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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Nature] Écologie et protection de la nature font-elles bon ménage ?


Entre la sensibilité de chacun et la réalité scientifique, des ponts sont à établir. Clic/agrandir

L'écologie a deux versions : scientifique et politique, la seconde étant pratiquement la seule connue du public.

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L'écologie scientifique est l'étude des écosystèmes, c'est-à-dire d'un ensemble d'écosystèmes. Un écosystème est un système complexe (un ensemble de systèmes). Complexe ne veut pas dire compliqué, mais qui comporte de nombreux facteurs. Donc, pour résumer, l'écologie est l'étude des systèmes complexes, naturels ou/et sous influence humaine.

Beaucoup d'écologues tendent à évacuer l'homme de leurs études, recherchant une sorte d'écologie primaire, sans impact de l'homme. Il s'agit d'une écologie virtuelle, l'impact de l'homme étant décisif partout, y compris dans des lieux vierges (à cause de l'influence de l'homme sur le climat, et des retombées diverses dues aux courants d'altitude, entre autres).

S'il peut être intéressant de faire de la paléoécologie pour comprendre la différence entre un écosystème sans homme et avec homme, l'écologie scientifique qui aujourd'hui encore n'intègre pas l'homme souffre d'un vice de naissance. Heureusement, la situation a évolué, et les écologues intègrent l'homme dans leurs études mais… sans étudier les systèmes propres à l'homme, tels par exemple les flux économiques. Sans faire de la politique, leur compréhension est pourtant déterminante.

L'écologie étant l'étude des systèmes complexes, ses outils sont ceux de la systémique, souvent abstraits (mathématiques et philosophiques) et mal compris du public, voire de certains écologues, et surtout des naturalistes. Il y a un fossé entre le naturaliste, qui vit les choses sur le terrain mais sans recul, et l'écologue, qui voit le système global mais parfois sans entrer suffisamment dans le détail.

Les étudiants en écologie ont du mal à comprendre que certains de leurs professeurs ne s'engagent pas pour la protection de la nature, voire s'en désintéressent. C'est que protéger la nature est une approche politique. Approche aujourd'hui évidente et partagée mais qui n'est qu'une utilisation de l'écologie à une fin. Pour l'écologue pur et dur, la nature évolue, l'impact de l'homme introduit une perturbation, c'est un événement comme pourrait l'être un changement de climat dû aux cycles solaires, une éruption volcanique majeure, un feu de forêt, la destruction d'un flanc de montagne par éboulement, etc.

L'écologie décrivant l'évolution des systèmes, pour peu qu'on fasse également de la géologie, on a tendance à relativiser. Par exemple, l'évolution du climat a subi des extrêmes sans commune mesure avec ce que nous vivons et vivrons (vu les effets d'inertie) et ses causes ne sont pas humaines mais géologiques et astronomiques pour l'essentiel, écologiques pour une part. La biodiversité a connu des réductions bien plus drastiques que ce que l'homme peut provoquer : par exemple, disparition de 99 % des espèces à la fin du permien. Et bien entendu, la disparition des dinosaures à la fin du crétacé.

L'écologie politique est davantage de la politique que de l'écologie. Qui dit politique dit valeurs et objectifs. Si notre but est de protéger la nature, par exemple, il reste à s'entendre sur le niveau de protection souhaité (donc sur la définition précise de l'objectif) et sur les valeurs qui nous guident.

Il est probable que sur certaines grandes valeurs nous soyons apparemment tous en accord. Mais ce qui compte, c'est la hiérarchie des valeurs, qui dicte les choix. Par exemple, liberté, égalité et fraternité sont les valeurs de notre République. La liberté en premier oriente vers le libéralisme (ou l'anarchie). L'égalité en premier oriente vers le socialisme (ou le collectivisme). La fraternité en premier oriente vers l'humanisme (ou la famille). Attention : il s'agit d'exemples, la démonstration serait plus complexe.

Bref, sur le terrain, quand on s'occupe de protection, il me semble important de faire une hiérarchie :
• le naturaliste observe et rapporte
• l'écologue analyse l'ensemble et expose l'évolution probable. Il explique les facteurs et propose des pistes en fonction des questions qui lui sont posées
• l'homme décide sur la base de ses valeurs.
Bien entendu, rien ne s'oppose à ce qu'une seule et même personne s'intéresse aux trois étages mais en pratique, c'est rarement le cas, ne fut-ce que pour une question de connaissances.

Bien des discussions et bien des réunions seraient plus claires si on s'appuyait sur cette simple hiérarchie. La plupart du temps, les niveaux sont mélangés, entraînant une cacophonie des débats.

Cacophonie qui arrange les décideurs car les deux premiers niveaux, constat et analyse, qui devraient être établis ou à peu près, ne le sont pas : il est facile ensuite de prétendre tout et son contraire.

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Commentaires

  1. "L'écologie étant l'étude des systèmes complexes, ses outils sont ceux de la systémique, souvent abstraits (mathématiques et philosophiques) "

    Un peu réducteur quand même, j'aurais plutot parler de génétique, de biologie moléculaire et de modélisation comme outils principaux des écologues d'aujourd'hui.
    Mise à part ca, article tres interressant !

    Posté par Julien — 06 Dec 2008, 22:30

  2. Merci pour ces précisions. On pourrait aussi parler d'autres outils. Reste que globalement, la systémique est une base incontournable (la modélisation en fait d'ailleurs partie) et surtout, ce qui m'a paru important dans cet article, très méconnue du public.

    Posté par Didier Vereeck — 10 Dec 2008, 17:15


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