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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Technique] Composition : La focale et le cadre


Note : cet article s'insère dans une série commencée par une réflexion générale : La composition est une abstraction. Il n'est pas une leçon de photo, il a juste pour but de faire réfléchir en proposant un point de vue particulier.

Clic/agrandir. L'important en grand-angle est souvent de remplir le cadre, surtout comme ici au 18 mm. La réussite de cette photo tien aussi à une illusion d'optique : il n'y a en fait pas de plan moyen car le point de vue élimine le vallon et donne l'impression que la montagne est au-dessus du lac.

La focale est un moyen de déterminer le cadre global mais il est plus intéressant de s'en servir en fonction du point de vue. C'est là une grosse différence entre les zooms et les optiques fixes. Avec un fixe, si on en change, c'est souvent pour changer également de point de vue.

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Les zooms à faible range (faible amplitude) sont presque aussi pédagogiques que les fixes tandis que les trans-standards demandent une discipline de fer pour réussir de bonnes photos, à moins qu'ils ne soient utilisés dans des situations où la focale sert principalement à recadrer, comme bien souvent en reportage à hauteur d'homme. En effet, tant que le sujet photographié est à hauteur de l'axe optique, la perspective change peu en zoomant. Par contre, dès que le photographe plie les genoux ou baisse l'appareil, le monde est différent selon la focale.

Clic/agrandir. En grand-angle, il est important de relier les plans. En l'absence  de chemin, les ombres sont fort utiles. On notera qu'ici également, le moyen plan est plus ou moins éliminé, car c'est le lac.

Si le grand-angle donne davantage de champ, il est dommage de se limiter à cette propriété. Ce qui n'est pas au premier plan perd de l'importance. On peut donc utiliser le grand-angle en changeant de point de vue, de manière à favoriser un premier plan. Ce premier plan peut-être pris pour lui-même, il doit alors être bien choisi car il est la raison principale de déclencher.

Le grand-angle peut être utilisé pour donner l'impression de profondeur. Il faut alors étudier la manière dont les plans entrent en relation, du premier au dernier, en attachant une attention importante aux moyens plans. À titre d'exemple, un chemin qui serpente vers le lointain est un bon guide. S'il n'y a pas de chemin, il faut trouver un point de vue qui relie les plans aussi bien qu'un chemin l'aurait fait. Une astuce consiste au contraire à éliminer les moyens plans (voir photos).

Clic/agrandir. Un petit bout de marais a suffit à donner le sujet. Ici les plans se fondent les uns dans les autres et disparaissent même au profit du bras d'eau dont la longueur paraît de ce fait infinie. Dans la réalité, il mesure une vingtaine de mètres.

Le grand-angle permet de diminuer l'importance de l'arrière plan, si par exemple il est de peu d'intérêt. Il s'agit alors de se préoccuper du premier-plan, qui sera le point d'accroche, mais peut-être davantage encore du moyen plan, car c'est lui qui est censé arrêter le regard pour faire oublier l'arrière-plan. On peut également choisir un point de vue en plongée qui élimine tout moyen plan (photo ci-dessus).

Avec une longue focale, le but inconscient outre rapprocher le sujet ou cadrer plus serré est souvent une forme de graphisme. Plisser les yeux guide dans le choix des sujets ou du cadre. Tout ce qui perturbe sera parasite, comme un simple rocher ou une tache de couleur. Un simple ensemble de lignes sera monotone, un berger ou une chapelle change tout. Plutôt que de chercher beaucoup de lignes et de plans étagés, il est souvent intéressant de ramener la composition à un ensemble limité de plans.

Clic/agrandir. Le téléobjectif (200 mm) permet de supprimer des plans et comme ici, de produire un télescopage qui tient plus du graphisme que du paysage.

Quand on se sert d'une longue focale pour rapprocher le sujet (animalier) il est préférable, au lieu de se contenter classiquement qu'il se détache du fond, de l'attacher au fond, en étudiant la manière de mettre les deux en rapport. La gestion de la profondeur de champ ne suffira probablement pas et, comme avec le grand-angle, il faudra changer de point de vue. Par exemple, il vaut mieux chercher un point de vue qui relie joliment la végétation à l'oiseau plutôt que d'éliminer tout son habitat dans un flou quasi total. Ça peut être beau mais on s'en lasse vite (certes, il n'est pas toujours possible de bouger).

J'assimile la macro à la longue focale et j'en tire à peu près les mêmes conclusions, à une différence près : on a souvent intérêt à isoler le sujet, les taches de couleurs formées par le flou servant de décor, soit le rappelant, soit tranchant par une couleur complémentaire. La macro présente un avantage certain : on peut facilement jouer avec la profondeur de champ. Il y a une différence énorme entre f:2,8 et f:16, ce qui n'est pas le cas avec un 500 mm. Par contre en macro, si on veut relier le sujet à son environnement, il faut choisir un environnement qui s'y prête car tout ce qui n'est pas complètement flou devient très présent.

Clic/agrandir. En macro, un sujet peut n'être pas grand-chose. Ici, le point de vue (par-dessus) déroute. Il reste ensuite à choisir le cadre pour composer la photo à sa guise. La très faible profondeur de champ rend ici les reflets parties prenantes de la composition. 105 mm f:2,8

Le cadrage proprement dit ne vient qu'en dernier, pour peaufiner une vision, en éliminant des détails parasites. Cadrer, c'est serrer au plus près son sujet. Beaucoup de débutants font l'erreur de chercher leur cadre en tous sens et en zoomant, donc en changeant de point de vue, car ils confondent cadre, focale et point de vue : le cadre doit être déterminé par le point de vue puis la focale, cadrer n'est plus qu'un ajustement.

Le zoom est alors un plus. Il permet d'ajuster le cadre sans avoir à changer de point de vue. Au contraire, l'usage d'un fixe oblige à se déplacer pour affiner le cadre, donc à changer de point de vue. On dit souvent que le fixe est plus pédagogique car il oblige à se déplacer. On voit ici que si on fait les choses dans le bon ordre, choisir focale et point de vue puis cadrer, c'est au contraire le zoom qui est pédagogique, à condition de s'en servir uniquement pour ajuster le cadre, dans de faibles proportions (par exemple de 28 à 24 mmm ou de 150 à 180 mm).

Clic/agrandir. Classiquement, le téléobjectif permet de choisir une partie du sujet qui fait sens ou est esthétique. Plus la photo est sobre plus la composition doit être soignée. Ici, l'ombre permet d'éliminer l'arrière-plan sans intérêt.

Aux zooms je préfère toutefois les fixes… mais je recadre souvent, ce qui revient à utiliser un zoom (mais léger, peu encombrant et ouvert !). Il faut accepter une composition en deux temps, sur le terrain puis à l'écran, ce qui demande une certaine gymnastique…

Merci pour vos commentaires !

Lire aussi :

> La composition est une abstraction

> Composition : la lumière

> Composition : l'ombre

> Composition : le point de vue

> Composition : profondeur de champ et plan de focalisation

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