[Technique] Cadrages homothétiques, faut-il les abandonner ?
Dans son éditorial d'avril, Guy-Michel Cogné (Chasseurs d'images) trouve les photographes bien timides, dénonçant la quasi absence de recadrages alors que les outils modernes le rendent extrêmement facile. Dès lors qu'on imprime soi-même, on n'a effectivement pas vraiment besoin de cadrage homothétique. Peu importe la proportion des côtés, du moment que ça plaît et que ça rentre dans une page.
Certes. On notera que ce n'est pas vraiment nouveau : rien n'empêchait de découper un tirage homothétique avant de le coller dans un album. Qui n'a jamais fait du kitsch, même, avec découpes en cœur ou en nuages ?
Il semblerait donc que Guy-Michel Cogné déplore non l'absence mais la timidité et la rareté de ces recadrages, ainsi que les références absurdes à des formats traditionnels qui parfois n'existent plus, et aussi un relatif conformisme des sites personnels ou professionnels.
Oui, mais. Il est une bonne et simple raison d'en rester aux recadrages homothétiques : la consultation et le stockage. Rien de plus pénible que de parcourir une base de données aux images de formats tous différents. Ces différences heurtent l'œil et empêchent de voir la photo, donc nuisent à la capacité d'editing. Quant aux sites internet, s'ils peuvent supporter quelques formats différents, pour la présentation par exemple, les galeries sont bien plus agréables à visiter si elles ne sont pas gagnées par une anarchie de formats.
Sur un plan plus professionnel, les photos vendues se retrouvent la plupart du temps insérées dans une maquette : une grande variabilité des formats complique voire rend impossible la mise en pages. Voilà pourquoi il semble prudent de garder des images homothétiques dès lors qu'on a une base de données importante ou que ses photos sont destinées à être publiées.
On voit donc que si la timidité des recadrages tient beaucoup au conformisme photographique, des raisons plus profondes et non techniques ne le favorisent pas. Outre des raisons pratiques, il est des raisons créatives également : la cadre est notre ami. Un cadre de proportions définies et invariables est une des contraintes créatives imposées par la photographie. La contrainte est le véhicule de l'art : sans elle aucune œuvre ne peut voir le jour. Il est préférable de voir le cadre comme un ami sur lequel s'appuyer que comme un ennemi à mater. Ceux qui ont par exemple fait le choix du format carré après avoir longtemps photographié en 24x36 savent de quoi je parle.
En conclusion, je changerai peut-être mes formats, mais pour un autre déterminé et fixe, plus carré (rapport 1,3 au lieu de 1,5 par exemple), et certainement pas pour une variation au gré des ratages. On peut sauver une photo ou éliminer un détail gênant mais on n'en fait pas une œuvre d'art, en général (comme toujours, il y a bien entendu les exceptions qui confirment la règle).
Personnellement, je n'aime pas le format panoramique, de dimensions souvent anarchiques, devenu commun et qui est kitsch à mon goût. Mais j'ai bien conscience qu'il a les faveurs de la majorité. Cette photo est sauvée par le recadrage panoramique, mais elle ne devient pas une bonne photo pour autant.

Lire aussi Recadrer, en rester au tabou ou évoluer ?
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13 Mai 2008 à 10:08 dans
- COMPOSITION

Parfaitement d'accord!
Le recadrage non homothétique se contente le plus souvent de sauver une image, et c'est même assez logique, ce ne serait-ce qu'à cause du viseur. Moi, j'arrive pas à voir carré ou panoramique dans un viseur 2/3. Donc toutes mes photos, au moins de la prise de vue, sont pensées en 2/3. Malgré cela, il m'arrive de recadrer au post-traitement, mais c'est très rarement anticipé et c'est donc souvent du recyclage. Bon, parfois tout de même, un recadrge non homothétique peut faire véritablement s'exprimer l'image, mais cela m'est rarement arrivé.
Xav
Posté par Xav — 13 Mai 2008, 12:58
En fait, il est souvent intéressant de recadrer de la sorte certaines images quand on fait une plaquette, par exemple. Ça donne une dynamique. Mais justement, si la photo est déjà recadrée, on ne peut plus rien faire ! D'où l'intérêt parfois de garder des photos pas parfaites, un peu vides qui seront l'idéal d'un graphiste. Par exemple, ta belle photo de couverture de Image & Nature n'aurait pas pu faire une couv si elle avait été plus pleine ou cadrée plus serré.
Note : je vais bientôt publier un article sur le recadrage homothétique.
Posté par Didier — 13 Mai 2008, 17:04
Quant à moi, catégoriquement, je réponds : non !
Il ne faut pas les abandonner.
Après, chacun fait comme il veut.
Mais j'éprouve du mal avec les photos qui ne respectent pas des ratios habituels, comme 1/1, 2/3, 3/4 et 6/7. Je ressens presque toujours comme un déséquilibre.
Par contre, je suis pour recadrer dans ces ratios, même si je suis plus satisfait d'une photo dont le cadrage initial convient.
Posté par Jérôme Delfosse — 20 Mai 2008, 19:15
Tu as bien raison, Jérôme, et c'est vrai que je n'ai pas abordé cet aspect des choses dans mon article. Peut-être un prochain, billet, tiens ! En effet, les proportions n'ont pas toutes été inventées pour des raisons techniques uniquement. Certaines satisfont davantage l'œil. Pour d'autres, c'est peut-être une question d"habitude. Je ne sais pas. Il faudrait se plonger dans l'historie de l'invention des formats pour en savoir plus !
Posté par Didier Vereeck — 20 Mai 2008, 19:48