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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Mise en pages] Huit pages : un défi, ou l'aventure d'une maquette


 
intérieur

Exemple de pages intérieures du livre Objectif Nuit de Guillaume Laget. Le trait blanc à gauche et en haut matérialise le trait de coupe. La partie au-delà est appelée bord perdu : on le verra dans l'article, ça a son importance ! 

Maquettiste occasionnel par goût et par passion, quelques éditeurs fidèles utilisent mes services. Je suis plutôt habitué aux gros livres, autour de 300 pages (textes et schémas). En photo, les livres sont toujours plus minces, bien entendu, 96 pages le plus souvent.

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J'ai toutefois tâté de livres plus courts, avec par exemple mon « Cézanne » (Tableaux photographiques autour de l'œuvre de Cézanne, à la frontière du motif et de l'abstraction), 48 pages. Et puis il y a eu la série des livres cartes postales chez L'Ouisti : 16 pages, mais en fait d'une maquette « standard », la quadrichromie ne portant que sur la couverture. Comme le nom de la collection l'indique, il s'agit de faire la part belle aux images en face et quatrième de couverture. Aussi quand j'ai été convié à faire la mise en pages du mini-livre de Guillaume Laget, j'ai de suite compris que le défi était tout autre. Le cahier des charges était simple : choisir des photos caractéristiques et bien assorties sur les trois thèmes de la photo de nuit définis par Guillaume, et en faire un vrai livre. Un vrai livre de huit pages ? Ils sont fous ces éditeurs !

Le titre de la collection, Minifolio, me donnait une bonne indication. Au niveau de la proportion des textes, j'avais heureusement toute liberté, Guillaume adapterait leur longueur à mes choix. Ce qui ne tiendrait pas serait l'objet d'un article, plus technique. Il est clair qu'en huit pages il ne s'agissait pas de faire le tour du sujet, et le blog dédié serait là pour répondre aux questions.

Mais au fait, quel était le but ? Répondre à cette question, c'était donner une vie à la maquette. Je compris donc qu'il s'agissait de marquer le coup, de faire un livre en miniature réplique d'un éventuel futur livre. Le minifolio devait rester sans prétention (certes, avec huit pages) mais donner envie d'être offert, de circuler. Un livre pour le fun, un peu dans l'esprit des livres cartes postales en quelque sorte : un cadeau, et dans le cas présent, un cadeau permettant de découvrir un sujet.

J'ai eu largement le choix des photos puisque Guillaume en avait envoyé 57 à l'éditeur (j'en retiendrai 10). Après les avoir cataloguées puis en avoir fait un rapide survol, j'ai mieux compris le découpage en trois volets. Dès lors, j'ai agi comme si le livre devait faire cent pages et que je ne présentais en prémaquette que les têtes de chapitres. Il y avait toutefois une différence importante : il fallait boucler chaque chapitre. Mon choix a été simple : choisir pour chaque thème une photo que j'aurais rêvé avoir en carte postale, et lui donner un répondant sur l'autre page avec une (ou deux) photo qui donne envie d'en savoir plus, histoire d'aiguiser l'appétit.

En procédant de cette manière, je répondais au cahier des charges d'un minifolio, sorte de carte postale de luxe à offrir, sans être pour autant une collection de cartes postales. Je décidais donc de faire un sommaire visuel, comme dans les grands livres, et du coup ça donnait tout de suite la structure qui sinon ne serait peut-être pas apparue. Restait pour donner la sensation d'un vrai livre à organiser les blancs pour produire une circulation de l'œil de la première à la dernière page. Travail de base du maquettiste, qui demande simplement de tailler dans le vif : certaines photos plus petites que prévu, textes rabotés pour tenir dans un pavé. Là, c'était plus facile : ils n'étaient pas écrits. Guillaume a dû me maudire d'avoir à écrire son texte au mot près !

Quant au titre et à la couverture, curieusement ils se sont imposés d'eux-mêmes et d'emblée (habituellement, on les décide plutôt à la fin). Objectif nuit, ça m'a paru évident : objectif pour rappeler la photo, et aussi pour montrer que le minifolio n'était qu'un point de vue (à focale fixe plutôt que zoom, du fait de la brièveté). Et puis ça m'évoquait la bande dessinée, Objectif lune d'Hergé, et je trouvais qu'il y avait quelque chose de Tintin en Guillaume, dans sa façon têtue et pleine de fraîcheur de s'adonner à la photo de nuit.

Finalement, il n'y a eu qu'une difficulté, et heureusement que l'œil au scalpel de Guillaume l'a repérée. Comme toutes les grandes photos du livre, la photo de la dernière page était à bords perdus, c'est-à-dire qu'elle venait au bord de la page, sans marge. Ce choix oblige à perdre 5 mm de la photo à gauche et en haut, marge technique nécessaire pour la coupe (comme on le voit sur la copie d'écran en tête d'article). Problème, le haut du Mont Aiguille passait ainsi à la trappe ! La photo étant cadré serré, il n'y avait pas grand-chose à faire. J'ai essayé de changer les échelles horizontales et verticales (on s'en sort souvent comme ça) mais ça ne suffisait pas et ça se voyait (sans doute à cause du sujet, et aussi du grand-angle qui produit ses propres déformations).

Changer de photo ? Je tenais à celle-là, Guillaume aussi. Finalement, j'ai tout simplement abandonné le bord perdu en haut. Il y a donc une marge de 5 mm. Un maquettiste verra tout de suite ce qui lui apparaîtra comme un défaut, mais je suis presque sûr que vous ne l'auriez ni vu ni ressenti si je ne l'avais pas souligné ! (Toutefois pourle voir il vous faudra… acheter le livre, hé hé !) Il n'est pas rare que les maquettes comportent ainsi des défauts pour des raisons aussi bêtes que celles-là. Au passage, ça me permet de reprendre l'une de mes antiennes : ne cadrez pas trop serré ! Quand on fait une maquette, il n'est pas rare d'avoir besoin de recadrer ou, comme ici, de perdre 5 à 8 % à cause des bords perdus.

Ma maquette a été acceptée d'emblée et par l'éditeur et par Guillaume : banco ! C'est la première fois que ça m'arrive ! La plupart du temps, il faut revoir la copie, et la maquette finale ne ressemble que de loin à la prémaquette. J'en ai conclu que ce livre quoique petit était bien né, je lui espère une grande carrière. Il ne reste plus qu'à vous émerveiller à votre tour, et d'offrir le livre autour de vous !

> Couverture et fiche du livre Objectif nuit (possibilité de commande directe)


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