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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[La nature et le soi] L'harmonie


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En elle-même, cette image pourrait illustrer l'idée d'harmonie mais un examen va nous en révéler davantage. Notons que contrairement à mes habitudes, le post-traitement est violent, les couleurs trop saturées, mais ce n'est pas par hasard. J'ai voulu renforcer l'opposition entre le délicat et le brutal qui est le thème de la photo.

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Au premier abord, outre la féerie des cristaux de givre et la délicatesse des dessins, on a l'impression que des anges suspendent la feuille (l'élément sombre au centre). Sur la droite de la feuille, on voit clairement de petites ailes. On le sait, les anges sont des messagers (angelos, « messager »), ils indiquent donc une communication entre deux dimensions.

On pourrait croire que les deux dimensions sont, comme dans l'ensemble de la série la nature et le soi, l'intérieur et l'extérieur, ou encore l'ego et le soi. En fait il s'agit plutôt du massif (la feuille) et du fin (le givre), ou encore du frustre et du délicat, du lourd et du léger.

Il s'agit donc bien de l'équilibre vital entre le dur et le mou dont parle Jacques Osanati dans le chapitre 14 de son roman initiatique, Le Fou de l'Antarctique.

On note que le sombre et dense (la feuille) est en forme de cœur. La queue (rouge comme un cœur ?) est dirigée vers le haut, en antenne. Le haut du cœur est à droite, et une sorte de mouvement de givre en-dessous semble y conduire une substance, comme si le givre, qui n'est qu'eau et air, continuait à couler vers le cœur.

Le cœur se remplit alors et semble se déverser par sa pointe en bas à gauche. Finalement ce cœur apparemment sombre véhicule un fluide, il participe à la fécondation réciproque entre le dur et le mou, et bien entendu entre le haut et le bas. Tout cela est l'illustration du fait que le véritable amour, c'est recevoir et tout redonner. Qui retient n'aime que partiellement.

Dans cette perspective, le dur et le mou de Jacques Osanati, c'est le mouvement du monde, le rien-ne-se-perd du divin : l'amour passe du haut en bas, il coule sans cesse et n'est pourtant jamais épuisé, n'est-ce pas merveilleux ? Oui, mais la photo nous rappelle que son habitat est fragile. Le givre qui semble être de la lumière cristallisée fondra au premier rayon de soleil, cette lumière chaude. Le givre symbolise ici la lumière divine qui émane de l'intérieur, et le soleil la fausse lumière qui inonde l'extérieur. La fausse lumière est chaude et elle dissout les fragiles structures, l'enfer détruit l'amour.

L'harmonie est donc l'équilibre entre cœur et corps, amour et matière. Il nous reste à être un médiateur, à trouver un juste milieu entre le délicat et le brutal, entre l'ego et le soi, quelque part au milieu de l'éphémère. On le voit clairement, c'est l'excès d'ego qui rend les choses éphémères…

Le tout se passe sur un fond en forme de trame régulière mais grossière, des bandes obliques, soulignant à quel point l'harmonie est l'équilibre entre non-différencié et délicat système cristallin. À la fois éphémère et immuable, telle est l'harmonie. Pour la saisir, il suffit d'écouter la poésie du monde.

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