[Technique] Composition : Profondeur de champ et plan de focalisation
Note : cet article s'insère dans une série commencée par une réflexion générale : La composition est une abstraction. Il n'est pas une leçon de photo, il a juste pour but de faire réfléchir en proposant un point de vue particulier.
Clic/agrandir. Dans ce type de photo, ce qui compte est le plan de focalisation. Un centimètre d'écart (voire moins), et le monde change, la photo est différente. L'œil voit en relief et la photo est plane, elle montre donc, via le plan de focalisation, un assemblage qui n'existe pas en réalité !
Si le cadrage détermine ce qu'on va montrer en hauteur et largeur, la profondeur de champ détermine ce qu'on va montrer en profondeur. C'est tout bête mais si on le formule comme ça, on comprend que la profondeur de champ concourt au processus d'abstraction qu'est la photo, au lieu d'être l'ennemie de beaucoup.
La profondeur de champ est en fait l'épaisseur du plan de focalisation. L'idée du plan de focalisation est de se représenter directement à la prise de vue le monde comme étant plan (comme la future photo). On raisonne alors en « que veut-on voir et que ne veut-on pas voir » sur ce plan.
La profondeur de champ s'apprend particulièrement en macro, à cause des variations énormes de net et de flou. On cherche généralement à inclure tout ce qu'on veut net dans un plan, et à exclure le reste. Le portrait et la photo animalière se rapprochent de la macro dans l'intention, mais avec des possibilités moindres de jouer sur le net et le flou.
En pratique, on se positionne (en se déplaçant) de manière à mettre sur le plan de focalisation tout ce qui est important, et rejeter ou étager en dehors tout ce qui ne l'est pas. On le voit, la notion de plan de focalisation est liée au point de vue et est préalable à la profondeur de champ : une fois qu'on a déterminé le plan de focalisation, il ne reste plus qu'à déterminer la bonne profondeur de champ, c'est-à-dire l'épaisseur de ce plan. Bien entendu, une telle démarche n'est pas possible avec tous les types de photos : il faut à la fois une profondeur de champ sur laquelle on peut jouer, et la possibilité de se déplacer suffisamment pour choisir le plan de focalisation.
Clic/agrandir. En paysage on peut souvent jouer davantage sur la profondeur de champ qu'on n'imagine. Ici, les feuilles floues du premier plan forment une peinture qui met en valeur la cascade. Avec plus de netteté, les feuilles se seraient transformées en fouillis fatiguant.
La connaissance préalable de l'épaisseur minimum et maximum du plan de focalisation, c'est-à-dire de la profondeur de champ, est essentielle pour déterminer la composition de la photo. Beaucoup font l'inverse : ils cadrent, puis essaient ensuite de tout faire entrer dans la profondeur de champ, ou d'éliminer les détails en la réduisant. Quand on affirme, ce qui est couramment admis, que le flou permet d'éliminer les détails gênants, on signifie par là qu'on n'a pas vraiment déterminé de plan de focalisation. On compose à la va-comme-je-te-pousse, et dans un deuxième temps on élimine ce qui gêne.
Il est plus efficace de choisir ses sujets en fonction de la profondeur de champ potentielle (en minimum et en maximum). Il faut donc la connaître au préalable, et cela demande un entraînement certain. Au passage, on s'évite de s'escrimer à faire des photos impossibles car hors des limites physiques.
La photo ne se résume pas au degré de flou car à l'inverse, dans beaucoup de situations (paysage, reportage), on cherche à ce que tout soit net. La notion de plan de focalisation n'a plus de sens apparent, mais il ne faut tout de même pas oublier que la photo sera plane ! Aussi, puisque tout sera net, qu'y aura-t-il dans ce plan ? La sensation de profondeur viendra de la manière dont sont disposés les éléments, manière qui dépend essentiellement du point de vue. Il est intéressant de mettre dans le plan le signifiant et d'éloigner le reste dans différents plans, afin de créer une profondeur.
Il est intéressant d'abandonner l'hyperfocale pour faire un point précis sur une partie signifiante et laisser le reste dans un flou relatif, par exemple les lointains. Comme ils ne peuvent pas être vraiment nets notamment à cause des turbulences atmosphériques, pourquoi s'escrimer ? Un peu de flou bien choisi donne davantage de vigueur à la photo… mais ce n'est pas dans les canons de la photo de paysage !
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Lire aussi :
> La composition est une abstraction
> Composition : le point de vue
> Composition : la focale et le cadre
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23 Septembre 2008 à 18:54 dans
- COMPOSITION


