[Technique] Composition : la lumière
Il ne s'agit pas ici de faire un cours de photographie mais d'aborder certains aspects d'après le point de vue La composition est une abstraction. Je me cantonnerai au paysage, à vous de traduire pour vos sujets.
C'est bien connu, au commencement est la lumière, qui sculpte les formes, souligne ou enlève, renforce ou adoucit. Mais choisir son éclairage, c'est-à-dire en extérieur ses heures, dans quel but ? Sans dessein, pas de dessin : il faut savoir ce qu'on veut représenter pour utiliser la lumière à son avantage.
La lumière est bonne si les ombres sont plus longues que la hauteur du sujet, les meilleures heures étant deux heures après le lever du soleil et deux heures avant son coucher. Même la meilleure lumière n'est pas toujours suffisante à de bonnes photos (de même qu'un beau paysage suffit rarement à faire une bonne photo). La lumière rasante met tout en valeur mais si on néglige les points que nous allons aborder, on sera déçu. (Note : si on ne veut pas du tout d'abstraction, c'est-à-dire représenter les choses telles qu'elles sont, il vaut mieux un temps couvert ; les couleurs sont alors plus justes et les ombres n'accentuent pas le relief).
Clic/agrandir. Photo 1 : La lumière rasante se trouve à diverses heures en montagne, selon les versants. En soi elle ne suffit pas, il ne faut tout de même pas oublier une composition simple et harmonieuse. Photo 2 : Le jeu des ombres et des lumières permet d'isoler l'arbre du fond et de renforcer l'effet de la belle lumière.
La lumière n'est pas facile à maîtriser car on oublie le fonctionnement de l'œil. Si on photographie ce que son œil voit, on sera déçu. Le beau chemin de randonnée au petit matin se transforme en zone sombre (car dans l'ombre) débouchant sur un ciel cramé (car l'appareil ne peut encaisser un tel contraste). Que voulait-on représenter ? Un chemin vers le ciel au lever de soleil ? Formulé ainsi, la photo devient quelque chose à représenter par des choix, et non quelque chose à enregistrer tel que.
La question devrait être « Quelle lumière pour mettre en valeur le fait que le chemin mène vers le lever de soleil ? ». Difficile alors de ne pas voir que le chemin est à l'ombre (par exemple). Devenu motivé par le sujet de la photo, le photographe attendra le bon moment ou cherchera un autre point de vue. Mais il n'attendra pas trop longtemps non plus : si le chemin est entièrement éclairé, il ne mènera plus vers le lever de soleil. On ne verra plus que le chemin pour lui-même.
D'une manière générale, il est important d'avoir en tête la question « Est-ce que la lumière telle qu'elle est et non telle que je la vois met en valeur mon sujet ? ». Ainsi, deux points deviennent importants : la mise en valeur du sujet par la lumière, et la conscience de la différence entre perception par l'œil et réalité.
Clic/agrandir. L'ombre au premier plan remplace avantageusement un premier plan qui n'aurait fait qu'attirer l'œil sur des détails sans intérêt et diminuer l'impression de profondeur. Grâce à cette ombre, le lac a pu être photographié de plus loin. La perspective en est augmentée. On a l'impression qu'il va se perdre dans l'infini. Il s'agit en réalité d'un bien petit lac (150 mètres de diamètre environ) !L'œil ne voit pas l'ombre si elle recouvre le sujet principal mais l'accentue si elle le souligne. Il ne voit pas les zones éclairées telles qu'elles sont, très lumineuses (notamment le ciel). Le mot « moyen » est un bon raccourci de ce que voit l'œil, qui tend à ramener toute la scène à des moyennes (sinon il est ébloui).
On se retrouve donc avec ce paradoxe : l'œil compose le paysage que je vois, qui est différent de la réalité. Avec ma photo je veux magnifier ce que je vois, donc prendre une photo qui n'est ni la réalité ni ce que je vois, mais avec un appareil qui va enregistrer la réalité ! Pour s'en sortir, il faut en premier lieu tester soi-même le fonctionnement de son œil afin de savoir à quoi s'attendre.
Dos au soleil, regardez un paysage par temps de nuages blancs (beau temps à cumulus) puis regardez brutalement le ciel au-dessus de vous, à la verticale : vous serez ébloui, et il vous faudra un certain temps pour pouvoir regarder les nuages dans leurs vraies couleurs, luminosité et profondeur (l'expérience fait mal aux yeux mais n'est pas dangereuse). Continuez à examiner les nuages blancs, le ciel bleu, puis d'un seul coup, regardez à nouveau le paysage. Vous allez constater que vous le voyez normalement, ou à peu près. Conclusion : votre œil avait diminué l'intensité lumineuse du ciel sans modifier celle du paysage. Pour votre photo, il vous faudra choisir entre un ciel tel qu'il est en réalité (très clair) ou un paysage bien plus sombre. On choisit en général cette deuxième solution (et on améliore les choses au post-traitement). Le rendu est globalement meilleur mais est-il excellent ? Quelle est votre intention ?
Clic/agrandir. L'absence de lumière sur les montagnes aurait classiquement semblé un problème. En fait, c'est ce qui donne de la profondeur à la photo. Déjà reléguées au loin par le 18 mm, les montagnes disparaissent en outre dans l'ombre, tout en restant présentes. Entre l'ombre du premier plan et du dernier, l'œil est attiré sur la touffe et les herbes juste derrière. On n'est pas dans un paysage américain et la touffe aurait semblé ridiculement petite (ce qu'elle est) sans cet artifice.
Si vous me suivez toujours dans la formule « la composition est une abstraction », vous allez vous demander comment trouver le bon rapport ombres-lumières qui met en valeur le paysage. Pour que votre paysage ne soit pas plat, plongé dans une torpeur ombragée, il faut retrouver ce qui en fait l'intérêt à l'œil : l'opposition entre le vert (par exemple) et le ciel lumineux. Le ciel étant trop lumineux, il est intéressant de chercher à composer avec les ombres et lumières l'équivalent visuel. Par exemple avec un premier plan à l'ombre qui paraîtra noir, et un second plan éclairé, qui sera le sujet, le ciel trop clair disparaissant à l'horizon sans gêner quiconque (on pourra même cadrer en l'éliminant).
Ensuite, y a-t-il des détails gênants dans la composition, comme un buisson qui n'apporte que du fouillis ? Se déplacer pour ne plus l'avoir dans le champ n'est peut-être pas la peine. En effet, ce qui est sombre et à l'ombre ne se verra pas ou peu, de même que ce qui est clair au soleil. Mais à l'inverse, et souvent gênant, un rocher clair émergera de l'ombre comme un phare ! Une masse sombre n'éteindra pas la lumière si elle est de petite taille, mais deviendra gênante si elle est importante, comme la végétation. Souvent plus sombre qu'il n'y paraît à l'œil, il convient de la traiter visuellement comme si elle était à l'ombre (pins en particulier), et donc ne pas rajouter trop d'ombre, ou alors de la plonger carrément dans le noir en choisissant l'exposition ad hoc.
Bref, le processus d'abstraction à propos de la lumière revient à se poser la question : quel est l'équilibre des masses éclairées et à l'ombre, et des points clairs et de zones sombres ? On peut s'aider en clignant les yeux jusqu'à ne pratiquement plus rien voir. Il ne faut pas se contenter de voir l'ombre et la lumière mais aussi le clair et le foncé, sans quoi on aura des surprises : rocher surgi de la nuit, chemin clair indistinct car dans une forte lumière, ou encore chemin traversant une zone d'ombre qui selon le cas lui donne de la profondeur ou la transperce désagréablement.
Clic/agrandir. L'ombre des nuages modifie la forme apparente des crêtes : on peut en profiter pour redessiner les montagnes, ici en transformant un ressaut sans intérêt (à gauche au second plan) en fine crête (à droite au second plan). Au lieu d'être attiré par la maigre végétation (à gauche), l'œil se satisfait du graphisme (à droite). On note que dans le premier cas l'observatoire étant éclairé par le soleil, la photo peut permettre de le situer (photo d'illustration) tandis que dans le second on l'oublie car il est dans l'ombre. Du point de vue illustration, la seconde photo serait ratée, donc.
Il est intéressant de ne pas se contenter d'une bonne lumière mais de voir si le jeu des ombres et des lumières ne dessine pas autre chose que ce que l'œil voit de prime abord. Ombre et lumière ramenant souvent les crêtes à des lignes, par exemple, est-ce que leur dessin est harmonieux, que les différentes lignes convergent ou dessinent de beaux motifs, ou au contraire se mélangent en scrisp-scrasp déprimant ?
Finalement, pour faire une bonne photo de paysage, il faut oublier le paysage ! On est bel et bien en pleine abstraction, non ? Pour être plus exact et revenir au sujet de l'article La composition est une abstraction, il faut oublier ce qu'on voit ou croit voir pour se concentrer sur ce qu'on veut représenter. Bonnes photos !
Merci pour vos commentaires !
Lire aussi :
> La composition est une abstraction
> Composition : le point de vue
> Composition : la focale et le cadre
> Composition : profondeur de champ et plan de focalisation
> ACCUEIL
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05 Août 2008 à 16:12 dans
- COMPOSITION






