[Nature] Balcons du Mercantour : à quoi sert un Parc National ?
Lac de Vens, perle du Mercantour et des Alpes. Clic/agrandir
Depuis la création des Parcs, je pense qu'il y avait mieux à faire ou du moins que les Parcs n'étaient qu'une étape, mais cela supposait de la volonté politique. Cette denrée étant rare, les Parcs sont mieux que rien et grosso modo ils ont rempli leur fonction principale, qui était de préserver le foncier face au développement des stations de ski. Néanmoins cette sanctuarisation a souvent entraîné l'hostilité des populations locales. Les Parcs attirent les touristes, ainsi la Vanoise est-elle devenue aujourd'hui une réserve zoologique pour touristes en tongues. Le Mercantour, lui, est situé sur des zones convoitées pour équipements divers, proche de Nice, et sa création a été vécue comme salvatrice.
Depuis 2005 et la révision des chartes des Parcs nationaux, une disposition essentielle des Parcs, à savoir leur direction par des acteurs nationaux et non locaux, est remis en cause. Désormais, les élus locaux ont la part belle, avec toutes les dérives inévitables que cela signifie. La zone périphérique, devenue zone optimale d'adhésion, est l'objet de toutes les convoitises.
Le projet des Balcons du Mercantour s'inscrit dans cette logique et il est clair qu'il ne s'agit que d'un début. Ce projet crée un précédent à plusieurs niveaux : le Directeur du Parc, qui y était opposé, a été « démissionné ». Le Président du Conseil général et, c'est important pour comprendre, député-maire de Nice et président de la communauté d'agglomération, Christian Estrosi, est à la manœuvre. Le projet a été mené sans concertation ni étude d'impact. Il consacre la victoire du tourisme sur la nature. Plus grave peut-être, le projet ne respecte pas la réglementation.
Ajoutons au tableau que les associations locales et le CAF, tout comme le Parc, sont restés muets sur le projet. Faut-il y voir l'effet des subventions accordées par le Conseil général ? Et pour le CAF, la perspective de gestion de nouveaux refuges ?
Vue du nord Mercantour depuis la cime de la Bonette. Clic/agrandir
Le projet n'est pas en soi dramatique (s'il était mené dans le respect) et c'est d'ailleurs assez malin. Il ne peut qu'emporter l'adhésion du quidam peu informé, et il est facile de présenter les opposants comme des acharnés, intégristes et élitistes. Il sera bon d'y réfléchir dans les actions d'opposition, d'ailleurs. Plus que le projet lui-même, certes contestable, ce qui me paraît dramatique est le précédent et les suites qui ne manqueront pas d'advenir d'ici quelques années.
Les Balcons du Mercantour, c'est un chemin de randonnée en 12 étapes (140 km), traversant le Parc en altitude, plus ou moins le long de la frontière. Les refuges existants seront refaits et quatre autres construits. Jusque-là, rien d'affolant… Mais : le chemin est construit à la pelleteuse et à l'explosif (photo). Il mesure deux mètres de large en certains endroits (photo). Les refuges seront "confortables" (informations). Le tracé ne suit pas l'existant, qui passait par l'Italie et ne nécessitait pas de construction de nouveaux refuges. Carte de la partie nord, de la partie sud.
Aussi brutaux soient les travaux, il faut reconnaître que l'impact écologique d'un tel sentier a toutes les chances d'être minime. La faune ne sera pas menacée, il en faudrait bien plus. La flore par contre peut souffrir si des zones d'endémiques sont saccagées (il semble que ce soit le risque). Quant à l'impact des refuges, il est réduit.
Le problème n'est pas écologique si le saccage végétal est évité. Quid du paysage ? Les premières vues des travaux laissent augurer le pire, certains lieux étant massacrés (photo). Certes, il ne s'agit pas de construire une route, mais un sentier de cette largeur ne s'intègre pas rapidement dans le paysage (à cette altitude, la cicatrisation peut ne jamais se faire). Notons toutefois qu'il existe déjà de tels chemins, plus larges même, construits pendant la guerre (sentier de l'énergie). En vérité l'impact est plus émotif que réel, sauf pour les abords des lacs (zones humides en danger).
Le problème est en partie social. Les refuges "quatre étoiles" (dénomination exagérée) opposent clairement deux caricatures, le randonneur moyen, peu fortuné et rustique, avec le touriste riche et pressé. Toutefois, dans un contexte de baisse de fréquentation de la montagne, il n'est pas inutile de s'interroger sur les causes, l'une d'elle étant le manque d'hébergements corrects. Il est dommage, dans une visée de protection et de pérennisation des milieux, de ne pas attirer en montagne les couples et/ou familles aisées au pouvoir d'influence certain. Il s'agit de le faire avec intelligence, ce qui n'est pas le caractère de ce projet, c'est le moins qu'on puisse dire. Il aurait été intéressant de prendre exemple sur Italie, Suisse et Autriche, où voisinent des refuges confortables, des refuges d'alpinisme et des abris gratuits.
Toute route ou chemin est source de futur trafic, point à envisager dès le départ. Clic/agrandir
J'insiste sur ce point : si on veut aboutir et protéger à long terme la montagne, il faut prendre garde à ne pas sombrer dans l'élitisme. Ainsi, Metro fait l'état des lieux dans un article du 25/09/08 et conclut : « Ce sont bien deux conceptions de la montagne qui s’opposent, entre les partisans d’une certaine "démocratisation" et les tenants d’une montagne "qui se mérite" à la force du mollet. » Attention, danger de caricature !
Le problème me semble plus être pour l'avenir, et sur les à-côtés. Au sujet des conséquences immédiates, comment seront acheminés les futurs randonneurs ? Par car, avion, hélicoptère ? Faudra-t-il élargir les routes voire en tracer de nouvelles ? Les points de départ et d'arrivée ne seront-ils pas l'occasion de construire de toutes pièces de nouveaux hébergements ? Un tel projet existe pour le camp des Fourches (au nord). Il semble peu probable que le point d'arrivée, à 40 km de Nice, reste désert (col du Turini). Quels seront les autres accès ? Difficile de croire qu'on puisse rentabiliser des travaux de 20 millions d'euros juste par des randonneurs capables de partir pour 12 jours. Il est probable que chaque refuge sera desservi… par un chemin ? Les denivelés sont trop grands pour que des chemins soient des voies d'accès commodes (1300 m pour Rabuons). Or justement, il existe un projet de télécabine entre Saint Étienne de Tinée et Rabuons.
Il convient de souligner que si le chemin a le succès escompté, Monsieur Estrosi le voulant l'égal du Tour du Mont-Blanc ou de Chamonix-Zermatt, il y a de quoi s'effrayer. La fréquentation de tous les sites du massif risque d'augmenter en proportion car de nombreuses variantes faciles permettent à peu de frais de visiter tous les lacs. Le risque le plus grand que fait encourir ce projet de Balcons du Mercantour, est une augmentation incontrôlable de la fréquentation. Monsieur Estrosi parle de 10 %, ce qui est évidemment un mensonge : on n'investit pas 20 millions d'euros pour à peine compenser l'érosion annuelle du nombre de touristes, sauf à apparaître comme un piètre gestionnaire.
Les Balcons du Mercantour sont construits apparemment dans une certaine précipitation. Quel est le rapport avec la candidature de Nice aux Jeux olympiques ? Prions pour que cette candidature n'aboutisse pas car alors il est presque certain que le parc du Mercantour ne sera plus qu'un Luna Park.
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28 Septembre 2008 à 18:03 dans
- NATURE





Bonjour,
Il faut également tenir compte :
- Des détritus que les touristes irresponsables en tongues, qui n'ont pas conscience qu'il s'agit d'une zone protégée voire s'en moque, vont déverser dans le Parc, comme c'est déjà le cas dans les zones où ils peuvent accéder facilement (Madone des Fenestres, Boréon, ...). Qui va les ramasser? Les "élites" comme c'est déjà le cas?
- Qu'un "refuge" qui va devoir nourrir une 50aine d'affamés par jour n'aura pas d'autre moyen que de faire l'aller retour quotidien pour remplir le garde manger. En quad par la nouvelle piste cyclable en cours de traçage à la pelleteuse ou à la dynamite ou en hélico pour être plus efficace?
- Que le CAF qui touche sur la chambre alors que le taulier du refuge touche sur les repas, n'a aucun intérêt a râler contre ce projet, bien au contraire. C'est plein de sous pour eux et il suffit de croiser des groupes du CAF en train de brailler en montagne pour comprendre le respect qu'ils ont de ce lieu.
- Qu'une trace de cette largeur et faite ainsi se voit déjà de très loin. Mais surtout, quel intérêt de faire une trace de 2m de large?? 1m est déjà de trop car les chemins surmarchés sont déjà largement utilisables...
- Que les parcours cités en référence ne sont pas des pistes de 2m de large...
- Qu'en effet, avec un tel esprit, la remontée mécanique va fleurir. Il suffit de voir Isola 2000 en été pour apprécier le paysage ainsi refait.
- Qu'apparemment EDF préparerait également des steps sous Rabuons et d'autres lacs du PNM. A confirmer.
Posté par PNM — 29 Sep 2008, 11:22
J'ai voulu cet article non alarmiste pour toucher un public plus large que les défenseurs habituels. Même si je caricature le touriste en tongue, peut-être en faut-il également. Quitte à ramasser ((?) en attendant de l'éduquer. Bon, c'est peut-être cause perdue et un cas extrême. cela étant, l'argument des papiers gras ne me semblent pas judicieux car au fur et à mesure des années, on constate plutôt l'inverse.
Par contre les autres points que vous soulevez sont judicieux et inquiétants. Pourtant, malgré le dérangement inévitable, je pense qu'il est bon de construire des refuges et qu'il n'y en a pas assez dans les Alpes françaises. Leur alimentation par hélico reste un dérangement mineur, même si ça nous casse les oreilles.
Je vous l'accorde il n'est pas facile de trouver le juste équilibre entre "la montagne pour tous" et la nécessaire protection, qui se joue d'ailleurs plus sur le paysage et la tranquillité que sur l'écologie proprement dite.
Je pense que si on veut limiter les impacts négatifs de ce projet, il faut se montrer ouvert. Le projet se fer, c'est certain, à nous de le réorienter d'une manière intelligente.
Posté par DIDIer Vereeck — 29 Sep 2008, 12:56
Le ravitaillement par hélicoptère est tout sauf un dérangement mineur. Pour en discuter avec un chamois de Rabuons vous aurez du mal car ils sont tous partis je ne sais où...
Posté par M — 29 Sep 2008, 13:56
juste quelque infos le refuge du salèze est selon beaucoup une tete de pont pour rejoindre isola2000 à valdeblore et à assurer dans un futur proche de nouvelles remontées mécaniques en bordure et ski en coeur de parc
voir différents decrets récents pour aménagement du parc
Je suis volontaire pour des discussions sur l'intéret des parc nationaux et je pense qu'il est temps d'e rappeller les cotés positifs.
Je ne suis pas ami de la déreglementation on sait de quoi l'homme est capable.
Bravo pour le Blog je vais en faire une lecture plus détaillée des que possible
Posté par olivier — 29 Sep 2008, 14:05
M, le dérangement par hélicoptère est momentané. Les chamois partent, mais ils reviendront. D'accord, ça peut prendre plusieurs années. Faut-il pour autant ne rien faire ?
Avec la baisse de fréquentation actuelle des sentiers, qui ne fera que s'amplifier, on court le risque d'aménagements plus lourds pour dynamiser la montagne avec par exemple des équipements sportifs.
Donc je préfère soutenir mais encadrer des projets en faveur de la randonnée.
Posté par DidIer Vereeck — 29 Sep 2008, 16:37
Olivier, d'abord merci et bonne visite sur le blog, il y a pas mal à lire.
Je ne suis pas non plus favorable à la déréglementation, c'est pour ça que je suis circonspect par rapport aux Parcs qui par définition sont révisables via la charte. Or les nouvelles chartes sont moins protectrices. Il est à craindre qu'à l'avenir les PN se rapprochent des réserves de Biosphère, qui sont tout sauf protectrices.
Les Parcs existent, laissons-les, mais n'en créons pas de nouveaux. Il est préférable de préserver les milieux par des procédés législatifs existants, comme les zones EBC, les arrêtés de biotope ou les réserves, qui ont l'avantage d'être irréversibles et de n'avoir pas de publicité, donc de ne pas attirer les touristes et ce qui va avec, les aménageurs.
Posté par DidIer Vereeck — 29 Sep 2008, 16:43
Olivier, merci pour l'info sur le Salèse. Dans le cadre de la candidature de Nice aux JO, il est hélas prévisible que certains projets voient le jour.
Au fond, ce qui m'étonne le plus dans tout ça, c'est que les routes ne soient pas refaites. Car si une pénétrante ou quelque chose du genre est fait jusqu'à Saint Martin Vésubie d'un côté, Saint Etienne de Tinée de l'autre, la situation sera bien plus critique.
Mais peut-être que Estrosi n'attend que les JO pour le faire ?
Posté par didIer Vereeck — 29 Sep 2008, 16:46
Pour la randonnée, je rappelle que l'itinéraire de traversée existe déjà et est promu par le CG06 via ses guides randoxygène.
La baisse de fréquentation des massifs n'est que l'effet de bord d'une campagne promotionelle dont les résultats ont connu leur apogée il y a quelques années. Aujourd'hui, on s'apercoit que vendre la montagne en été n'est pas aussi simple que cela et on semble imaginer qu'une stratégie similaire à celle de l'or blanc pourait être l'autre option. Quelle cécité !
Construire ex-nihilo, avec les moyens qu'on sait, un nouveau tracé se voulant être un produit d'appel à l'instar de ce qui a été fait dans le Mercantour Melezein est la porte ouverte à tous les abus et à la souillure.
En somme, une vraie fausse bonne idée.
Posté par -M- — 30 Sep 2008, 07:37
Au sujet de la baisse de fréquentation, il me semble que vous vous trompez sur les causes. Il y a eu un développement important de la fréquentation dans les années soixante-dix (retour à la nature, écologie, etc.). Mais ces gens-là vieillissent et ne sont pas remplacés. Les jeunes préfèrent des activités plus ludiques et plus sportives.
Dans ce contexte, inciter à la randonnée est pas mal, et mieux que d'inciter au VTT et autres sports.
Notons que la randonnée est en augmentation mais la fréquentation de la montagne en baisse. Paradoxe, n'est-ce pas ? En fait c'est le développement d'un tourisme vert, à effort modéré. Pour ce genre de public aujourd'hui majoritaire, les étapes classiques de montagne (1000 m) sont trop dures et les hébergements trop spartiates, y compris les hôtels de vallée qui sont souvent désuets voire sordides.
Cela dit je ne cautionne pas n'importe quel projet et je pense en effet que celui-là est parti sur de mauvaises bases. D'ailleurs les différents tours qui ont été organisés ces dernières années sur PR ou GR n'ont pas un succès fou. Mais ils sont plus durs et dans des hébergements médiocres.
Posté par Didier Vereeck — 30 Sep 2008, 18:12
C'est un projet Estrosi, comme la LGV, monté par des technocrates à base de diagramme excel et de présentation powerpoint. Complètement coupés de la réalité du terrain. Allez dans n'importe quel site touristique avec un peu de relief, éloignez-vous de 500 m du parking, des zones aménagées ou de l'arrivée du téléphérique, il n'y a plus personne.
Mr Estrosi n'a que faire de dépenser l'argent public en toute perte et en massacrant les sites.
Posté par hf — 04 Nov 2009, 20:10
Oui, c'est un projet Estrosi, par contre, il ne faut as croire qu'il n'y a personne loin des routes, il suffit de faire le tour du Mont Blanc pour s'en apercevoir. Or c'est ce que veut faire Estrosi : concurrencer le TMB. Autant dire que c'est amener énormément de monde là où avant il n'y avait que des passionnés connaisseurs.
Posté par Didier Vereeck — 09 Nov 2009, 12:04