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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Auteur] Vol de photo (ou de texte) : comment réagir

 


Le vol de photo est de plus en plus fréquent via internet. Il énerve, il fait perdre du temps : outre le vol en lui-même, on perd de l'argent et de l'énergie par le temps engagé à savoir comment réagir. Aussi je propose un mode de conduite standardisé, valable aussi bien pour les amateurs que pour les auteurs ou les professionnels. Le but est la pédagogie, qu'il se sache qu'une photo s'achète (et qu'en plus, pour un usage internet, ce n'est pas cher) ou qu'au minimum, on demande avant d'emprunter, et qu'ensuite on joue le jeu : nom du photographe et lien vers son site (ou vers le site d'emprunt de la photo).

 

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Particulier, ado, amateur, association ou professionnel, je ne me pose pas de questions. Vous croyez que personne ne connaît le prix d'un photographe, du matériel, ou le coût de revient d'une photo ? Tout le monde ne sort pas de la préhistoire. Et le plus souvent, la personne en état d'utiliser une photo n'est pas pauvre : si elle manque d'argent, c'est parce qu'elle fait d'autres choix. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas au photographe d'entrer dans ce genre de spéculations : il y a eu vol, point.

Ma façon de procéder est simple :
1. Je fais une facture avec surfacturation de 250 euros hors taxes : ça calme et c'est pédagogique
2. Je négocie si le voleur me contacte.

Remarque : pour une personne qui n'a pas de Siret (amateur), une note de cession suffit. 

Bien entendu, j'ai assuré mes arrières : s'il s'agit d'internet, j'ai fait une copie d'écran et un pdf. J'ai déjà utilisé des pdf et des copies d'écran en justice, et même des mails. La partie adverse, même de mauvaise foi, ne contestera pas car il faudrait qu'elle prouve que c'est un faux, ou qu'elle ait suffisamment d'arguments pour faire douter le juge. Le plus difficile sur internet est d'avoir les coordonnées postales (ou au moins mail) de la personne. Si je ne trouve pas, j'écris à l'hébergeur ou, au pire, à Google. Avec Google, je n'obtiens pas l'adresse mais le déclassement de la page incriminée (voire du site, dans les 15 jours).

La question du recouvrement de la facture se pose peu. La plupart des gens sont paniqués et payent ou prennent contact pour négocier. S'ils font le mort, un deuxième envoi, en recommandé cette fois, fera son effet. S'il faut aller plus loin, la loi est pour vous : la facture est difficilement contestable car assortie d'une preuve.

Je n'ai pas d'état d'âme et je n'entre pas dans des considérations sur le fait que ma photo a de la valeur ou non : ce n'est pas le sujet. Je reste également sourd aux arguments du genre « Ils peuvent se passer de la photo, ils vont l'enlever et tu n'auras rien gagné, ils en mettront une autre ». Qu'on puisse se passer de ma photo, qu'importe : je facture. On peut TOUJOURS se passer d'une photo.

J'ai ainsi facturé à des particuliers (blogs) y compris adolescents, des bénévoles, etc. Ensuite je ne suis pas féroce : une fois l'effet produit (voir arriver une facture de plus de 250 euros) je négocie. Simplement, j'ai rétabli la logique du rapport. Avant, je faisais l'inverse : négocier d'abord. Je me suis fait balader. J'ai arrêté quand j'ai compris que c'était illogique. Si on ne facture pas et n'applique pas une surfacturation, on est demandeur. Si on surfacture, l'autre est piteux et prêt à négocier. Quand la personne voit « surfacturation pour usage sans autorisation = 250 € HT » et « Usage de la photo comme illustration de site non commercial, hors page d'accueil = 3 € TTC » , elle comprend vite avoir fait une bêtise. C'est pédagogique.

On me dit « Oui, mais la personne est peut-être de bonne foi, pourquoi frapper fort d'emblée ? ». Tous ceux qui ont eu l'occasion de faire une réduction ou la gratuité à quelqu'un, dans quelque domaine que ce soit, le savent : c'est toujours dans ces cas-là qu'on a des histoires. Les gens qui cherchent et obtiennent des ristournes, en se plaignant ou en manipulant, sont des filous qui s'ignorent. Quant à la bonne foi, en parlent seulement les fieffés menteurs. La personne vraiment de bonne foi qui reçoit 250 euros de surfacturation dit ou pense quelque chose comme : « Aïe, ça fait cher, et je ne savais pas ! C'est bête mais ça m'apprendra à ne pas connaître les lois ou à me renseigner. Et puis si tout simplement j'avais pensé à demander je n'en serais pas là. Non seulement je dois payer, mais en plus le type m'en veut peut-être. Je suis une andouille. »

Si vous négociez par la suite avec une personne de bonne foi, elle en sera heureuse. Elle sera contente d'échapper à la sanction (qu'elle juge méritée ou, au moins, pas imméritée). Elle aura appris quelque chose et le fera savoir. Elle parlera de vous comme de quelqu'un de bien.

Si vous ne surfacturez pas a priori, la personne réellement de bonne foi ne se rendra compte de rien. Votre rappel à l'ordre (« merci de mettre un lien et d'indiquer mon nom ») la mettra dans l'embarras mais sans plus. Elle aura vite oublié, et n'aura donc rien appris. La négligence complaisante, à l'origine du vol de la photo, continuera à la dominer. Au pire elle pensera : « Bon, ça n'est pas bien grave ». Et surtout elle vous oubliera rapidement : vous n'aurez tiré aucun bénéfice de l'affaire et perdu du temps pour rien.

La personne qui invoque la bonne foi, marque du filou patenté, dira partout haut et fort, quand vous tenterez de négocier sans surfacturer (ce que je faisais avant) : « Vous vous rendez compte ! J'ai juste emprunté une photo, que j'aurais enlevée de toute façon. Si j'avais su qu'il fallait payer, j'aurais payé évidemment ! Au lieu de ça, un sale type me poursuit de sa hargne. Si ça se trouve, d'ailleurs, il n'est même pas en règle lui-même, je vais me renseigner. En tout cas je peux vous dire qu'un enquiquineur pareil ne travaillera jamais avec moi ni avec mon réseau. Je vais d'ailleurs passer quelques coups de téléphone, tiens ! ».

Ajoutons que par définition, quelqu'un de mauvaise foi parle beaucoup, essaie de convaincre et, malheureusement, a de l'influence. Son type psychologique est le déni : jamais il ne reconnaîtra un problème. Plus fort, il taxera d'enquiquineurs tous ceux qui protestent et affirmera haut et fort : « La vie est courte et déjà compliquée, moi je ne fais jamais d'histoires. Je ne comprends pas les gens qui en font pour des peccadilles. Il y a quand même de sacrés torturés du cerveau, hein ! ».

Toutefois, après avoir reçu la facture de 250 € puis négocié un arrangement, voici la réaction type de l'individu de mauvaise foi : « Finalement, c'était un brave type. Je le comprends, il y a tellement de voleurs partout. Il a bien vu que moi, j'étais quelqu'un de bien. Et il est bien content car grâce à moi, il va vendre d'autres photos. En plus il n'est pas cher. Je vais passer quelques coups de fils, tiens ! ».

La surfacturation doublée de négociation permet à la personne de mauvaise foi de s'en sortir la tête haute. Elle garde son pouvoir en imaginant que vous êtes désormais son obligé. Elle tente de renverser les rôles, et vous fera peut-être travailler – ou pas. Peu importe : ce qui compte est ce qu'elle dit à son réseau : pour elle, c'est une occasion de plus de se valoriser, pour vous ça contribue à votre réputation ou, au minimum, ne la détruit pas.

C'est de la psychologie élémentaire : le rapport de force doit vous êtes favorable, ce qui n'est pas le cas si vous cherchez à négocier d'abord. Les faits sont simples : une photo a été volée. La question de savoir si c'est grave ou pas, si elle est bonne ou pas, si elle a de la valeur pas, n'entre pas en ligne de compte. Un vol est puni. Ensuite, il peut y avoir « procès » (ici la discussion), et on peut appliquer la peine ou pas, trouver des circonstances atténuantes ou non, un arrangement ou pas. On est libre, l'autre est à sa place : il est pris en défaut, mais ensuite il peut sauver la face (personne de mauvaise foi) ou avoir la sensation d'échapper belle (personne de bonne foi).

Et dans les cas (rares) ou aucune négociation n'est possible, on encaisse tout de même une somme intéressante. S'il faut aller plus loin, recourir à un huissier par exemple, pour 250 euros HT, ça vaut le coup. Et on le fera d'autant plus facilement qu'on est sûr alors d'avoir affaire à un indélicat.

Au total, cette façon de faire redonne la dignité au photographe, sa valeur à la photo et transforme un voleur en interlocuteur : tout le monde est gagnant. Si tous les photographes et auteurs de l'écrit procédaient de cette manière, il se saurait vite qu'il ne fait pas bon voler sur internet.

À vos commentaires, témoignages et anecdotes !

> voir mes mentions légales
Note : je me fais en général représenter par l'éditeur qui vend mes photos, ça a plus de poids.


Commentaires

  1. Si je comprends bien, les provençaux sont selon vous, des gens de mauvaise foi ? Vous écrivez des choses assez intéressantes mais vous avez une grosse tendance à une certaine généralisation douteuse. Cela vous décrédiblise.

    En toute bonne foi,

    Eric Boudet, provençal

    Posté par ERIC BOUDET — 31 Mar 2009, 21:34

  2. Vous avez raison, et j'ai enlevé cette phrase qui n'ajoutait rien.

    Merci de votre vigilance

    Posté par Didier Vereeck — 01 Avr 2009, 12:36

  3. Bonjour,

    Pouvez vous me donner l'adresse à laquelle vous écrivez chez google ?
    Merci

    Posté par Chasta — 30 Juil 2009, 13:16

  4. Et voilà la réponse

    en premier :
    Suppression de contenu de Google : signaler une violation des droits d'auteur
    http://www.google.com/support/websearch/bin/answer.py?hl=fr&answer=58

    En cas de difficulté, contacter directement le Google français :
    Google Paris
    38 avenue de l'Opéra
    75002 Paris, France
    Téléphone: +33 (0)1 42 68 53 00
    Télécopie: +33 (0)1 53 01 08 15

    Posté par Didier Vereeck — 30 Juil 2009, 14:28

  5. Merci pour cette excellente idée d'une procédure simple à mettre en oeuvre, que je mettrai désormais en pratique, n'ayant jamais franchi le cap d'une action en justice (trop long, coûteux et fastidieux).

    Posté par Pierre Mairé — 22 Oct 2009, 07:14

  6. Merci de votre soutien : plus nombreux nous serons à agir de la sorte, et à le signaler en tête de blog et de site, plus ce sera efficace !

    Posté par Didier Vereeck — 22 Oct 2009, 09:37

  7. Merci pour votre article. Mais où trouver un huissier qui fasse un constat à un tarif abordable?

    Posté par matthieu — 24 Nov 2009, 17:24

  8. Si vous avez suivi mes différents, articles, j'insiste souvent sur le fait qu'un huissier n'est pas la panacée, voire contre-productif. Un pdf et une copie d'écran suffisent.

    Posté par Didier Vereeck — 24 Nov 2009, 17:52

  9. Voilà un article très intéressant !

    une question reste toutefois à élucider, comment fait-on pour lister les sites qui utilisent nos photos ? ou chercher, y a-t'il un moyen efficace de les retrouver ?

    Je fais passer le lien vers cet article, qui devrait faire des émules !

    Seb

    Posté par Seb — 01 Jan 2010, 01:18

  10. Hélas non, pas de recette pour la recherche ! Mais le monde est petit…

    Posté par didier Vereeck — 03 Jan 2010, 16:46

  11. Bonjour,

    merci pour votre site très intéressante.
    Actuellement confronté à du plagiat de mon site je cherche des informations, et j'ai découvert votre site.

    Dans le titre vous indiquez "vol de photo (ou de texte)", mais je ne vois rien sur les textes ?
    La procédure que vous recommandez est la même ? avec facturation ?

    Pour information concernant les photographies, vous pouvez utiliser le site TinEye, vraiment très utile :)

    Cordialement
    Sandrine

    Posté par Sandrine A — 10 Jan 2010, 00:21

  12. Oui pour les textes, c'est exactement pareil. La charge de la preuve peut être plus difficile, c'est pourquoi il est bien d'imprimer un texte et de se l'envoyer à soi-même avant de le publier (et de ne pas ouvrir l'enveloppe, bien sûr). Conserver les brouillons est aussi un vieux truc d'écrivain.

    Un truc consiste également à entrer en relation avec le plagieur, en lui disant vous avez fait ceci et cela, je demande réparation, etc. Il est alors probable que, dans le but de s'éviter de payer, le plagieur dira qu'il a fait tout ça sans savoir et qu'il s'excuse, ou un truc du genre. Peu importe, il reconnaît de cette manière les faits et votre propriété.

    Pour Tineye, oui je connais, mais peu de photos sont dedans.

    Posté par Didier Vereeck — 10 Jan 2010, 09:30

  13. Bonjour
    Si le thème du vol des photos vous intéresse, je vous signale aussi une rubrique juridique parue il y a quelques jours dans le dernier n° de "Compétence photo" (n°14) et qui inaugure, avec ce sujet, une chronique qui deviendra habituelle dans les prochains numéros.
    Cet article précis se publie en 2 parties.. suite donc dans le n°15 en mars...

    Bonne lecture :-)

    Posté par Joëlle Verbrugge — 13 Jan 2010, 22:32

  14. Puisque l'on parle de loi, question : sur quel texte vous basez-vous pour établir une surfacture de 250€ pour utilisation sans autorisation ? Et si le choix du montant est réellement libre pourquoi ne pas monter l'addition à 1000, voire 2 millions d'euros ?

    Posté par Dalma — 03 Fev 2010, 14:17

  15. Le choix est libre mais plus vous tapez haut, plus le voleur sera enclin à ne pas payer, ou à contester. L'UPC applique 100 % du prix normal de cession (donc cession doublée), je préfère le forfait.

    Bien sûr, ce qui le rend légal est de l'afficher dans ses CGV, ou au moins clairement sur le site ou dans les conditions d'usage des photos.

    Posté par Didier Vereeck — 03 Fev 2010, 16:16


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