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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[L'âme de la Terre] Une incertaine réalité


 Comme je l'ai exposé dans Une photo comme reflet de l'âme ?, je cherche à montrer la nature comme un écho à notre propre nature. Tout est dans le coup d'œil, certes, mais j'ai deux alliés, le temps et l'espace ; le premier concerne l'eau et le second la glace et les éléments statiques.

Sorcier blanc jaillissant dans son aura, clic/agrandir. La pose transforme les reflets en peinture blanche. Il ne reste plus qu'à trouver le bon endroit et le bon temps de pose.

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Le temps, via des poses lentes, me permet de jouer avec la matière : là où il n'y a qu'un flux d'eau, la prise de vue révèle une matière blanche, parfois colorée par des reflets. Je ne cherche pas de formes dans l'eau, plutôt une composition d'ensemble. J'aime deux types de photos : celles qui font un vrai tableau qu'on pourrait croire composé de toute pièce, et celles qui reflètent la poésie de l'eau en mettant en scènes des élémentaux, ondines ou supposées telles, dans leur décor naturel. Le premier type de photo reflète notre vécu émotionnel, le second notre vision onirique du monde.

Je détermine la durée de la pose en clignant des yeux jusqu'à ne plus voir entre les cils que les reflets de l'eau afin d'estimer la bonne durée de pose. L'habitude joue davantage que le pifomètre : je ne fais jamais plusieurs vues à différentes vitesses (si ce n'est parfois une à vitesse rapide comme témoin).

Avec les matières fixes, je joue avec l'espace. Je cherche, en proxi ou macro, le tableau qui n'est pas visible dans la nature, car l'œil voit en relief. Il voit simultanément deux éléments situés sur des plans différents. Mais du fait de la profondeur de champ réduite, peu d'éléments peuvent être nets dans le plan de la photo. J'appelle plan de focalisation le plan qui contient l'ensemble des plans nets (le distinguant ainsi du plan focal, notion technique).

Le plan de focalisation est le concept qui se cache derrière mes photos abstraites de glace : le tableau que montre la photo n'existe pas en réalité ! Ce tableau, je l'ai souvent vu en arrivant sur les lieux, il me faut ensuite le retrouver par réglages successifs, et le parfaire. Outre le plan de focalisation, important est le chamboulement de perspective dû au cadre serré en photomacro.

Je règle la profondeur de champ en fonction de mes besoins mais pour obtenir un plan de focalisation qui comporte suffisamment d'éléments, j'opte pour des diaphragmes très fermés, f:16 ou  f:32 pour la glace. La diffraction me fait perdre en qualité mais une profondeur de champ adéquate est plus importante. Pour la roche ou le bois, le diaphragme est plus variable, le flou sur certaines aspérités étant souvent essentiel. Dans tous les cas, le pied est obligatoire pour la précision du cadrage en profondeur : quelques millimètres plus loin ou plus près et ce n'est plus la même photo.

Clic/agrandir. Une telle photo n'existe que par la vertu du plan de focalisation. Quelques millimètres, et ce tableau n'existe plus. En outre, quelques heures de fonte plus tard, il aura définitivement disparu…

En jouant avec le temps et l'espace, on ramène un système de quatre dimensions à deux. On montre sur la photo une réalité composée, différente de la vraie réalité. Ce procédé nous permet de comprendre, par analogie, ce qu'est la véritable réalité, qui nous échappe. Pour le comprendre, imaginons que la réalité soit un système à six dimensions (par exemple). Nous voyons cette réalité à travers notre système à quatre dimensions. Ce que nous voyons est donc comparable à ce que montre une photo, en deux dimensions, d'un monde à quatre dimensions.

Autrement dit, avec nos quatre dimensions nous ne voyons qu'une composition partielle de la vraie réalité. Chaque fois qu'on augmente de deux dimensions, il en est de même, on ne peut voir dans un monde à [n - 2] dimensions qu'une projection du monde à n dimensions. Quand on sait que les physiciens en sont à neuf dimensions…

Notre réalité est une vue de l'esprit, c'est évident, non ? Mais une vue de l'esprit qui ouvre au divin.

Merci pour vos commentaires.

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