[Technique] Composition : Le point de vue
Note : cet article s'insère dans une série commencée par une réflexion générale : La composition est une abstraction. Il n'est pas une leçon de photo, il a juste pour but de faire réfléchir en proposant un point de vue particulier.
Clic/agrandir. Sans ce point de vue à ras du sol et en diagonale par rapport à la lumière, la photo serait plate et on verrait surtout le fouillis en haut à gauche.
Le point de vue est souvent l'oublié des photographes débutants… mais aussi des confirmés « routiniers ». Qu'est-ce que le point de vue ? C'est évidemment le point duquel on regarde. Évident, n'est-ce pas ? Eh bien non. Le point de vue n'est pas uniquement le point duquel on observe, mais également la manière dont on regarde les choses. Le point de vue personnel sur les choses est ce qui va déterminer le point de vue physique.
Par exemple, vous arrivez à un belvédère au bord d'une route (un point de vue !). Si vous voulez rapporter un souvenir, vous ferez une photo face au paysage. Elle sera plate mais représentative (peut-être). Si vous avez un esprit reportage, vous vous reculerez pour inclure dans le cadre les gens qui regardent, par exemple. Si vous êtes intéressé par le côté spectaculaire des lieux, vous vous mettrez de côté et montrerez en enfilade la balustrade, voire la route. Si tout cela vous ennuie et que seul un certain graphisme vous intéresse, vous chercherez des points de vue plus originaux. Ainsi, en un même lieu, il y autant de points de vue que d'intentions.
Notons au passage que la notion de point de vue est indissociable de celle d'aspects. D'un point de vue on voit certains aspects d'une scène mais pas tous. En conséquence, si un aspect ne plaît pas… il suffit de changer de point de vue. Mais si on veut favoriser tel aspect, on en éliminera d'autres. Cette réflexion devrait permettre au débutant de comprendre qu'en photo, quelle que soit la scène, on ne peut jamais tout montrer. Ainsi, même une photo d'illustration est un choix. À l'inverse de la photo artistique, en illustration on essaie de montrer ce qui est représentatif de la scène. Le résultat est opposé mais le processus est le même !
Clic/agrandir. Souvent, les photos faites d'un point de vue élevé seront plates si rien ne vient structurer l'espace. Au fond, en photo aérienne,le graphisme est une nécessité plutôt qu'un choix photographique réel… C'est donc d'autant plus diffcile à réussir.
Bref, le point de vue de la photo doit être au service du point de vue du photographe et non l'inverse. Or on voit parfois des photographes chercher un point de vue en tournant en rond comme des bêtes ! On ne devrait pas chercher un point de vue pour une photo au petit bonheur, mais déterminer d'abord quel est son point de vue sur les choses, quelle photo on veut faire, et ensuite seulement choisir le point de vue pour une photo donnée.
Pratiquer de cette manière permet d'avoir une démarche tranquille en photo. Pour exemple, je photographie souvent sur trépied. C'est sans doute ce qui m'a appris ces notions. Las de triturer mon trépied dans tous les sens et de le déplacer après coup, j'ai appris à choisir préalablement le point de vue et à installer seulement ensuite mon trépied. Aujourd'hui, je pose le trépied, je le règle et ensuite il est rare que j'aie à le déplacer ou à changer la hauteur : le cadrage est bon d'emblée (c'est plus facile quand on utilise des fixes, et en petit nombre, car on connaît parfaitement ses focales). Bon exercice !
Chercher un point de vue, c'est chercher à montrer uniquement ce qui sert sa vision photographique ou, par défaut, ce qui est utile ou beau.
Il s'agit donc de se déplacer horizontalement (c'est évident) et verticalement (souvent oublié) pour prendre possession de son monde et le traduire en photo.
Prosaïquement, on se déplace par exemple pour éliminer un buisson confus qui nuit à un graphisme paysager. Est-ce si simple ? Eh bien non, car en changeant de point de vue, on change de photo. S'il n'y a plus de premier plan, on va donner trop d'importance à un moyen plan sans autre intérêt que de conduire jusqu'à l'arrière-plan (par exemple). Pour abstraire, c'est-à-dire enlever ce moyen plan, le premier plan est donc nécessaire sauf… si on se baisse, car on peut alors aller jusqu'à éliminer le moyen-plan (il faudra tout de même un premier plan, mais ce peut être une ombre).
La pratique du point de vue demande donc pas mal d'anticipation, et donc d'expérience, car le moindre déplacement change beaucoup de choses, et maîtriser tous les facteurs n'est pas évident. Si on n'anticipe pas, on bougera sur le terrain dans tous les sens, toujours insatisfait (du genre : « ah zut, je n'ai plus ce buisson mais il y a cette pierre » ou « c'est mieux mais le sommet est devenu tout petit ! »). L'inconvénient est qu'on n'apprendra pas ou peu. Anticiper, donc construire la scène dans sa tête, est la seule façon de progresser pour agir au lieu de subir.
Clic/agrandir. Photo de gauche, le point de vue est un peu celui du fainéant, il a suffi de basculer l'appareil, le 24 mm fait le reste. Photo de droite : le fainéant s'est bougé et accroupi mais au final je trouve la photo de gauche plus intéressante ! Il fallait davantage réfléchir avant ! À vous de voir laquelle vous préférez : question de point de vue !
À propos de cet article et de ces photos, un lecteur ajoute :
« Je m'aide en essayant chaque fois de trier dans ce que je vois ce qui me donne envie de faire la photo du reste. Ici, je pense que ce serait le chemin en S. À partir de là, on sait qu'il faut garder le S du chemin sous la main jusqu'à avoir un caillou dans le cadre. Certes, ça ne marche pas à tous les coups !
En effet, voilà une question clé : « dans ce que je vois, qu'est-ce qui me donne envie de faire la photo ? ». Bien sûr, ça ne marche pas à tout les coups car se déplacer change le point de vue mais ça donne une image en tête, qu'on cherchera peut-être dans une autre balade.
Si on sait ce qu'on veut montrer et qu'on a un rapport de masses en tête, on va plus simplement changer de lieu pour trouver un point de vue qui correspond à ce qu'on imagine. On cherche le point de vue avec ses pieds, dit-on, certes… mais d'abord avec sa tête ! Le photographe expérimenté sent le terrain d'instinct, qu'il ait appris consciemment ou par une longue expérience. En paysage, il peut se permettre de se promener avec l'appareil dans le sac pour ne le sortir qu'au moment de la photo. Certains paysagistes circulaient avec leur matériel dans le coffre. S'ils s'arrêtaient à un endroit, ils allaient installer leur trépied. Seulement alors, ils allaient chercher le matériel dans le coffre ! À méditer…
Merci pour vos commentaires !
Lire aussi :
> La composition est une abstraction
> Composition : la focale et le cadre
> Composition : profondeur de champ et plan de focalisation
> ACCUEIL
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01 Septembre 2008 à 19:34 dans
- COMPOSITION






Tellement vrai !
Cela rejoint à mon avis un peu de ce qui s'est dit dans votre article sur la protection : le beau n'est pas forcément dans le rare ou le spectaculaire. On ne photographie généralement bien que ce que l'on connaît : un paysage que l'on a parcouru et dont on sait quelle lumière va être intéressante, ou une espèce que l'on a appris à connaître, à observer.
Et plus généralement, c'est parce que je considère toujours que la composition , le moment, le point de vue restent ce qu'il y a de plus important que la pléthore technologique actuelle me laisse de marbre !
Posté par David — 07 Sep 2008, 19:23
D'accord au sujet de la débauche technologique, mon autre article « L'œil, la vision et le photographe » permet d'ailleurs d'en relativiser l'importance.
Je pense quand même qu'on peut bien photographier ce qu'on ne connaît pas au moins pour les paysages, à condition bien sûr d'avoir l'habitude de ce genre de photos. Bien, mais différent. Chaque fois qu'on connaît un peu mieux son sujet, on le photographie différemment. Et par exemple en paysage, on devient sensible aux ambiances et on arrive à les retranscrire. C'est pour ça que je fais un blog par lieu, afin de retranscrire, autant en photos qu'en textes, l'ambiance propre à chaque lieu.
Et je souscrits 100 % à la phrase « le beau n'est pas forcément dans le rare ou le spectaculaire »
Posté par Didier Vereeck — 08 Sep 2008, 13:15
Merci, de m'apprendre les techniques photos, un débutant.
Posté par Gabone — 18 Sep 2008, 13:58
Ravi d'avoir pu contribuer à vos progrès en photo !
Posté par Didier Vereeck — 19 Sep 2008, 15:51
Comme vous dites « Ne pas chercher ce qui est beau mais comment rendre beau ce qui provoque une émotion ». C'est en effet essentiel. Les débutants sont trop souvent attirés par les lieux réputés, jugés beaux, qui sont souvent les endroits où on fait les plus mauvaises photos !
Au contraire, dès qu'on sort des sentiers battus, on trouve à tout coup quelque chose d'intéressant, même dans des lieux apparemment déshérités.
Pourquoi, le direz-vous ? Eh bien notamment parce que dans un endroit moins spectaculaire, on ne se laisse pas impressionne par le paysage, et on se laisse plutôt guider par ses émotions.
Posté par DidIer Vereeck — 30 Sep 2008, 18:03