[Auteur] La photo a-t-elle un prix, et lequel ?
À l'heure de la guerre des prix, bien des discussions ont lieu car la photo évolue entre produit et création. S'il est normal qu'une création n'ait pas de prix défini, il est surprenant et malsain que personne ne soit capable de donner un prix pour un produit. Dans cet article, je parle uniquement de la photo de stock (photothèque).
Plaçons-nous d'abord dans un cadre légal : si les amateurs devaient fonctionner dans un cadre de marché, ils ne pourraient pas dire qu'une photo ne coûte rien. En fait, amateur ou pro, le prix de revient d'une photo est le même (de toute évidence, le coût de revient réel est même largement supérieur chez l'amateur, moins efficace).
On peut croire qu'il est impossible de connaître le prix de revient moyen quelle que soit la photo, car certaines demandent des investissements particuliers (studio) ou d'engager des frais (essence, avion, modèle). Néanmoins, si nous voulons survivre, il ne faut pas s'arrêter à de telles considérations. Si nous voulons faire barrière à la photo à un euro, il nous faut opposer un prix moyen acceptable et réaliste. Sur cette base, à chacun ensuite de faire valoir des coûts supplémentaires.
On peut prétendre que passer du prix de revient moyen au prix minimum de vente est absurde parce qu'on ne sait pas à l'avance combien de fois sera vendue la photo, et que des photos moins chères (microstocks) sont supposées se vendre davantage. Même s'il y a du vrai dans le raisonnement, en pratique il ne tient pas, car bon an mal an le nombre de photos qu'on peut faire et vendre n'est pas extensible à l'infini.
Je propose donc un raisonnement assez simple : prendre une moyenne de photographes, voir leur CA annuel et le diviser par le nombre de photos mises en vente chaque année (le nombre de photos vendues peut être inférieur ou supérieur). C'est une technique comme une autre pour déterminer un coût de production, la seule qui me paraisse fiable et lisible à défaut d'être parfaite (remarque : je parle ici d'un coût intégrant une denrée indissociable de la photo, le temps passé, l'ensemble définissant un prix minimum de vente). Je n'ai pas de statistiques qui me permettent de faire le calcul, mais je suis prêt à parier qu'on arrive à un coût moyen de 50-70 euros (certainement pas moins). On est loin de l'euro symbolique de certains microstocks !
On note qu'à 50 euros, si ce devrait être le prix de vente de toutes les photos, il faudrait en vendre 700 par an pour obtenir un revenu de 1 500 euros par mois (en comptant 50 % de charges). On comprend qu'on est en présence d'un prix minimum, un prix de survie. Je serais d'ailleurs curieux de connaître le nombre de photographes en France qui vendent plus de 700 photos par an, parmi leur stock. Nous voilà éclairés sur le prix en-dessous duquel ne pas descendre sans raison dûment motivée. Un prix inférieur sera alors connu comme étant bradé : peu importe, il y aura toujours des gens pour brader, l'important est de les cantonner à la marge.
Certains diront « Oui, mais si je veux une photo de boulon ou de hamburger, je ne vais pas la payer 50 euros ! Je trouve déjà que 1 euro, c'est cher ! ». Je réponds tout simplement « Eh bien, faites-là vous-même, alors ! ». Réponse qui est loin d'être absurde : par exemple dans son numéro de juillet (305), Chasseur d'images explique comment faire soi-même ses photos d'objets pour un site de vente internet.
La notion de prix minimum se heurte apparemment à un problème de taille : la mondialisation. Mais où avez-vous vu que les produits coûtent le même prix dans tous les pays ? Si par exemple c'est 50 euros pour la France, pourquoi ne serait-ce 10 euros en Roumanie et 1 euro en Chine (pour exemple) ? Quoi qu'il en soit, je n'ai pas parlé de légiférer : juste de s'entendre et de faire savoir qu'une photo, c'est au minimum tel ou tel prix.
Qu'est-ce qui empêchera alors un donneur d'ordres français d'acheter ses photos dans des pays moins chers ou en microstock ? Rien, si ce n'est que le prix minimum en tête, il composera ou non avec sa morale, tandis que l'absence de prix aujourd'hui est un bon alibi. Qu'est-ce qui empêchera un photographe de mettre ses photos dans des microstocks à bas prix ? Rien, mais il saura ce qu'il fait avec la conscience du prix minimum de vente. Même non imposé, un tel prix est pédagogique. Je crois beaucoup à la pédagogie et à l'éducation, et l'histoire me donne raison.
Je pense sain de savoir désormais qu'une photo moyenne (c'est-à-dire dont le coût de réalisation est moyen) ne devrait pas être vendue en-dessous de 50 euros (chiffre à parfaire). Il ne devrait pas être bien compliqué de faire comprendre à ses clients qu'un tel prix minimum suppose que, la plupart du temps, la photo doit être vendue plus cher. Et, si on accepte moins, pour internet par exemple, c'est pour tenir compte d'un contexte particulier et pour des usages limités (blog mais pas site par exemple, ou encore certaines associations réellement désargentées). Finalement, au lieu de se faire piller, on se retrouve à faire un cadeau !
> Photo à 1 euro, une ambiguïté entretenue ?
> La photo est-elle une création ou un produit ?
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29 Juin 2008 à 16:46 dans
- ÊTRE AUTEUR

Excellente analyse ! Pour compléter l'information, quel prix faut-il négocier pour une photo exceptionnelle ? J'entends par photo exceptionnelle, une photo techniquement très difficile à réaliser, de qualité et rare sur le marché. Pas facile sauf à faire monter les enchères en mettant en concurrence plusieurs journaux .
Cordialement.
Posté par Demalorthy — 08 Juil 2008, 19:14
Oui, il n'y a guère de réponse à cette question, surtout sans voir la photo. Il faut tout de même savoir qu'un prix de 2 000 euros n'a rien de rare. Après, dans ce type de cas, on est plus comme pour une création : le prix est celui que le client est prêt à payer. Tout est dans l'art de la négociation, certains se débrouillent mieux que d'autres à ce jeu. Le prix final dépendra du désir du client pour la photo. en effet, une photo peut être exceptionnelle mais ne pas passionner les foules…
Posté par Didier Vereeck — 09 Juil 2008, 08:41