lieu à l'autre : l'ambiance est davantage dans le lieu que dans la balade.

Comme pour tous mes autres blogs, les liens des photos mèneront vers leur version en grand format sur la galerie Arana, où il est possible de les acheter par carte bancaire.

Voici les articles publiés depuis la création, mi-mai 2008 :

> Un ballon, ça se déguste au vert ?

> Les quatre vaches

> Un pays de couleurs cachées

> Délire au col de Mandray

> Soixante-six, un peu de poésie

> Les fermes-auberges

 RETOUR ACCUEIL


Libre de droits : confusion et absurdité économique


La notion de libre de droits, interdite en droit français et européen, est la règle sur les microstocks, à quelques nuances près. Pour la plupart des gens qui n'y ont pas vraiment réfléchi, à commencer par certains photographes, le libre de droit est logique. Ils font souvent l'analogie avec la musique : si j'achète un morceau, je veux pouvoir le recopier librement sur les différents supports que j'utilise, voire même le passer à quelques copains.

C'est confondre là le droit à la copie privée et le libre de droits.

Le droit à la copie privée existe également pour les photos : si vous en achetez une, vous pouvez l'utiliser comme bon vous semble et autant de fois que vous voulez dans votre cercle de proches (amis + famille). Mais, comme pour la musique, vous ne pouvez pas la revendre, en faire commerce, l'utiliser pour une publicité (usage qualifié de commercial) ou la diffuser (un blog est de la diffusion, régi par les lois sur la presse).

La notion de libre de droits ne concerne pas le particulier mais l'acheteur professionnel. Le particulier n'est concerné que dans le cadre d'une utilisation professionnelle, un blog étant considéré ainsi (activité journalistique).

Certains y compris chez les photographes estiment qu'un acheteur professionnel devrait pouvoir réutiliser une photo, dont le prix ne devrait pas dépendre de l'usage. Il leur paraîtrait normal que le prix soit le même pour une parution à dix mille ou à cent mille exemplaires. De même pour la durée, qui selon eux ne devrait pas être limitée.

Cette position certes respectable provient d'une mauvaise compréhension de ce qui est vendu, le terme vente étant d'ailleurs impropre. On ne vend pas une photo, on en fait une cession. Le terme de cession n'est pas assez ancré dans le langage courant pour qu'on le comprenne parfaitement, alors remplaçons-le par location.

On ne vend pas une photo mais on la loue.

Il est donc normal, comme pour toute location, que le prix dépende de l'utilisation. Cela ne semble pas évident au néophyte, mais une photo s'use : trop vue, elle perd de sa valeur (c'est souvent évident localement). Ce n'est toutefois pas l'argument principal pour expliquer que le prix varie selon l'usage. La réalité est prosaïque : si on ne devait louer des photos que selon un prix forfaitaire unique et définitif, ce prix serait trop élevé pour la plupart des usages courants.

Le prix à l'usage permet au photographe un revenu moyen compatible avec sa survie (car s'il cède certaines photos à petit prix, d'autres le seront à un prix plus confortable), et un prix accessible aux petits acheteurs, pour des petits usages.

Oui, mais insistent certains, le rejet du libre de droits est un réflexe protectionniste, l'économie libérale a besoin du libre de droits. Eh bien, c'est tout à fait faux, c'est même l'inverse. Les instances européennes, connues pour être libérales, insistent sur le fait que le marché du droit d'auteur, qui est un marché porteur et essentiel dans nos sociétés de l'information, suppose pour exister une organisation. Dans cette perspective, le droit d'auteur est établi non pour protéger les auteurs mais pour permettre à ce marché de prospérer à terme. Joli changement de point de vue, n'est-ce pas ?

La Directive 2001/29/CE du Parlement européen et du Conseil du 22 mai 2001 sur l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur et des droits voisins dans la société de l'information précise que l’objectif principal est de favoriser le développement de la société de l'information en encadrant le marché intérieur. Dans ce marché, le droit d'auteur joue un rôle essentiel car il stimule la mise au point et la commercialisation de nouveaux produits, services et contenus créatifs. La directive demande un niveau élevé de protection de la propriété intellectuelle pour encourager des investissements importants et favoriser croissance et compétitivité de l’industrie européenne.

Si le libre de droits reste interdit en Europe, c'est pour un commerce libre et prospère !

Qu'il faille aménager le droit d'auteur est une autre affaire. La discussion n'est pas simple. Je me contenterai de dire pour l'instant que je ne suis pas opposé à un aménagement et une simplification. Par exemple, pas de limite de durée pour internet puisque c'est le renouvellement naturel du site qui fera office de limitation ; possibilité de réutilisation une fois ou deux dans des cadres limités : office de tourisme, catalogue d'auberge ou autre ; simplification des tarifs avec seulement deux ou trois divisions en fonction du nombre d'exemplaires. Ce sont d'ailleurs les aménagements prévus dans le tarif de la galerie Arana (à part les usages multiples), et que j'ai accepté d'autant plus volontiers que j'ai participé de près à leur élaboration.

En conclusion, le droit d'auteur fait partie de l'avenir de l'Europe, et bien évidemment de tous les pays dans lesquels un tel marché peut se développer. La notion même de libre de droits est donc délétère et antilibérale. Au contraire, que nous soyons auteur ou non, nous avons tous intérêt à œuvrer pour un droit d'auteur protecteur, certes aménagé (en vérité, il n'a jamais été figé), mais selon une logique économique et culturelle dans le cadre d'une vision à long terme.

Merci pour vos commentaires

Lire aussi :  Microstocks : un libre de droit… qui n'existe pas !
 


Présentation de mon blog Ubaye


Graphisme au Lavercq
Graphisme au Lavercq. Clic/agrandir 

L'Ubaye est une vallée immense (85 km de longueur, tout de même) et relativement peu connue, le paradis de ceux qui aiment les lieux déserts. Au-delà des quelques lacs fréquentés, l'ensemble est un vaste no man's land souvent dépourvu de chemins, à part des sentiers d'estive abandonnés. Il suffit d'examiner une carte Top 25 et de voir les espaces énormes qui séparent les randonnées marquées (traits rouges de l'IGN). Ici est donc le royaume du hors-sentier.

Muni d'une bonne carte et d'une solide condition vu les dénivelés souvent supérieurs à 1200 mètres (mais de nombreuses balades plus courtes sont possibles, dans les 700 mètres), on se croit revenu dans le monde primitif. Pourtant, redescendu dans la vallée, on peut profiter des nombreuses terrasses de café de Barcelonnette, un bourg à l'ambiance plus méditerranéenne que montagnarde. Peut-être un héritage des « barcelonnettes », ces habitants partis faire fortune au Mexique et à la Nouvelle-Orléans. Il en reste aujourd'hui une solide et étonnante histoire à découvrir, des maisons et un plan de ville anachroniques en montagne voire en France, et un gentil folklore pour le touriste ou le randonneur harassé (restaurants mexicains, etc.).

Au gré de ma plume, j'évoquerai de temps à autre ces diverses choses, mais le blog restera orienté photo et nature. Outre les photos de paysage ou de détails plus ou moins graphiques ou abstraits, vous trouverez des photos et informations sur les fleurs, et les photos de paysage seront souvent assorties de commentaires géologiques. Je décrirai également toutes sortes de randonnées, des plus connues aux moins fréquentées, des plus faciles aux plus longues (mais sans difficultés majeures).

Comme pour tous mes autres blogs, les liens des photos mèneront vers leur version en grand format sur la galerie Arana, où il est possible de les acheter par carte bancaire.

Voici les articles publiés depuis la création, mi-mai 2008 :

Ubaye, vallée peu connue
Lacs des Hommes, une randonnée à découvrir
Les lacs de l'Ubaye : le lac de Chillol
Le plan de Parouart, un lac comblé
Marbre rose et Globulaire à feuilles en cœur
Les lacs du Roure


Chasse à la baleine : l'incurie


La chasse à la baleine est interdite depuis 1986, date à laquelle les 80 pays membres de la Commission baleinière internationale ont voté un moratoire illimité. Seule la chasse « scientifique » est autorisée. Mais outre qu'elle n'est pas définie, la viande est autorisée à la vente au motif de ne rien perdre. Le Japon contourne ainsi le moratoire en toute légalité. De l'art d'édicter une règle qui ne sert à rien ! Résultat, 900 baleines chassées en 2007-2008. À défaut de pouvoir faire quelque chose, je vous propose cette petite nouvelle émouvante à lire partout autour de vous, et surtout à vos enfants.

Rocky Baleno


Allongé et pour une fois reposé, Rocky Baleno songeait à sa vie. Une vie de ouf, comme on dit ici. Avec ses potes de dinguerie, ils avaient enflammé la planète, à faire le fou partout. Il avait été le roi des ondes, ça ne faisait aucun doute. Ni complaisance ni autosatisfaction là-dedans, ce qu’il retenait de toutes ces années, c’était l’amusement plus que la célébrité. La joie, même, une joie profonde comme la mer, cher Rocky Baleno.

Dieu, qu’il en avait inventé des torsions et contorsions, lui qui avait créé la fameuse danse à l’onde. Un doux sourire lui vint au souvenir des adolescentes qui ondulaient dans des lactescences océanes… Eh ben, Rocky, tu vas tourner poète grivois, ma parole !

Devenir poète pour la planète, c'était une idée. Il aurait peut-être eu un avenir ? Passer de la folie ondulante à l’alerte écolo, pourquoi pas ? Il rejeta l'idée car c’était passer d’une mode à une autre. « Foi de Rocky Baleno, non, je ne me laisserais plus embarquer dans des modes ! »

Mais avant… Avant ce jour… Que ne s’était-il engagé plus tôt ?

Il avait bien créé le Rock de Qui-auto ?, il aurait pu en composer d’autres, non ? Seulement voilà, il avait préféré rire comme une baleine. Et pourquoi pas après tout, la vie est si courte !

Maintenant, c’était intérieurement qu’il dansait, qu’il balançait, entre rire et engagement. Il avait grillé ses jeunes années à rire et maintenant… Voilà le problème, Rocky, tu n’es qu’un amuseur !

Si la vie lui laissait déjà un goût amer, qu’est-ce que ça serait plus tard ! Amer, ah, mer… D’où il était c’est à peine s’il pouvait voir l’océan. La plage déserte n’était qu’un souvenir, il y avait du monde, de plus en plus de monde…
Rocky Baleno soupira à peine, à grand-peine, même. Il se serait volontiers tourné sur le flanc mais son corps… Son corps qui fut endiablé à l’onde n’était plus qu’une loque, ici.

– Maman, pourquoi elle est la, la baleine ?

Rocky Baleno entendit à peine la voix flûtée, à peine la mère répondre que parfois les baleines s’échouaient. Il n’éprouva même pas d’amertume à ne pouvoir crier la vérité, qu’il avait voulu se rapprocher des hommes, lancer le cri de la mer, le cri de la terre. Il ne pourrait pas leur dire, à tous ces gens sur cette si grande plage, il ne pourrait pas leur dire qu’il y avait eu ce filet, que ses forces avaient faibli. Les gens ne sauraient jamais qu’épuisée une baleine ne peut pas lutter contre le courant, la force des vagues.

Lui, Rocky Baleno, roi des ondes, seigneur des sondes en eaux profondes, star universelle depuis le disque de chants de baleines, c’était Rocky la loque.

– Viens, Thomas, on s’en va.

Rocky Baleno les laissa partir, impuissant. Que pouvait-il faire ? Il emporterait dans l’« eau-delà » la voix claire du petit garçon.

Oui, mais pas seulement. Car il y eut ce commentaire du père, « Tu vois, ils feraient mieux de reprendre la chasse à la baleine, il y en aurait moins à pourrir sur nos plages ! ».

Rocky qui balançait entre rire et sérieux, il y avait moins de cinq minutes… Apparemment, la balance avait choisi son côté. La paix, ce serait pour plus tard.

 

Vous avez aimé cette nouvelle, vous aimerez sans doute L'Homme et la photo et mes autres nouvelles 


Peau de Camargue


Peau de Camargue

Une vraie peau marbrée que ce bois foudroyé apporté par la tempête. Clic/agrandir 

Je vais en Camargue depuis 1977, à l'époque en tant qu'ornithologue débutant, puis « confirmé », et surtout passionné. Ceux qui l'ont fait savent qu'on passe des heures, souvent du matin tôt au soir tard. Au-delà de la chaleur et plus souvent du froid (car on y va surtout de l'automne au printemps), des moustiques et du vent, au-delà des paysages souvent déserts aux oiseaux introuvables, une ambiance propre à la Camargue vous pénètre peu à peu l'âme. La Camargue est une drogue, et je ne m'en tiens jamais éloigné.

J'ai arpenté les plages, bivouaqué à Beauduc et ailleurs, eu la chance de parcourir le bois des Rièges. J'ai même contribué au lancement d'une étude sur la bouscarle de cetti. En traversant à pied la Petite Camargue, je me suis enfoncé dans ce qui ressemblait fort à de mini-sables mouvants. La Camargue m'a pris au corps.

Je me suis éloigné de l'ornithologie mais pas de la Camargue. Pris de corps et d'âme, j'ai continué à y aller tous les ans et quand j'ai commencé la photo en tant qu'auteur ce fut l'une de mes premières destinations. La Camargue, c'est la terre vivante même si apparemment il ne se passe rien, et c'est pourquoi je vous livre une première galerie naturellement intitulée Peau de Camargue.

Au-delà du mythe des chevaux galopant dans l'eau au couchant, des plages désertes et infinies (plus de 49 km), de la vie secrète  et des flamants évidents, ce sont les éléments qui font la Camargue : l'eau, le sel, la boue, le sable, le bois des piquets et celui apporté par les tempêtes.

Bonne visite de la galerie Peau de Camargue (72 photos) et à vos commentaires ici !


Un texte est une ambiance pour des photos, exemple de Une balade sensorielle


Pour moi auteur est un tout : si je suis auteur, je le suis tout autant pour la photo que pour les textes, et dans des genres divers : roman, nouvelle, poésie, haïku, essai, opinion, etc. J'ai d'ailleurs diverses publications dans ces genres et je n'attends que l'opportunité d'en publier d'autres (quelques milliers de pages en réserve). Seul le théâtre et le cinéma (scénario) me restent étranger. Ceux qui me connaissent qualifient mon écriture de psycho-poétique, raccourci qui m'amuse et n'est pas si loin de la vérité.

Je dois ajouter aussitôt que, pour la photo comme pour l'écrit, on se sent auteur, on l'est ou pas. C'est quelque chose qui ne se discute pas, et reste indépendant du talent. C'est aux autres de déterminer si vous avez du talent, mais c'est à vous de savoir si vous êtes auteur (le talent est de toute façon très variable d'un auteur à l'autre). D'ailleurs auteur provient de augere, « faire croître », le même mot qui a formé autorité, ce n'est évidemment pas par hasard. L'auteur est celui qui fait croître son œuvre en ayant autorité sur lui-même (dans l'idéal). Comme je le dis souvent sur les forums, et c'est mal perçu, un auteur ne doit pas demander l'opinion des autres sur ce qu'il fait, sauf à se compromettre et se fourvoyer. Bien entendu, il peut entendre ce qui est dit, mais il ne doit pas en dépendre.

Illustration de la nouvelle Une balade sensorielle

Une ambiance propice à l'inspiration de textes divers. Clic/agrandir 

Mon écriture est souvent indépendante des photos mais pas toujours. Si je n'écris que rarement directement sur une photo, à vrai dire uniquement pour mes blogs, il m'arrive de traduire ce que ressens au moment des photos par l'écriture, ou encore de distiller l'ambiance d'un lieu à travers un texte. C'est ce que j'ai fait en écrivant la nouvelle Une balade sensorielle, dédiée au Queyras. Dans le texte À l'origine de la nouvelle Une balade sensorielle, je raconte quelques souvenirs marquants qui m'ont conduit peu à peu à une certaine vision et ont certainement une part dans l'écriture d'un texte dont vous pouvez lire le premier épisode ici.

Si vous ne découvrez la nouvelle que maintenant, vous êtes un peu veinard car vous avez cinq épisodes à vous mettre sous la dent (sur les neuf), alors que certains d'entre vous piaffent d'impatience et m'ont écrit en mail pour tenter de m'arracher le texte intégral. Face à un tel engouement ;) je reste stoïque, bien entendu. Bref, je vous souhaite une bonne lecture, et j'espère que mes mots vous mettront le cœur à l'endroit, c'est en tout cas un pouvoir qu'ils ont sur moi-même.

> Une balade sensorielle, début (épisode 1)

> Une balade sensorielle, épisode 5

> À l'origine de la nouvelle Une balade sensorielle

 Merci de laisser vos commentaires !


Echos des blogs


Suite à diverses demandes, je vous présenterai ici mes autres blogs et leur actualité. Je comprends évidemment qu'il soit difficile et pénible de suivre plusieurs blogs pour une seule et même personne ! On m'a souvent demandé pourquoi j'avais créé autant de blogs. La réponse est simple : mes sujets sont assez divers et pour chacun d'eux, j'aime m'investir, détailler, et tout simplement : écrire. Je vous annoncerai également mes futurs blogs, j'en ai quelques autres en projet.

Chaque blog est appelé à devenir un écho de la région concernée, avec l'approche particulière qui est la mienne. Chaque blog deviendra également un peu ce que les lecteurs en feront, à travers leurs questions et surtout leurs témoignages. J'aime bien écrire, et j'aime bien raconter les histoires des autres s'ils me les confient.

Pour ceux qui n'aiment pas lire ou me lire mais veulent tout de même suivre mon actualité photographique, c'est fort simple : il suffit de se reporter à la galerie Arana car toutes mes photos visibles sur internet y seront, sauf celles spécifiquement utilisées pour un article, mais qui en général sont démonstratives ou pédagogiques mais pas inoubliables.

Au fait, pourquoi n'ai-je pas fait un site, me demande-t-on ? Eh bien à vrai dire, je n'en vois pas le besoin. Mes photos sont bien présentées sur la galerie Arana et en plus, à la vente. Un site m'apporterait bien entendu une mise en page plus adaptée et spécifique à mes photos, mais je ne trouve pas cela déterminant. Nous sommes sur internet, la simplicité est la meilleure alliée, et tant pis si la présentation n'est pas au top. Après tout, les possibilités de véritable personnalisation sont tout de même limitées, surtout si on refuse le flash (pénible pour le visiteur et mal référencé).

Et puis il y a une autre raison, plus importante : un site suppose un certain sérieux, voire une neutralité, et une forme aboutie. Or c'est justement ce dont je ne voulais pas. Comme vous le savez certainement, j'ai écrit beaucoup d'articles pour les éditions Luigi Castelli (et quelques autres sites). Il fallait que je sois neutre ou à peu près, et que je fasse le tour du sujet (c'est relatif, bien sûr). C'est bien, mais ça fige un peu la créativité, car on ne publie un sujet que lorsqu'il est abouti. Je préfère publier autant d'articles que nécessaire ou que mon envie m'y pousse, chaque fois sous un angle différent. Un jour sans doute, je synthétiserai ce qui le mérite pour publier l'article sur un site… ou un livre.

Il est clair que si je n'avais pas adopté le système blog, j'écrirais moins. Après tout, le blog, c'est fait pour ça, et ça marche ! Je remercie en tout cas ma femme dont l'exemple m'a décidé (elle ne compte plus ses blogs… et elle écrit de plus en plus). Il n'y a que l'éditeur qui est moyennement content car il n'a plus guère d'articles !

Donc, voilà pour mes raisons d'avoir divers blogs. Seulement voilà : j'aime bien la cohérence, et me sentir au centre de mes envies et passions. À défaut d'avoir un blog central du genre « l'actualité des blogs de Didier Vereeck », ce qui viendra peut-être (!), je compte donc utiliser ce blog pour vous informer. Facile pour vous, le point de rendez-vous c'est donc ici !

> Photos du Queyras, randonnées, lieux, récits

> Photos Ubaye et informations

> Photos des Vosges : lieux, informations, récits

> Photos de Lorraine, les 22 pays lorrains 


La photo a-t-elle un prix, et lequel ?


À l'heure de la guerre des prix, bien des discussions ont lieu car la photo évolue entre produit et création. S'il est normal qu'une création n'ait pas de prix défini, il est surprenant et malsain que personne ne soit capable de donner un prix pour un produit. Dans cet article, je parle uniquement de la photo de stock (photothèque).

Plaçons-nous d'abord dans un cadre légal : si les amateurs devaient fonctionner dans un cadre de marché, ils ne pourraient pas dire qu'une photo ne coûte rien. En fait, amateur ou pro, le prix de revient d'une photo est le même (de toute évidence, le coût de revient réel est même largement supérieur chez l'amateur, moins efficace).

On peut croire qu'il est impossible de connaître le prix de revient moyen quelle que soit la photo, car certaines demandent des investissements particuliers (studio) ou d'engager des frais (essence, avion, modèle). Néanmoins, si nous voulons survivre, il ne faut pas s'arrêter à de telles considérations. Si nous voulons faire barrière à la photo à un euro, il nous faut opposer un prix moyen acceptable et réaliste. Sur cette base, à chacun ensuite de faire valoir des coûts supplémentaires.

On peut prétendre que passer du prix de revient moyen au prix minimum de vente est absurde parce qu'on ne sait pas à l'avance combien de fois sera vendue la photo, et que des photos moins chères (microstocks) sont supposées se vendre davantage. Même s'il y a du vrai dans le raisonnement, en pratique il ne tient pas, car bon an mal an le nombre de photos qu'on peut faire et vendre n'est pas extensible à l'infini.

Je propose donc un raisonnement assez simple : prendre une moyenne de photographes, voir leur CA annuel et le diviser par le nombre de photos mises en vente chaque année (le nombre de photos vendues peut être inférieur ou supérieur). C'est une technique comme une autre pour déterminer un coût de production, la seule qui me paraisse fiable et lisible à défaut d'être parfaite (remarque : je parle ici d'un coût intégrant une denrée indissociable de la photo, le temps passé, l'ensemble définissant un prix minimum de vente). Je n'ai pas de statistiques qui me permettent de faire le calcul, mais je suis prêt à parier qu'on arrive à un coût moyen de 50-70 euros (certainement pas moins). On est loin de l'euro symbolique de certains microstocks !

On note qu'à 50 euros, si ce devrait être le prix de vente de toutes les photos, il faudrait en vendre 700 par an pour obtenir u