[L'âme de la Terre] Graphisme, un pont vers l'abstrait
Ce billet présente l'essence de mon travail en paysage : chercher le graphisme puis passer à de plus en plus d'abstrait. J'ai choisi une série de photos du Queyras pour l'illustrer.
Le graphisme est une vison épurée des choses, centrée sur formes et couleurs. La photographie, représentant l'espace à quatre dimensions en deux, ou si vous préférez ramenant le relief-temps en un plan figé, s'y prête de diverses manières.
Au-dessus de Bramousse, myrtilles et mélèzes à l'automne. Clic pour agrandir (sur galerie Arana)
L'abstrait est une vision des choses qui ne s'arrête pas à leur forme ni à leur couleur intrinséque. Elle se dégage de toute référence à un motif pour retenir une vision autre et si possible personnelle. Dans la nature, l'abstrait en photo n'est guère possible à grande échelle, sur du paysage par exemple, et sauf exception, car il est bien difficile de s'abstraire complètement du motif. Par contre, les vues d'avions ont popularisé une vision graphique des choses, le paysage étant ramené à des masses de couleurs et aux traits le plus souvent rectilignes des champs et des chemins.
Il est possible de faire du graphisme en paysage sans monter dans un avion. On recherche alors les masses colorées et les formes simples, principalement champs et chemins en plaine. La montagne offre davantage de possibilités, quand on observe une paroi par exemple. Par moments, la vision confine à l'abstrait. Elle correspond à la sensation qu'on peut avoir quand, examinant une paroi, on s'y perd en rêve ou comme aspiré par une autre dimension.
Pour les besoins de ce billet, les photos choisies ne sont ni purement graphiques ni véritablement abstraites, car c'est la transition qui nous intéresse ici. On s'aperçoit que pour accrocher il faut se concentrer, notamment sur la photo de paroi (première à gauche, ci-dessous). Nul doute qu'un editing rapide l'aurait éliminée. Et pourtant, cette photo est plus graphique qu'abstraite mais la complexité de la matière entrave la lecture simple des formes a priori. C'est ce qu'il aurait fallu pour que cette image soit qualifiée de graphique, en tout cas au premier coup d'œil. Il faut vraiment cliquer pour l'agrandir, sinon on ne peut se rendre compte du point auquel elle est graphique.
On remarque que lorsqu'on observe une photo macro (ou proxy photo), on tend à sortir intellectuellement de l'abstrait pur en cherchant des formes identifiables ou en identifiant la matière. Cette inclination est due au mode de fonctionnement de notre cerveau, qui cherche avant tout à se retrouver en terrain connu.
Les macros choisies ici ne semblent pas particulièrement abstraites car on reconnaît d'emblée la matière. Sur la galerie présentée sur le site de la galerie Arana, d'autres photos sont plus abstraites. Bien sûr, ceux qui connaissent mon travail sont habitués à des abstractions plus marquées.
Le passage entre graphique et abstrait est souvent une question d'échelle : plus on entre dans le monde de la macro et plus la vision devient abstraite. L'est-elle réellement davantage, ou est-ce dû à nos habitudes d'observation ? La question reste posée et dépasse le cadre de ce billet !
Clic pour agrandir et aussi savoir ce que c'est…
> Voir la galerie complète (12 photos, sur la galerie Arana)
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21 Mai 2008 à 17:28 dans
- DÉMARCHE





Bonsoir Didier
SUPERBES photos, la première notamment est extraordinaire : on la croirait prise du ciel.
J'aime beaucoup cette approche abstraite en photo de paysage, abstraction que j'ai habituellement plutôt du mal à apprécier dans d'autres spécialités de la photographie...
Posté par Cédric — 21 Mai 2008, 23:01
Bonjour Cédric et merci de ta visite. Je vois que j'ai bien fait de faire ce blog et cet article car cette photo est depuis un sacré moment sur la galerie Arana et apparemment tu ne l'avais pas remarquée. Je ne suis pas trop étonné que tu l'aimes, avec ce côté vu d'avion… Tu ne ferais pas quelques photos comme ça ???!!!
Sinon, remarquons en passant que pour moi ceci n'est pas abstrait mais graphique, comme exposé dans l'article. Donc, si tu n'aimes pas l'abstrait en général, pas étonnant que tu préfères le graphique. Je pense que d'autres auront la même réaction.
Tu me donnes une idée : je vais peut-être regrouper une série "La terre vu du ciel… les pieds sur terre" !
Posté par Didier Vereeck — 22 Mai 2008, 08:07