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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Technique] Recadrer, en rester au tabou ou évoluer ?


Le recadrage homothétique est un sujet qui suscite le dédain, voire est légèrement tabou. Parfois interdit dans les concours (notamment animaliers) et généralement mal vu, beaucoup le considèrent comme un pis aller, voire la marque de celui qui ne sait pas prendre de photos. La composition se fait dans le viseur, et si on n'en est pas capable, autant se contenter d'un compact ou arrêter la photo. Pourtant, avec les moyens modernes, il n'est pas absurde d'estimer que la composition se fait en deux temps : derrière le viseur, et derrière l'écran. 

Des recadrages à 95 % s'imposent souvent, ne fut-ce que pour retrouver le cadre du viseur, dont la couverture n'est souvent pas supérieure à 95 %, et parfois décalée. De tels recadrages permettent d'éliminer les détails gênants sur les bords ou atténuent les défauts optiques périphériques. Le recadrage est aussi une manière de s'assurer un original en numérique : on fournit le fichier original, raw ou jpeg, recadré à 95 % et on garde soigneusement l'original entier.

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Les photos recadrées permettent de montrer quelque chose de peu visible sur la photo initiale (en macro, par exemple), ou permettent de tester de nouvelles manières de cadrer, qu'on appliquera ensuite sur le terrain. Je me suis par exemple aperçu que j'avais tendance à décaler mes cadres à gauche, laissant la partie haut et droite un peu vide. Ou, à l'inverse, de laisser un peu de fouillis en bas à gauche. Peu importe, chacun ses travers, que le recadrage à l'écran permet de connaître et donc d'anticiper.

Allons toutefois plus loin. J'utilise toujours un trépied en grande partie pour soigner mes cadrages. Je ne mitraille pas, je prends mon temps. Et pourtant, autant j'accorde beaucoup d'attention au cadrage à la prise de vue, autant j'aime recadrer à l'écran. Dans ce cas, je conserve les deux versions : non recadrée et recadrée.

Original non recadré    Recdrzge vertical 60 %

Recadrage 60%, cadre vertical dans photo horizontale. Clic/agrandir

Des recadrages drastiques, comme par exemple déterminer un cadre vertical dans une photo horizontale, permettent de prolonger le terrain par un travail à l'écran, et de voir ce qu'on n'avait pas vu, ou de le présenter autrement. Le recadrage est donc un moyen d'apprendre la photo, sur sa propre matière, il permet d'affiner son style personnel. Examiner une photo à l'écran puis choisir un autre cadre permet de regarder différemment sur le terrain, et donc de sortir de ses habitudes pour s'ouvrir à l'inconnu. C'est une nouvelle liberté qu'on se donne.

Le recadrage permet aussi de transcender les limites. Par exemple, sur ces photos, il est évident que j'avais vu l'essentiel mais je ne m'étais pas approché assez, soit par flemme (hélas fréquent), soit par impossibilité (encore plus fréquent). Les puristes s'étrangleront, mais pourquoi se refuser une photo sous prétexte que le matériel ou les conditions locales ne la permettent pas ? Autant je comprends qu'on rechigne à le faire pour des raisons déontologiques, en animalier (le recadrage remplaçant le 500 mm ou, pire, le manque de temps passé à l'affût ou l'approche), ou encore en reportage si cela modifie l'interprétation des événements, autant pour la plupart des autres photos c'est une limite qui n'a pas de sens. La seule limite est donc déontologique : ne pas dénaturer la scène ni faire croire à autre chose. Or cette limite s'applique à peu de photos, finalement.

Évidemment, le recadrage pose parfois un problème d'exploitation quand à la fin la photo ne fait pas assez de pixels pour être valablement exploitée. D'où l'intérêt en numérique d'avoir un capteur de capacité supérieure à ses besoins. En argentique, la question se pose moins : ça dépend de l'usage. En édition, un recadrage 50% passe jusqu'au 20x30, en tirage pour expo jusqu'au 60x90.

Bref, le recadrage est un tabou dommageable à l'évolution de chacun. Le mythe de la photo parfaite est bien ancré. On croit souvent qu'une photo parfaite ne peut être recadrée d'un iota. Je pense au contraire qu'une photo est d'autant meilleure qu'elle peut être amputée sans que sa force en pâtisse. Mais ceci est une autre histoire…

Lire aussi Cadrages homothétiques, faut-il les abandonner ?

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Commentaires

  1. J'ai l'impression qu'historiquement, les contraintes pratiques qui rendaient difficile le recadrage (avant le numérique et le scan, très peu de gens faisaient leurs tirages couleurs eux-mêmes, les bons zooms sont des outils assez récents, ..) ont sans doute valorisé l'idée du cadrage "exact" à partir d'un petit nombre de focales...

    Mais aujourd'hui, l'outil de recadrage, les zooms, et plus récemment les panoramiques par assemblage devenus d'une facilité extrème, rendent moins affirmée la notion même de focale, et de format (homothétique ou non)...

    Je suis assez de ton avis (même si je pratique finalement peu le recadrage)...tant que la qualité suit (et il y a, comme dit, un peu de marge, voire beaucoup selon les sujets - tes photos abstraites le supportement, je pense, mieux que les photos de paysage).

    Posté par GLaG — 21 Mai 2008, 07:25

  2. Oui, tu as raison, d'ailleurs je vais modifier mon article en fonction

    • je n'ai commencé à recadrer qu'avec le numérique, quand j'ai scanné mes photos

    • les recadrages drastiques ne sont guère utilisables qu'en abstrait si on veut avoir des photos utilisables professionnellement. On est toutefois surpris par la "réserve" qu'on a en termes de qualité sur des fichiers

    • je recadre également assez peu, bien moins de 1% des photos (plutôt 1‰), du moins dans ce que je garde, mais je le faisais assez souvent dans les photos que je ne garde pas : c'est pédagogique

    • je le fais évidemment peu en paysage, hormis pour les bords, mais parfois ça permet de changer un peu d'angle et ainsi de compenser certaines impossibilités de terrain.

    Posté par Didier Vereeck — 21 Mai 2008, 08:13

  3. Très intéressant tout ça.
    Moi aussi, je suis de cet avis. Le recadrage, même sévère, je ne me l'interdis pas, mais plus pour les aspetcs "apprentissage", découverte en profondeur de la photo que l'on a sous les yeux. L'idée étant de "progresser" et de voir encore mieux mes sujets au moment de la prise de vue. Car, je l'avoue, j'aime bien quand mon image finale (pour celles que je garde et projette de diffuser) correspond à celle que j'avais dans le viseur (même si je suis en train d'évoluer car j'étais avant un peu contraint par le nb de pixels ; ce qui est bcp moins le cas maintenant ; je pense donc que je n'hésiterais plus à exposer un 40x60 ou plus qui ne serait que la moitié de la photo originale).

    Le recadrage à qq% est lui plus courant, mais c'est de l'amélioration d'une image, et pas la découverte d'une autre. Donc pour moi un tout autre sujet ;o)

    Posté par Xav — 21 Mai 2008, 10:18

  4. Tu as bien raison d distinguer les deux, Xavier. L'amélioration d'une image par un petit recadrage, pourquoi s'en priver ? Mais c'est vrai que ce n'est pas très satisfaisant. Toutefois, il y a un truc dont je n'ai pas parlé dans l'article et qui rend quasi obligatoire le recadrage : pour l'édition, je suis habitué à cadrer un peu large, car il n'est pas rare que les photos soient recadrées, selon la maquette. Donc, quand je veux ma photo telle que l'ai imaginée (expo, galerie internet), il faut un recadrage à 90-95 %. Mais j'ai beau faire, j'ai du mal à m'y faire, j'ai tendance à cadrer au plus juste dans le viseur.

    L'autre point que tu soulèves, c'est qu'il faudrait faire un article sur l'aspect pédagogique du recadrage, comment on apprend à voir, etc., le tout avec photos à l'appui évidemment. Si tu en as, on peut le faire à deux (ou à plusieurs).

    Posté par Didier Vereeck — 21 Mai 2008, 10:30

  5. Oui, on devrait pouvoir trouver des exemples ;o)

    Dans la ligné de cet exercice, j'ai aussi eu la chance en un sens de pouvoir le tester en vrai, à la pdv, quand j'ai pu trouver un Canon mp-e (qui va jusqu'au rapport 5:1). Mais je suis déjà en train de décaler le curseur, car maintenant j'essaie des recadrages sévères sur des images déjà au 5:1..., on commence à entrer dans la matière

    Posté par xav — 21 Mai 2008, 10:51

  6. Mazette, tu vas finir par te faire photographe pour la physique quantique ! À quand un article ? Je crois que je pourrais te le publier sur le site des Éditions Castelli.

    En tout cas, pour mon blog, je suis partant pour tes exemples, j'attends ton mail de pied ferme !

    Posté par Didier Vereeck — 21 Mai 2008, 10:57


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