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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Nature] Protection de la nature et art de la nature


Vraies plumes, plumes d'ange ou poésie naturelle ? Clic/agrandir. « Nous pouvons, à l'égal du zen, découvrir à quel point l'absence de frontière entre l'homme et la nature est une réalité »  

 
Le rapport à la nature semble évident pour certains d'entre nous mais il n'y a pas besoin d'aller loin dans le passé pour voir qu'il ne coule pas de source. Pour nos ancêtres parfois proches, la nature était hostile et dure, imprévisible. S'ils la respectaient, c'était plus par crainte et nécessité que par conviction. Ils la voyaient surtout pour ce qu'elle leur apportait, leur subsistance, et pour ce qu'elle leur retirait, la vie.

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Les ancêtres sont si proches que nous ou nos concitoyens en portent la mémoire. Si on veut œuvrer pour la nature, il convient de ne pas l'oublier, sans quoi on risque de déclencher davantage de réticences que d'adhésion.

À partir des années soixante environ, la nature a commencé à être vue comme lieu de grand air et de repos, défouloir et terrain de jeu (le jeu remplaçant alors les conquêtes des siècles passés). Au fur et à mesure de l'exacerbation de l'individualisme, la nature est devenue le lieu du chacun pour soi. La nature, c'était la liberté : pas question de se restreindre ou de légiférer.

Toutes ces tendances se sont exprimées via le retour à la nature post-soixante-huitard, la civilisation des loisirs, le sport, le naturalisme et… la photo de nature. Connaissances et photo ont contribué à la protection de la nature mais ne suffisent pas. J'invite aujourd'hui à dépasser ce stade sans le renier.

En parallèle des conceptions de la nature que j'ai évoquées, la découverte du zen et des arts japonais apporte une autre dimension. Dans ces approches, il n'y a pas de frontière entre l'homme et la nature. Qui a passé beaucoup de temps dans la nature et autant à travailler sur lui pourrait être tenté d'adopter le zen et ses arts dérivés. Néanmoins, s'il est bon de remettre en cause sa culture, je ne pense pas sauf exception qu'il soit intéressant d'en adopter une autre, si ce n'est en complément. Quelle approche de la nature développer chez nous, donc ?

Nous pouvons, à l'égal du zen, découvrir à quel point l'absence de frontière entre l'homme et la nature est une réalité et ensuite l'exprimer au moyen de l'art. Je parle ici de l'art avec un petit a, celui qui n'a pas besoin de culture pour s'apprécier, qui est centré sur le beau et ne confond le beau ni avec l'esthétique ni avec le décoratif, un art qui n'est ni provocateur ni obligé d'innover pour exister. Il s'agit de l'art pour lequel le beau est tout simplement la manifestation du divin.

La nature est belle et merveilleuse, chacun le sait et le voit, mais la nature comme transcendance de la beauté est oubliée. Peut-être parce que nous omettons de regarder en nous les beautés qui sommeillent, et ainsi voyons surtout les turpitudes des autres et la folie des hommes ?

Amis photographes de la nature, paysagistes, naturalistes, je vous invite de même à inclure  de plus en plus une dimension artistique dans votre travail. N'ayez pas peur de ce mot galvaudé et pré-empté par les cultureux qu'est le terme art. Il est temps de s'en ré-approprier le sens premier, « façon d'être », en le complétant : « façon d'être soi ».

Dans le cœur des hommes, la place pour la photo artistique de nature, abstraite ou non, se fait facilement, invitant ainsi la nature, avec un sentiment de respect et une protection qui va de soi. Dans le cœur des hommes… oui, mais moins dans le cœur des photographes, qui souvent se défient de l'art, surtout abstrait (on pourrait en dire autant de bien des naturalistes). Il suffit de feuilleter les magazines et de visiter les manifestations diverses, festivals et concours pour le vérifier. Quel paradoxe, n'est-ce pas ?

Merci pour vos commentaires

Lire aussi :

> A-t-on le droit de parler d'art ?

> Photo de nature et protection de la nature

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Commentaires

  1. Belles réflexions, car il y en a plusieurs dans ton texte, et elles mériteraient toutes de longues discussions passionnantes !
    La rapport de l'homme à la nature, tout un programme. Le quotidien rappelle à la réalité : toutes les espèces n'ont pas le même potentiel de séduction, et faire admettre la protection des baleines de l'Antarctique ou des derniers chevaux de Mongolie est bien plus facile que de tolérer la présence du loup ou de serpents chez nous... En cela la photo véhicule un message positif : j'ai l'expérience de photos d'amphibiens qui ont contribué, au moins localement, à les rendre plus sympathiques (mais ils sont également utiles !), tous crapauds qu'ils sont.

    Quant à la dimension artistique, oui, c'est sûr elle a sa place et existe, mais elle cohabite avec un côté plus illustratif (et commercial !).
    Et pour en revenir au sens premier du terme, c'est bien celui-là qui me semble de loin le plus intéressant : pratiquer la photo et "pratiquer" la nature ne doivent faire qu'un, dès lors que c'est une façon d'être.

    Posté par David — 21 Sep 2008, 15:29

  2. Je suis d'accord avec vous, mon texte est générique, et bien entendu centré sur l'art qui est mon dada. Loin de moi l'idée de renier la photo d'illustration, j'invite seulement à plus d'art, afin de toucher un autre public.

    L'art, ce n'est pas seulement de l'abstrait ou du zen ! Il y a de l'art dans la manière de faire un portrait d'animal, pour peu qu'on le fasse avec autant de soin que celui d'un enfant. Ce peut être un moyen de rendre sympathique des créatures qui n'emportent pas les suffrages, comme les crapauds dont vous parlez. Dans cette perspective, contes et poésie pourraient y contribuer, en plus des connaissances biologiques.

    Science, naturalisme, art, autant de catégories ! Pourquoi cloisonner ? D'un côté la science de l'autre l'art, d'un côté l'homme et de l'autre la nature, ça ne peut pas fonctionner ! Et comme vous le soulignez, il y a parfois d'un côté la photo et de l'autre la nature. Et on oppose aussi le randonneur au touriste, le sportif au contemplatif, etc.

    Il est certain qu'il est plus difficile de protéger les espèces près de chez nous, d'autant plus si des intérêts sont en jeu. Je ne crois pas que la photo d'illustration seule y parvienne, d'autres dimensions sont utiles également. Mais encore une fois, il ne s'agit pas d'opposer l'un à l'autre mais bel et bien de les marier !

    Posté par Didier Vereeck — 21 Sep 2008, 15:44

  3. Je me permets une nouvelle intervention pour vous transmettre cette phrase de Robert Hainard (artiste et naturaliste s'il en est !) :
    "En disant aux ingénieurs : respectez la nature, on ne les restreint pas, on les exalte. Ils n’étaient que des manoeuvres, ils seront des artistes".

    Posté par David — 22 Sep 2008, 14:08

  4. Oui, c'est magnifique et c'est tout à fait ça ! Je l'utiliserai peut-être cette citation…

    Et n'hésitez pas à intervenir, bien entendu, c'est quand même l'intérêt d'un blog !

    Posté par Didier Vereeck — 22 Sep 2008, 19:14


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