[Auteur] Demander un avis sur ses photos : bonne ou mauvaise idée ?
Gare aux avis qui ne sont que jacasseries destinées à vous déstabiliser… Clic/agrandir
La question est saugrenue si j'en juge par les réactions habituelles : « ne pas vouloir d'avis sur ses photos, quelle prétention ! ». Mais n'y a-t-il pas autant d'avis que de personnes ? La solution de n'écouter que des experts ou des maîtres n'est pas idéale car la raison de se passer d'avis est plus profonde, du moins, quand on se définit comme auteur. Le mot auteur provient de augere, « faire croître », le même mot qui a formé « autorité ». L'auteur est celui qui fait croître son œuvre en ayant autorité sur lui-même. Dès lors, demander un avis est absurde, non ?
Il est essentiel lorsqu'on est auteur d'apprendre à juger soi-même sa production. Cela suppose trois choses : une maturité photographique (ou technique si on est peintre, par exemple), une maturité artistique et une maturité personnelle.
La maturité photographique s'acquiert avec le temps et… les conseils. Dans cette phase, il est positif de demander un avis technique sur ses photos. De même, chaque fois qu'on changera de technique, il sera opportun de quérir des avis. Toutefois, si on veut vraiment progresser, il convient d'analyser sa production et d'en détecter soi-même les défauts. Ce n'est pas compliqué, il suffit de passer du temps à regarder ses photos avec recul : on analyse plus facilement des photos de l'an passé que des photos toutes fraîches de capteur ! En circulant sur les forums et en lisant les critiques faites à d'autres, on affine son esprit critique. On peut s'essayer à la critique des autres. Enfin, une bonne connaissance des règles photographiques est indispensable, afin de savoir si on les transcende volontairement ou non.
La maturité artistique est surtout une question de culture. Si on n'a pas eu d'éducation artistique spécifique, on se la fait en visitant les musées et les expos (pas seulement de photo), en lisant ce qui s'écrit sur l'art. On peut recueillir des avis sur sa production mais sans entrer dans le détail de telle ou telle photo. Par exemple, discuter avec un expert sur le « concept ». Voir beaucoup de photos évite de refaire ce qui a déjà été fait sans même s'en apercevoir, ou de copier un style sans s'en rendre compte.
La maturité personnelle s'acquiert bien entendu avec l'âge, mais cette acquisition est maigre. Sans travail sur soi on ne peut pas espérer se connaître tant les ruses de l'ego sont efficaces ! En tant qu'auteur, il est primordial de ne pas chercher de reconnaissance (du moins, pas à tout prix), et encore moins de chercher à plaire. Si votre production ne plaît pas, c'est difficile à vivre, mais c'est essentiel de le supporter sauf à régresser. Cela suppose donc d'être au clair avec ses besoins narcissiques.
La maturité personnelle comporte d'autres niveaux qui dépendent à la fois de la structure psychologique de chacun (en grande partie héritée des parents), de son vécu et de son travail intérieur (ou/et des épreuves qu'il a vécues). ces niveaux se manifestent à travers la production photographique : les photos sont le reflet de nous-même (pour les miennes par exemple, lire Une photo comme reflet de l'âme ?).
Quand je parle de maturité personnelle, il faut comprendre qu'elle est personnelle, justement : il n'y a ni à s'en glorifier, ni à se comparer. Chacun a la sienne.
En résumé, à chacun de savoir ce que vaut sa production, n'est-ce pas ? Pas tout à fait. L'expression « ce que vaut » est dangereuse. La valeur d'une œuvre, on ne la connaît jamais, même si elle passe à la postérité : le prix est-il une mesure ? L'idée n'est pas de savoir ce que vaut votre production mais si vous, en fonction de qui vous êtes aujourd'hui, en êtes satisfait. On comprend dès lors que demander aux autres ce qu'ils en pensent est vain.
J'écris « être satisfait de sa production » dans un sens global. On n'est jamais totalement satisfait sauf à être complaisant, mais on peut sentir que ce qu'on fait aujourd'hui est en accord avec nous-même. Quant au doute qui survient de temps à autre, il provient de l'écroulement d'une certitude soit dépassée soit factice, il reste alors à chercher au fond de soi une certitude nouvelle ou plus ténue, qui guide à nouveau.
Ne négligeons pas pour autant le plaisir de recevoir des compliments ni l'intérêt des critiques constructives. Il est judicieux de demander de temps à autre, par exemple quand on a l'impression d'être venu au bout d'un style ou d'une série. La série aboutie, la montrer et quérir avis et critiques n'est pas défavorable. Mais le faire en cours de route serait destructeur.
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11 Octobre 2008 à 16:35 dans
- ÊTRE AUTEUR


+ 1 !!
No comment, très intéressant ton article, suffisamment nuancé et bien argumenté !
D'ailleurs les photos qui sont vraiment en accord avec nous même, on les reconnait tout de suite : on dit à l'autre : regarde ce que j'ai fait, j'en suis très content !
... raison supplémentaire pour affirmer que quand on a fait quelque chose de vraiment bien on le sait et que quand on demande un avis, c'est davantage pour savoir si la satisfaction que l'on ressent est partagée (mais on sera juste déçu si ce n'est pas le cas, ça ne changera pas notre sentiment vis à vis de l'image), ou alors pour se rassurer parce que l'image ne nous plait pas réellement !
Bon ben en fait j'arrive pas à faire de "no comment" !!!!! :p
Bon aprem !
Posté par Anne-laure — 16 Oct 2008, 14:36
He hé, tu n'arrives pas à ne pas commenter, c'est peut-être justement car il faut le faire ! En effet, tu trouves ça peut-être évident, mais je t'assure que l'idée répandue est plutôt qu'il faut demander, demander , demander encore jusqu'à ne plus savoir !
Posté par Didier Vereeck — 16 Oct 2008, 20:00
Les avis d'autruits : il faut en prendre et en laisser.
Pour ma part, j'ai remarqué qu'un avis critique, même négatif, me sert si la personne démontre une sensibilité et des goûts proches des miens.
Un dézingage en règle émanant de quelqu'un affirmant que "ce genre d'image" ne lui dit rien, que le sujet est sans intérêt ... ne m'apporte rien et ne me touche pas.
Maintenant, le seul avis qui importe à mes yeux et effectivement le mien.
Posté par Jérôme Delfosse — 17 Oct 2008, 23:15
Oui, Jérôme, tu as raison, seuls les avis de ceux qui comprennent ce que nous faisons sont utiles !
Et parmi ceux qui ne comprennent pas, il est intéressant parfois d'écouter leurs réactions : pas leurs avis donc, mais leurs sensations
Posté par Didier Vereeck — 19 Oct 2008, 15:14