[Nature] Vers l'asphyxie des mers ?
Des océans bientôt sans vie, c'est loin d'être impossible. Clic/agrandir
Dès 2000, les zones d'anoxie (absence d'oxygène) dans les océans ont été découvertes et se sont multipliées depuis. L'anoxie ou asphyxie des mers se traduit par la mort des poissons, des crustacés et plus généralement de tout être vivant, phytoplancton et bactéries compris. Dans les ères géologiques, deux épisodes d'anoxie de l'ensemble des océans se sont traduits par la disparition de plus de 90 % des espèces à chaque fois.
Les zones actuellement concernées par l'anoxie sont celles d'upwelling (remontées d'eaux profondes). Certes, elles ne représentent que 1 % de la surface des océans mais… 20 % des pêches. Plus alarmant, les zones d'anoxie concernent d'autres régions : océan indien côté Inde, Atlantique près de la Namibie, et désormais Pacifique nord.
C'est en effet en 2006 que des chercheurs allant étudier les eaux poissonneuses des côtes de l'Oregon n'ont découvert que des poisons ventre en l'air, et des fonds marins tapissés de crustacés morts. Depuis et en divers endroits, on s'est aperçu que le phénomène a continué de s'étendre, à une vitesse 20 fois supérieure à celle des prévisions des meilleurs modèles.
Le phénomène était connu comme une conséquence du réchauffement climatique mais la réaction en chaîne négative a été sous-estimée. Les zones concernées représentent déjà plus d'un million de kilomètres carrés, auxquels s'ajoutent de plus en plus d'estuaires. Que se passe-t-il ?
Le réchauffement climatique a deux conséquences sur les océans : une élévation de la température de surface et un accroissement des vents générateurs d'upwellings.
Quand la température s'élève, l'eau contient moins d'oxygène. Le phénomène est bien connu des pêcheurs qui savent les eaux froides riches en oxygène et en poissons, et les eaux chaudes pauvres voire sans vie. Cet appauvrissement des eaux de surface n'est pas en soi un gros problème, sauf qu'également plus légères elles ne peuvent plus s'enfoncer.
Au lieu d'aller enrichir la profondeur en oxygène, les eaux de surface dégazent leur oxygène dans l'atmosphère. S'établissent alors deux couches, une de surface qui reste relativement riche en oxygène, et une de profondeur pauvre (hypoxique). Les vents ne suffisent plus à brasser des couches si nettement distinctes, et si un brassage se produit, il conduit au désastre par remontée d'eaux hypoxiques.
Dans les zones d'upwelling, le phénomène est aggravé par les remontées d'eaux profondes. Les vents responsables de ces remontées forcissent à cause du réchauffement climatique. Les eaux qui remontent sont riches en nutriments (tombés par sédimentation de coquilles et débris divers). La richesse des eaux en nutriments produit une explosion du développement du phytoplancton, et donc de ses prédateurs, poissons et crustacés. C'est ce phénomène qui explique les pêches miraculeuses, et pourquoi on y pêche 20 % de la production mondiale.
Seulement voilà : les eaux qui remontent sont moins riches en oxygène qu'avant. Il en remonte davantage et plus souvent, le phytoplancton se développe beaucoup trop, tant et si bien qu'il n'y a pas assez de poissons pour le manger. Le phytoplancton meurt et se décompose sur place, les bactéries consommant alors le reste d'oxygène : tout ce qui ne peut s'enfuir de la zone meurt rapidement.
Il va sans dire qu'il n'existe pas de solution… Les cyniques pourront se dire que finalement il n'y a pas de risque de surpêche : autant pêcher tous les poissons tant qu'il en reste, quand les océans seront anoxiques il sera trop tard.
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09 Octobre 2008 à 12:52 dans
- NATURE

