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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Poèmes et photos : haïku] Le sable



        Le sable me glisse entre les doigts
        Mais moi
        Je scrute l'horizon

 


Note : clic/agrandir la photo. Un haïku est un poème japonais à la forme définie (pas tout à fait respectée ici) dont le but est, à la manière des choans zens, de faire ressentir le vide au cœur des choses ou/et l'absence/présence de l'homme à lui-même. En principe, on n'explique pas un haïku mais j'ai choisi de développer l'idée de celui-ci (et des suivants que je vous présenterai). 

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Nous sommes peut-être au bord de la mer, un homme prend du sable. Pourquoi scrute-t-il l’horizon au lieu de sentir le sable couler entre ses doigts ?

Que peut-il y avoir de plus important que la merveilleuse sensation du sable qui s’écoule ? Rien, mais l'homme n’est pas dans ses doigts, il est dans ses yeux. Il est au-delà de ses yeux. Il scrute car il cherche à discerner. Il voit donc avec son mental. Un projet a remplacé la vie de tous les instants.

Si l’homme est à l’horizon, il n’est pas là. Le sable, au lieu de couler entre ses doigts, glisse entre ses doigts. Les choses lui échappent, la vie lui échappe.

Il ne voit pas à ses pieds ce que la photo montre : un tableau.

Le sable qui s’est écoulé entre les doigts, ou plutôt qui a été déposé par le vent, a mélangé ses grains aux grains de bois brûlé et travaillé par la mer. Une œuvre éphémère s’est composée.

Pour y être sensible, il faut regarder, sentir, entendre, sans être déjà à l’horizon, c’est-à-dire en un lieu inaccessible. Ce n’est pas en se centrant sur un lieu inaccessible qu’on peut créer, c’est en se centrant sur le tangible. L’horizon se voit, certes, il est la cible, peut-être, mais ce n’est pas le tangible sur lequel on peut agir.

Si l’homme qui scrute l’horizon baisse les yeux sur la petite composition de sable et de bois brûlé, il y verra peut-être ce curieux animal, vers le milieu en bas. N’est-ce pas une sorte de créature qui scrute ? Une sorte de curieux reflet de celui qui ne regarde pas la créature mais scrute l’horizon ? Un reflet quelque peu diabolique : notre démon.

Au lieu de se refléter lui-même, cet homme distrait reflète son ego. Il oublie que partout est le reflet de notre intériorité, il n’est pas besoin de scruter l’horizon pour se voir ; c'est même notre enfer qu'on y verra ! Le reflet de notre intériorité se manifeste, par exemple dans cette photo. Autrement dit, ce que nous projetons se matérialise. Autant ne pas projeter le diable…

Pourquoi donc faire des projets lointains et peut-être inatteignables alors que notre univers proche est notre projection intérieure ? Parce que faire un projet est un moyen de ne pas voir ses projections ?

Merci de vos commentaires

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Commentaires

  1. J'avais découvert ce genre de poème dans un livre photo. "D'une aube à l'autre" avec de très beaux textes et de belles image (argentique).

    Je redécouvre avec toi ce genre de poème que j'apprécie toujours autant!

    Merci

    Posté par Darth — 03 Fev 2009, 10:46

  2. Oui, je connais les haïkus du livre Aube nature. Très beau livre, cela dit en passant. Les haïkus le sont sur un plan formel (à la différence des miens) mais pas dans l'esprit : on n'y ressent pas le « vide entre les choses ». C'est une autre façon de voir où la forme compte plus que le fond.

    Sinon, ce qui est difficile dans l'exercice haïku + photo, c'est de ne pas décrire la photo (ce qui est redondant) tout en ayant un rapport, fut-il minime.

    Posté par Didier Vereeck — 03 Fev 2009, 17:33

  3. franchemant fascinée
    je mesuis permise de mettre un de vos texte et de vous citer merci d'être cette personne si .. bisous fleur

    Posté par danièle — 13 Mar 2009, 23:13


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