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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Nature] Photo de nature et protection de la nature


Un lieu merveilleux suscite un réflexe de protection par sanctuarisation.
C'est bien, est-ce suffisant à une réelle protection ? Clic/agrandir

En photo de nature, l'animalier est le plus représenté, avec une approche naturaliste : vient ensuite la flore, avec une dimension esthétique, puis le paysage avec éléments humains ou non. Au total, la photo de nature a une forte connotation naturaliste animalière.

Les naturalistes ont contribué à la connaissance des animaux dans leur milieu et produit des livres de référence. Sauf exceptions, ils ont des connaissances scientifiques plutôt qu'une démarche scientifique, d'où des incompréhensions avec les écologues et une vision sanctuarisée de la protection de la nature.

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La démarche naturaliste ou militante peut susciter un corporatisme contre-productif car il induit un rejet par la population. Clic/agrandir

La photo animalière contribue à faire connaître la faune au grand public et déclenche un réflexe conservatoire. Démarche spécialisée, elle donne lieu à des cercles de passionnés. Certains naturalistes veulent la nature pour eux, souhaitant la fermeture de zones entières, pour peu qu'eux-mêmes puissent y accéder. La démarche n'est pas lointaine de celle du chasseur honni : s'approprier la nature.

Comportementaliste, la photo animalière émeut de manière anthropomorphique, en relation avec le petit d'homme (ce qui est déjà bien) tandis qu'une photo plastique (esthétique, graphique ou abstraite) a une chance de toucher sur un plan de transcendance et de conscience de l'humanité. Une photo artistique touche l'âme, la photo de l'animal touche l'affect. L'art de la nature œuvre pour la nature de manière profonde et complémentaire de la photo naturaliste. L'un n'empêche pas l'autre, bien au contraire, mais je regrette quand le naturalisme prend le pas sur l'art.

L'abstrait ne contribue pas en soi à la protection de la nature mais par l'émotion qu'il peut susciter, conduit au rapprochement et au respect, bases sur lesquelles construire une protection efficace. Clic/agrandir

La protection de la nature passe par une prise de conscience profonde de l'absence de frontière entre l'homme et la nature, laquelle nature est la manifestation externe du divin en nous. Dans un monde idéal, il n'y aurait nul besoin de protection car le respect dominerait. Dans notre monde à nous, l'émotion artistique peut conduire à plus de conscience donc accompagner les protections dans de bonnes directions.

Je plaide pour davantage de conscience et d'âme donc pour une plus grande part artistique. C'est plus ou moins difficile selon les sujets mais c'est une tendance lourde qui, au fur et à mesure qu'elle mûrira, prendra le pas comme c'est déjà le cas en macro. Il est vrai qu'un simple pétale est un univers à lui tout seul. Un pont se crée entre démarche esthétique (une photo d'insecte ou de fleur faite de manière artistique), graphisme et abstrait (le graphisme est une représentation stylisée de la réalité, qui reste une représentation. L'abstrait n'est plus une représentation, formes, couleurs et matière sont pris pour eux-mêmes).

L'artistique, du graphisme à l'abstrait en passant par l'esthétisme, ouvre à un champ vaste et mal défini, celui de la conscience et de l'humanité. Il amène à la nature des gens qu'elle n'intéresse pas plus que ça.

Une vision même à peine artistique déclenche de la curiosité et de l'empathie pour la nature. Clic/agrandir

La photo naturaliste concerne notre étage physique. Elle touche l'affect, d'où les bandes de copains et une convivialité sympathique. L'approche artistique semble plus solitaire a priori, au moins pour la réalisation des images. Elle concerne notre conscience, demande un minimum d'intériorisation et confine à la spiritualité.

L'approche artistique est une chance de passer à une protection de la nature où chaque individu serait concerné. Demain, la protection de la nature ne pourra être un raisonnement par sanctuaires mais une œuvre quotidienne, près de chez soi et en soi. L'approche artistique y contribue car il s'agit de toucher la conscience. Si ce n'est pas le cas nous mourront asphyxiés et empoisonnés à la porte de nos sanctuaires.

Souhaitons que sur le socle de la passion exclusive avec la nature, exprimée par la photo naturaliste et celle de paysage sauvage et vierge, nous puissions développer une passion ouverte incluant l'âme, qui touche le cœur des hommes et… change l'humanité, pas moins ! À chacun d'orienter son travail vers plus de conscience et d'âme, en développant une vision globale (écologique) et artistique (sans évidemment renier le reste) !

L'abstrait et le mystère renvoient à la conscience d'être soi et donc à son rapport personnel à la nature et au cosmos. Clic/agrandir

Merci pour vos commentaires !

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Commentaires

  1. Bonjour,

    Tout d'abord, merci beaucoup pour ce texte qui interroge profondément la démarche du photographe de nature.
    En plus de l'aspect "sanctuarisation" (dont vous dénoncé le coté "appropriation de la nature"), je rajouterai également de se méfier du coté performance.
    Par performance je veux signifier non seulement l'emprisonnement dans la photo parfaite obtenue selon les canons du style en vigueur (téléobjectif, faible profondeur de champs, exclusion des éléments humains, etc...), mais également la mise exergue des photos dont le sujet est rare voir exceptionnel (oiseaux rares, animaux exotiques, etc…).
    Ces démarches poussent le quidam à se désintéresser de la nature qui l'entoure : perçu comme inintéressante car non mis en valeur ou inaccessible car nécessitant une débauche de matériel couteux afin de "l'enjoliver". L'amateur, afin de légitimer sa passion, est lui poussé à chercher la performance achetant toujours plus de matériel ou/et d'exotisme (safari photo).
    Au final, et je rejoins ici vos conclusions sur la photo naturaliste, la nature est ressentie comme étrangère à l'humain et réservée aux spécialistes.

    Afin d'aller vers plus de conscience du "tout naturel" (homme + nature = 1), en addition à la piste artistique que vous évoquer, je proposerai la voie de la photographie de proximité.
    En photographiant la nature dans son interaction avec l'homme, dans sa proximité avec lui, elle devient accessible et évidente. De par la mise en valeur de cette proximité chaque individu est touché et amené au respect de la nature qui l'entoure, et par extension de la nature globale.

    Jérôme

    Posté par Jérôme — 01 Sep 2008, 10:58

  2. Vous avez tout à fait raison et je vous remercie pour votre contribution. Ceci est un premier article et il y a en aura d'autres. La photo de proximité me tient d'autant plus à cœur que c'est exactement ce que je fais avec mon abstrait naturel.

    On peut comprendre qu'un photographe animalier ait envie de prendre en photo une espèce rare, et ça ne doit pas toujours être facile de résister. C'est plus facile en botanique, par exemple !

    Un autre problème est que le public est a priori plus sensible à l'animal exotique qu'à la photo prise à côté… De ce point de vue, la démarche artistique aide à s'intéresser à sa région.

    Quoi qu'il en soit, comme vous le soulignez, il est temps de prendre conscience de certaines choses.

    Pour conclure ce post, il me semble que la "performance" dont vous parlez est de même nature que le "démon de la coche" qui saisit bien des ornithologues !

    Posté par Didier Vereeck — 01 Sep 2008, 20:06

  3. Article très juste, j'aime a oublier mon existence propre pour me sentir un élément de la nature vibrante, être vraiment partie prenante de ce bouillon de vie.

    L'imaginaire et un degré de conscience différent permettent effectivement de mieux sentir l'essence, l'énergie, la lumière, qui émanent du milieux naturel.

    Enfin ... C'est ce que je ressens, en tous les cas.

    Amitié, cedric.

    Posté par cedric chassagne — 03 Sep 2008, 11:28

  4. Merci Cédric pour ce message, puissions-nous arriver à le faire passer ! C'est un peu aux antipodes de ce qui se dit et s'écrit, mais bon…

    Pourtant, je pense que nombreux sont ceux qui ressentent ce que tu évoques ou ce que j'écris. Faisons-le partager !

    Posté par Didier Vereeck — 04 Sep 2008, 11:30

  5. Article fort intéressant, ne serait-ce que parce qu'elle aborde un aspect rarement abordé en profondeur.
    Je dois bien dire que je me sens concerné : je travaille dans la protection de la nature et fait de la photo, deux activités que je pratique depuis pas mal d'années.
    Et qui pour moi sont complémentaires et différentes à la fois. Complémentaires car la photo est bien entendu un support majeur pour faire connaître nos actions, les sites et les espèces sur lesquelles nous travaillons. Et différente, parce que mes meilleures photos ont été faite hors du cadre de mon travail. Difficile en effet d'avoir une démarche artistique quand on réalise un protocole de suivi d'une espèce ! (mais j'avoue que je ne me considère ni comme un artiste, ni comme un scientifique).
    Je vous rejoins sur les dérives "performances à tout prix" et "coches", bien à l'opposé de toute démarche artistique ou de protection.
    En revanche, je ne crois pas que protéger signifie forcément sanctuariser (et j'en ai bien des preuves !), mais c'est un débat qui s'éloigne de la photo, qui selon le contexte, peut ne devenir qu'une activité de pleine nature comme une autre.

    Posté par David — 07 Sep 2008, 19:11

  6. Merci David pour votre témoignage, qui donne envie d'en savoir plus.

    Au sujet de la sanctuarisation, je n'ai pas dû être assez clair, car je suis contre. Les Parcs sont pour moi soit inutiles soit des constats d'échecs. Avec une réelle volonté, il y a bien mieux à faire, mais vu qu'il n'y a pas volonté alors il vaut mieux des sanctuaires.

    Cela dit je suis intéressé par votre expérience (éventuellement en MP). Le débat ne s'éloigne pas de la photo, en tout cas pas sur mon blog ! J'y reviendrai d'ailleurs souvent.

    Posté par Didier Vereeck — 08 Sep 2008, 13:09

  7. Vous avez été parfaitement clair au contraire. Personnellement, je considère que ce genre de décision de protection (forte et réglementaire) ne se prend qu'au cas par cas, et constitue parfois la seule solution.
    Attention à l'emploi du terme Parc, il existe une confusion terrible (et qui mènent sans doute à des prises de positions extrêmes de la part de certains...) entre Parc National, Parc Naturel Régional et Réserve Naturelle Nationale, pour citer les plus connus. Tout cela mériterait un développement plus large, je peux vous y aider si besoin.

    Posté par David — 08 Sep 2008, 17:55

  8. Oui, bien sûr, on pourra faire le point. J'oublie toujours que peu de gens connaissent clairement les distinctions et j'ai tendance à utiliser le terme Parc comme raccourci de sanctuarisation (à tort). Outre les différences de statut il y a des différences locales qui rendent délicates les généralisations. Je connais bien le Parc des Écrins (National), celui du Queyras (Régional) et la Camargue (Réserve Nationale), et un peu moins les Vosges du Nord et les Ballons (deux régionaux).

    Pour les Écrins, j'attends toujours qu'on me démontre ce qu'il a bien pu protéger (mes copains du Parc hurlent mais manquent d'arguments). À part peut-être les extensions de stations de ski, qui auraient pu se régler autrement (mais ne l'auraient pas été par manque de volonté, d'accord).

    Pour le Queyras, il y a des velléités sur certaines parties de toute façon ni constructibles ni exploitables d'interdire purement et simplement l'accès. C'est d'autant plus débile qu'il n'y a rien à protéger ni particulièrement de trafic piéton car peu de chemins…

    Entre national et régional, le second étant censé favoriser un développement, on peine à voir dans ces cas (Écrins et Queyras) une différence significative depuis leur création. Et il est encore moins évident de faire la différence entre les zones de parc et celles où il n'y a rien. La nature est-elle moins protégée et moins riche en Clarée ou en Ubaye ? Et en Italie ?

    Pour la Camargue, la Réserve était nécessaire mais j'aurais préféré une protection moins rigide mais plus large, englobant la petite Camargue, toute la partie nord (où on trouve aujourd'hui beaucoup d'espèces) et l'intégralité de la Crau (aujourd'hui, c'est trop tard). Mais aussi une protection plus pertinent que l'actuel Parc Régional, venu d'ailleurs bien trop tard.

    Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on a tendance à protéger… quand il n'y a plus rien à bâtir !

    J'aimerais développer de manière structurée pour un article, si ça vous intéresse. Sans non plus me faire des ennemis dans les Parcs, qui ont au moins un avantage : apporter de l'argent, permettre de faire des études. De ce point de vue les zones sans Parc ou Réserve nationale sont souvent des déserts.

    Pour la protection, il y a aussi les arrêtés de biotope, les zones EBC, les Réserves biologiques, voire les réserves de chasse, tous dispositifs qui ont l'avantage d'être discrets et donc de ne pas attirer de touristes ni de… photographes !

    Posté par Didier Vereeck — 08 Sep 2008, 18:24

  9. Au sujet de la question : "la nature est elle moins protégée en Ubaye ou dans les Cerces que dans le Queyras", je n'ai pas une connaissance fine des lieux ni du sujet... Mais une différence saute aux yeux : la différence de fréquentation et la "connaissance" par le "grand public montagnard" des massifs : je veux dire que les gens qui ne sont pas de la région mais aiment la rando (typiquement, un randonneur parisien ou grenoblois, ...) a, je pense, bien plus entendu parler du Queyras que des Cerces ou de la Clarée. Peut-être par l'histoire ? Par le GR58 qui préexistait, je pense, au Parc (détrompez-moi éventuellement..) ? Mais à mon avis le Parc a eu une démarche visant à faire connaître le massif et y maintenir une activité (le Queyras est bien plus animé, même aux intersaisons, que la Clarée ou l'Ubaye, du peu que j'en ai vu). Ce n'est pas directement une démarche de protection, mais bien une démarche globale de valorisation. Après, quel estl 'impact sur la nature ? Je pense qque les espaces protégés poursuivent deux objectifs opposés : faire venir des touristes, voire des résidents permanents ; protéger. La sanctuarisation de certains secteurs (que je ne défends pas) est un moyen de concilier les deux : on promet aux gens de la nature sauvage, en essayant par le balisage ou la contrainte de les cantonner sur un petit nombre de sentiers..

    Posté par GLaG — 21 Sep 2008, 14:40

  10. Au sujet de Clarée, Queyras et Ubaye, j'y randonne avec des réflexes naturalistes depuis 1975, d'écologie depuis 1985. Je n'ai vu aucun effet du Parc. La fréquentation du Queyras a augmenté un peu, mais dans des proportions assez réduites, et un mouvement inverse ces dernières années. Ce massif a toujours été plus connu, pour des raisons diverses, et plus vivant et habité.

    Dans aucun de ces massifs la faune ou la flore ne sont davantage menacées qu'en 1975. Les différences depuis cette époque proviennent des installations d'animaux en provenance d'Italie, et du changement climatique pour la flore, ainsi que des modifications de pratiques culturales.

    Bref, j'attends qu'on me démontre un effet réel du Parc du Queyras, à part une certaine vulgarisation, mais qui est restée en berne, surtout quand on compare aux projets et ambitions de leur initiateur, Michel Blanchet. Faute de moyens, sans doute.

    C'est à ça que pourrait servir un parc mais les volontés politiques locales s'y opposent. en fait, certains veulent des touristes et ont gain de cause (aménagements), d'autres veulent la paix et sont en passe d'avoir gain de cause via une sanctuarisation qui, dans ce cas précis, est absolument inutile. Notamment parce qu'il n'y a pas d'espèces sensibles (sauf peut-être en insectes) et que les territoires déserts sont gigantesques. Et il vaudrait mieux réguler davantage la chasse, or c'est plutôt l'inverse qui se produit (mais il y a un chasseur riche et influent…).

    Par contre, de maintenir le gros des visiteurs sur un petit nombre de sentiers, je suis d'autant plus d'accord que j'ai initié cela dès 1980 en Clarée (réfections de sentiers, balisage, topos). Là, le Parc peut être efficace car il y ades moyens (un peu). Les refuges ou "buvettes" font partie également de cet effort, car c'est convivial et sympathique, et les gens circulent moins.

    C'est une façon intelligente de faire venir des gens sans prendre de risques pour la nature et sans pour autant sanctuariser. et je reste persuadé qu'il est essentiel de faire venir des touristes si on veut pouvoir protéger les territoires à long terme (et non les laisser aux mains de quelques locaux sans scrupules).

    Posté par Didier Vereeck — 22 Sep 2008, 20:04


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