[Nature] Réchauffement climatique, la galère du photographe ?
J'habite en Provence et j'ai choisi cette région en partie pour sa météo… qui en pratique est bien moins belle qu'imaginé. Après un hiver peu ensoleillé, le printemps instable et ce déplorable mois de mai m'inspirent cet article. Car ce ne fut pas toujours comme ça.
J'ai aussi habité dans les Hautes-Alpes dans les années quatre-vingt et ce fut une époque bénie : rares étaient les sorties pour lesquelles nous prenions la météo. Il est vrai qu'à l'époque, les prévisions n'étaient pas fiables. Je ne serai pas méchant et ne parlerai pas des prévisions aujourd'hui…
Bref, dans les années quatre-vingt, le temps était plus beau, plus stable, mais surtout moins nébuleux et plus prévisible. D'ailleurs, le slogan des Hautes-Alpes, 300 jours de soleil par an, date de cette époque… et fut rapidement la risée des habitants. Comme par un fait exprès, le temps a changé depuis.
En montagne à l'époque, le temps était souvent soit bleu azur soit de régime d'ouest, des cumulus de beau temps. Les moments voilés ou laiteux ne duraient pas. À l'approche d'un orage, le soleil brillait encore bien fort, donnant des lumières dantesques. Aujourd'hui à l'inverse, les temps laiteux durent des journées entières, voire des semaines, et le ciel est uniformément plombé longtemps avant un orage. Le vrai ciel bleu n'existe pratiquement plus. Quant au régime d'ouest, il s'accompagne d'une nébulosité envahissante : finies les lumières de fou.
Lac de Serre-Ponçon : un ciel de peintre, certes, mais un ennoiement progressif par les nuages longtemps avant la pluie. Quand l'orage arrivera, tout rayon de soleil aura disparu depuis longtemps. Clic/agrandir
À l'époque, je me faisais fort de donner des prévisions meilleures que la météo. À dire vrai, ce n'était pas bien difficile, et j'étais loin d'être le seul. J'étais accompagnateur en montagne et moniteur de ski de fond et de randonnée, et comme tous mes collègues, prévoir le temps était une seconde nature, un important élément de sécurité. J'avais un principe assez simple : demain le temps serait le même, sauf changement manifeste et imminent, dont les signes avant-coureurs étaient faciles à repérer. Sans rire, avec cette « méthode » j'obtenais allègrement 80 % de réussite.
Eh bien aujourd'hui, ça ne fonctionne plus. Quant à la météo, pourtant devenue plus fiable, on ne peut hélas compter dessus. Combien de fois me suis-je fait avoir ? La dernière fois, c'était ce vendredi. La météo annonçait un beau ciel bleu le matin et un développement de cumulus avec faible risque d'orage en fin de journée (sur l'Ubaye). Idéal pour la photo ! Confiant dans une prévision d'un type de temps classique, confirmé par la carte nationale sur internet… je me suis retrouvé avec certes du ciel bleu, mais très momentané. L'essentiel de la journée s'est passé sous un lourd ciel d'orage avec quelques éclaircies.
Dans ces conditions, il devient difficile de faire de la photo de paysage : prévisions peu fiables (et de moins en moins), nébulosité omniprésente, ciel voilé blanchâtre au lieu de cirrus en plumeau, basse atmosphère crasseuse (combinaison de pollution et de nébulosité). Par contre, pour l'abstrait et la macro en général, c'est un avantage : au lieu d'avoir des lumières dures en milieu de journée, le ciel laiteux diffuse une belle lumière qui fait ressortir les couleurs sans pour autant supprimer les ombres. Cerise sur le gâteau, le contraste réduit de la scène permet une meilleure exposition.
De ma terrasse : malgré le beau ciel sur la Sainte Victoire, la crasse atmosphérique devient envahissante. Clic/agrandir
Peut-on dire qu'il s'agit du changement climatique à l'œuvre ? Certes, l'échelle de temps est trop courte pour en être sûr. Mais en 1983, j'étudiais à la fac les modèles d'évolution du temps si le réchauffement par effet de serre était confirmé. Le modèle le plus probable pour l'hémisphère Nord prévoyait un ralentissement du gulf stream, avec pour conséquence un refroidissement surtout sensible l'été, une augmentation des précipitations alternant avec d'intenses sécheresses, et surtout un accroissement important de la nébulosité, renforçant l'effet de refroidissement dû au ralentissement du gulf stream. En gros, la fin du climat tempéré.
Or le gulf stream a ralenti de 30 % et le type de temps que nous observons depuis les années 2000 est du même type que les prévisions. Une forte éruption volcanique pourrait avoir des effets semblables, mais il n'y en a pas eu de notable depuis les années quatre-vingt. Le modèle prévoyait d'abord un ralentissement léger du gulf stream, réversible, puis un fort ralentissement irréversible, accompagné de températures d'été pouvant atteindre… moins 35 degrés ! Des paradoxes du réchauffement global…
Nous n'en sommes pas encore là mais la chasse aux belles lumières est ouverte car elles deviennent rares. La nébulosité et la crasse atmosphérique sont d'ailleurs un argument pour le numérique : en argentique scanné, le grain se transforme en bruit coloré sur une épaisseur de cent mètres à un kilomètre au-dessus des reliefs, comme on le voit sur la photo ci-dessous, alors que la finesse du numérique (et surtout l'absence de grain) limite l'effet en numérique. Curieux paradoxe, d'avoir moins de bruit en numérique !
Ciel dantesque sur l'étang de Berre vu depuis Ventabren. Clic/agrandir
Crop 50 % montrant le bruit orangé de l'argentique sanné, combinaison d'atmosphère crasseuse et de grain accentué par le scan (Nikonscan avec GEM réglé à 2 tout de même, Fuji Supéria 100). Clic/agrandir
> Lire aussi Changement de climat, témoignage d’un photographe
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25 Mai 2008 à 18:39 dans
- NATURE






Je n'ai pas du tout le même recul (je n'ai "que" 34 ans, et ne m'intéresse réellement au ciel, pour la rando et la photo ,que depuis 10 ans), mais j'ai vécu longtemps dans les plaines du sud (Vaucluse) avec de très fréquents séjours familiaux dans les Hautes-Alpes. Ce constat ne me convainct pas totalement (alors que la diminution des quantités de neige en moyenne-montagne en 10 ans m'impressionne !)...j'ai eu l'impression, en 2007, à l'inverse, d'un temps réellement splendide à l'été et à l'automne, avec des ciels très clairs sur le nord des Hautes-Alpes (Dévoluy) en particulier, au dessus des constantes mers de nuages opaques entre 1500m et 2300m selon les jours. Et l'automne 2007 fut de loin ma meilleure saison pour les images...
Mais bon, ce n'est réellement qu'un avis partiel, je n'ai fais aucune statistique sur le sujet.
Posté par GLaG — 26 Mai 2008, 16:10
C'est sûr qu'avec la météo, c'est assez subjectif, et c'est pourquoi j'ai hésité à publier cet article. La difficulté, c'est que l'échelle de temps minimum en météo est de 10 ans, et encore. Il faut donc une bonne mémoire sur une longue période ou des notes précises. Il peut tout à fait y avoir une période particulière qui semble contredire des observations plus globales, par exemple le printemps exceptionnel (chaud et sans nuage) de 2003. Ou à l'inverse, les printemps particulièrement pluvieux de 1985 (pas sûr de l'année exacte) suite à l'éruption du Pinatubo.
Pour la neige, d'après mes sources, les mesures indiquent sur la dernière période de 10 ans des quantités tombées nettement plus importantes, mais une fonte rapide en-dessous de 2000 mètres. De mémoire, je dirais que la dernière grosse chute fut en 1980 : 5 mètres en 15 jours à Noël à Névache ! Et le plus grand froid à Noël 1975 : - 37 °C à Montgenèvre.
Mais tous ces événements n'ont pas de valeur météo. Pour la petite histoire, on est toujours, sur un plan géologique, à une période interglaciaire. Il semble qu'un indice de glaciaiion future soit un réchauffement pendant quelques décades… Ce qui fait dire à certains qu'on est à une époque pré-glaciaire !
Posté par Didier Vereeck — 26 Mai 2008, 16:45
Réchauffement et dégradation des conditions météo
Je suis particulièrement content, enfin ce n'est qu'une façon de parler bien évidemment, d'avoir un avis , éclairé, sur ce sujet que j'ai moi-même commencé à observer depuis 4 ans, avec une forte accélération ces deux dernières années. J'habite en Bretagne, dans le finistère et très exactement dans la presqu'île de Crozon. J'ai longtemps hésité à faire part de mes observations (Augmentation, et surtout changement du caractère général de la nébulosité, quasi permanence d'un voile atmosphérique lorsque le ciel est dégagé. Et ce printemps nous observons des phénomènes orageux, qui dans notre région n'étaient notables qu'à la fin de l'été. Je ne vais pas faire dans lé détail, mais en bref tout fout le camp) de peur de me faire taxer de vieux con du genre " Ah, le bon vieux temps " ou " Y'a plus de saisons " . Des saisons, il y-en a toujours, bien évidemment, mais mes observations me forcent à dire que leurs conditions météo globales ont pas mal changé.
Pour ce qui est des prévisions météo, nous nageons en plein délire, si pour ce qui est du déplacement des masses d'air c'est plutôt exact. Les prévisions locales sont grand-guignolesques, même à une demi-journée près.
J'ai de plus en plus de mal à dénicher de véritables belles lumières, et pas seulement en Bretagne. Partout en France où j'ai voyagé dernièrement, j'ai été confronté aux mêmes problèmes.
Merci à toi Zouave 15 d'avoir osé mettre le sujet sur le tapis, il en vaut la peine.
Je m'aperçois que je fais de plus en plus de macro grace au diffuseur atmosphérique intégré, mais aussi du studio où l'on a la lumière que l'on mérite, mais qui dégrade encore plus les conditions extérieures.
Cordialement
J.H.
Posté par Heydon — 26 Mai 2008, 16:55
Là encore, 4 ans ce n'est pas suffisant pour se faire une bonne idée. Toutefois, il est étonnant qu'une augmentation de nébulosité soit perceptible en régime atlantique. C'est important car plus que le temps, par essence variable, la nébulosité fait partie, avec la température moyenne et l'occurrence des phénomènes extrêmes, des indices de changements climatiques.
La nébulosité n'est pas anormale par ciel bleu (cirrus) mais doit se limiter à des voiles en plumeau sans devenir une tendance brumeuse. Il n'est pas normal qu'elle soit habituelle en régime de cumulus ou même de cumulo-nimbus. Enfin en temps de nimbus (ciel couvert) il n'est pas habituel qu'elle empêche de distinguer le contour des nuages comme c'est de plus en plus souvent le cas.
Reste à déterminer l'origine de cette nébulosité persistante.
Posté par Didier Vereeck — 26 Mai 2008, 17:10
Même constatation concernant les orages, il y a vingt ans, ils commençaient au mieux en mai-juin en Rhône-Alpes où j'habitais, puis à la fin des années 90 on a commencé à entendre des coups de tonnerre en avril, puis mars. Cette année dans le Nord-Est, l'été s'est tenu entre le 8 mai et fin juin, pour la 2ème année consécutive. Bref, plus de repères !
Posté par LucienZ — 22 Dec 2008, 18:05
Au sujet des orages, si les modèles se confirment, ils devraient être de plus en plus violent en Rhône-Alpes car l'air froid du nord et du Massif central se heurtera violemment à l'air de plus en plus chaud de la Provence, qui pourrait passer d'un climat méditerranéen à un climat tropical. Bref, ce ne sont que des modèles…
Posté par Didier Vereeck — 22 Dec 2008, 20:14
Si l'on peut regretter ce réchauffement climatique, je n'en ai pas encore perçu de répercussion sur mes photos, il faudrait une démonstration plus objective pour m'en convaincre ;)
Posté par dune — 26 Dec 2008, 12:44
Bien entendu, aucune prétention scientifique dans cet article même si la nébulosité croissante est attestée, et si les points sur lesquels je m'appuie sont sérieux. Si vous voulez plus scientifique, voici un article sur une conséquence plus ou moins inattendue du réchauffement : Vers l'asphyxie des mers ? http://vereeck.romandie.com/post/13253/131757
Posté par Didier Vereeck — 26 Dec 2008, 14:08
Toutes les réponses aux interrogations de l'auteur de l'article sont sur ce site:
http://www.eauseccours.com/
Posté par Oliver — 21 Juil 2009, 15:09
Je trouve intéressant votre blog même si je ne partage pas le point de vue selon lequel la nébulosité serait due à une unique cause. Dans ce cas, elle serait moins uniformément répartie. Néanmoins vous apportez des réponses et surtout des questions intéressantes. Je conseille à tous d'aller lire votre blog. Je ferai peut-être un article (en vous citant bien entendu)
Posté par Didier Vereeck — 23 Juil 2009, 15:56
La nébulosité est exactement liée à l'importance du trafic aérien à tel ou tel endroit: en Ile de france le ciel est constamment voilé par les passages d'avions, tandis qu'au fin fond du Cantal, le ciel est encore bien bleu. Des nuages en cordons se forment exactement sous le sillage des couloirs aériens. En Ile de France le trafic est tellement dense que le ciel est totalement plombé quasiment en permanence et l'excès d'humidité ne s'évacue plus. Mais très bientôt ca sera comme cela partout.
Posté par Oliver — 24 Juil 2009, 09:02
Il me semble tout de même que les avions ne passent pas encore partout, comme par exemple en certains coins des Alpes (je ne parle évidemment pas de la ligne Nice-Paris) voire de Provence (la pollution m'y semble davantage liée aux villes et aux autoroutes) ou encore en Montagne noire.
Quoiqu'il en soit, je ferai un article car l'éclairage me paraît pertinent.
Posté par Didier Vereeck — 02 Aou 2009, 17:25