[Composition] Comment ai-je pu ne pas voir ça ?
Jolie petite scène, surtout recadrée ! Clic/agrandir
On dit souvent qu'être photographe, c'est avoir l'œil. Aussi ne suis-je pas peu fier quand un visiteur d'une de mes expos me dit d'un air admiratif que j'ai l'œil. Ah, voilà qui fait du bien à l'ego, comme on dit de nos jours pour parler de la satisfaction d'un besoin narcissique primaire, tout aussi nécessaire qu'être aimé. Bref.
Ce que dit le public, c'est bien, ce que se dit le photographe est souvent moins amène…
Quand je regarde le recadrage que j'ai fait de cette photo, je me demande bien comment j'ai pu ne pas le voir sur le terrain. Où avais-je la tête ce jour-là ? Quand j'examine ma production du jour, j'en déduis que j'avais bien la tête à ce que je faisais. Pour avoir vu tant de merveilles, j'étais vraiment là.
Ce n'est pas juste une impression : de ce 28 septembre, sur les 154 photos que j'ai prises, j'en ai conservé 77 (soit 53 %), 48 sont sur la galerie Arana (soit 62 % de la sélection et 31 % de la production), quinze ont été publiées et neuf exposées. Bonne journée donc. Alors, comment ai-je pu ne pas voir cette photo ?
Quand je faisais de tels constats à mes débuts, je me disais que j'étais un piètre photographe. Aujourd'hui, je mesure ma chance, la chance qu'on puisse ne pas tout voir, même le plus évident, et qu'il reste tant de choses à photographier. Et aussi la chance du mystère. Quoi qu'on fasse, les choses nous échapperont, n'est-ce pas là le secret de l'existence ?
Bon, c'était une version. En voici une autre : j'étais dans une position inconfortable, en déséquilibre instable (!) sur des pierres glissantes, le trépied installé tant bien que mal. Après une première photo large (celle de gauche), je déménage la petite installation pour m'approcher, afin de faire la seconde (celle de droite). Le temps de déplacer tout le bazar… la feuille avait été emportée par le courant !
Comment ai-je pu être aussi lent et aussi peu vigilant ? Eh bien… Troisième version : une jeune fille déambulait nonchalamment sur les bords des flots et le photographe médusé en oublia son sujet. Le temps de se reconcentrer, la belle scène n'était plus là…
À vous de choisir la version qui vous convient car les trois me sont arrivées, peut-être même ce jour-là, j'avoue ne pas bien me souvenir (c'était en 2001). Ça fait partie des petits agacements du photographe, mais aussi de ses joies car il faudra recommencer !
Merci de vos commentaires
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26 Décembre 2008 à 12:15 dans
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Il est vrai que certaine fois sur le terrain les choses ne nous apparaisse pas.
Et de retour à la maison, HOP, le déclique.
Sa peut aussi faire apparaitre un cadrage auquel on a pas pensé sur le moment.
Combien de fois je suis retourné sur un lieu ou j'avais pris la photo d'une façon, et en la regardant je me suis aperçu que sous un autre angle elle aurait raconter une autre histoire.
C'est aussi ça la magie de la photo. Ces petit détails enregistré sur l'image que l'on ne voit pas tout suite, mais qui sont belle et bien là pour notre plus grand plaisir.
Très belle article, j'aime beaucoup!
Posté par Darth — 26 Dec 2008, 17:23
Magie, c'est le mot (j'ai parlé de mystère). En outre, tu sais bien que lorsqu'on retourne au même endroit, on ne voit pas les choses de la même façon, ou elles ont changé. C'est d'ailleurs le cas avec la photo que je montre : impossible de refaire la même ! C'est une saine frustration qui nous fait avancer et nous donne envie de nous améliorer pou rne pas rater de telles occasions !
Posté par Didier Vereeck — 27 Dec 2008, 14:19
Bel article Didier, qui vient à point en rejoignant une thématique à la mode sur les blogs photo "qui réfléchissent" ;-) : les hautes résolutions et le recadrage !
Le vilain petit technophile profite de ton erreur (si l'on peut appeler ça ainsi) pour appuyer là où ça fait mal : encore beaucoup de photographes (surtout ceux qui ont connu l'argentique et plus particulièrement la diapo en fait) rechignent à user du recadrage dans leur approche photographique... Quand d'autres (voir l'excellent article d'Anne-Laure Jacquart à ce sujet => http://aupresentdusubjectif.free.fr/index.php/technique_adepte-du-recadrage_1562 ) s'en donnent à coeur joie ;-)
Avec l'essor des capteurs très haute résolution, il n'est pas étonnant que les agences, même les plus prestigieuses, demandent désormais à leurs photographes de... cadrer plus large pour permettre à l'utilisateur final de recadrer !!!
Un comble, finalement, qui vient quelque part "tuer la créativité" et "l'oeil du photographe", car cet oeil s'en trouve désormais "décalé" et virtualisé dans le processus de création à l'outil informatique qui permettra de finir la photographie... Je me souviens il y a quelques années avoir lu une nouvelle dont le héros n'utilisait plus qu'un appareil numérique à focale fixe grand angle, mais avec une résolution telle qu'elle lui permettait littéralement de "simuler" toutes les focales.
Un futur qui n'est plus si lointain mais qui tuera l'image en l'aseptisant...
Posté par Cédric — 15 Jan 2009, 16:45
Oui, j'aime bien l'article d'Anne-Laure. Moi-même, je recadre souvent mais ne général je garde les deux versions qui ont chacune leur personnalité. C'est pourquoi je regarde les hautes résolutions pour le cas où je passe en numérique.
Bref, j'avais donc écrit cet article :
Recadrer, en rester au tabou ou évoluer ?
http://vereeck.romandie.com/post/13253/115794
Quand à l'optique fixe ce serait un rêve, à condition d'avoir un zoom virtuel qui permette de se souvenir de son intention au moment du déclenchement.
Est-ce que ça tuera la photo ? Je pense que non, et qu'au contraire ça pourrait favoriser les vraiment bons. J'en parle de manière indirecte dans mon dernier article :
Qu'est-ce qu'une photo ?
http://vereeck.romandie.com/post/13253/142615
Merci de ta contribution !
Posté par Didier Vereeck — 15 Jan 2009, 16:57