[Être auteur] Qu'est-ce qu'un auteur ?
Clic/agrandir. Un auteur n'est-il pas un être qui en allant son chemin à sa guise, tout comme au gré de ses errances et expériences, trace son sillon, ne s'apercevant souvent qu'après du parcours ?
Auteur est certes un statut, assimilé profession libérale, mais uniquement en photo. Et lorsqu'on est auteur de l'édition, on n'a aucun besoin d'un statut. Bref, dépassons les notions sociales et fiscales pour voir ce qu'est un auteur. Il est évident que je ne répondrai pas à la question en un seul article, et de toute façon pas à moi tout seul. Voici juste quelques pistes de réflexion, à chacun d'y puiser ou non.
Un auteur ne se résume pas à sa production. Indépendamment de la qualité éventuellement variable et du talent plus ou moins manifeste, l'auteur existe tout de même. Ce n'est pas en allant voir du côté des meilleurs auteurs qu'on avancera, car la comparaison risque d'être rude et surtout de peu d'intérêt. C'est en allant voir en soi qu'on trouvera la réponse.
On dit souvent qu'un auteur est quelqu'un qui a une démarche. Oui, mais en fait cette démarche est une résultante. Il n'est d'ailleurs pas rare qu'elle change au cours de la vie, parfois en douceur, parfois brutalement ; de son propre chef ou suite à diverses circonstances.
La question posée est donc « Qu'est-ce qui produit cette démarche ? ». On le voit clairement, il s'agit de se questionner soi-même pour découvrir qui en soi fait les photos et les textes avec telle ou telle démarche. J'écris « qui en soi » car pour certains c'est une partie de soi qui s'exprime, pour d'autres c'est la totalité de l'être.
On touche d'ailleurs là à la différence entre l'auteur à plein temps et l'auteur qui accepte de ne s'y consacrer qu'à temps partiel, ou même le souhaite : si c'est une partie de soi qui s'exprime, cela peut se faire dans un temps partagé avec d'autres activités. Si c'est la totalité de l'être, il est difficile voire impossible de ne pas être à plein temps.
On le voit on peut donc être amateur et auteur, pour peu que l'on soit engagé dans une direction. L'implication personnelle est aussi importante, si ce n'est plus, que le temps passé.
L'auteur est donc quelqu'un qui exprime au moins une partie de lui-même. Il peut le faire avec une démarche extrêmement personnelle ou plus ou moins collective, s'associant par exemple à une cause. Le trait qui le caractérise est qu'il reste toujours maître de ce qu'il fait : il a autorité sur son œuvre (étymologie du mot auteur).
Vous allez me dire, mais alors qu'est-ce qui différencie auteur et artiste ? Est-on artiste quand on est auteur ?
On peut être artiste quand on est auteur mais en général ce n'est pas le cas. L'artiste se sent artiste, et prend un statut auteur parce qu'il le faut. L'artiste est quelqu'un qui exprime quelque chose à travers des codes, en fonction d'une culture, qui est celle de l'Art. Il est souvent difficile d'être artiste sans avoir fait une école d'art, ou sans l'avoir étudié en profondeur de manière autodidacte.
Or on peut être auteur sans avoir de culture artistique, c'est même généralement le cas. Cette simple remarque permet de comprendre qu'un auteur est un être libre de lui-même, qui agit souvent en dehors des codes et des conventions. Il les apprend parfois après coup pour caractériser son travail ou ne pas réinventer la poudre. Il est parfois obligé de le faire quand on lui dit « C'est bien ton travail, mais ça apporte quoi par rapport à Ansel Adams ? » (pour prendre un exemple souvent entendu), ou encore « L'impressionnisme en photo, c'est du pipeau ».
Sans vouloir faire des catégories rigides, je pense qu'un artiste est plus ancré dans la société et la culture et qu'il en a analysé les codes. Il travaille sur les pulsions et un peu moins les émotions, ou en tout cas plutôt sur l'émotion que le sentiment. Il a souvent un ego développé, je dirais un peu par force. Il a un concept bien établi ou au moins en construction, ou défini par d'autres, et bien reconnu. En général, il n'a pas de démarche car plutôt que marcher, il reste sur place et laisse venir, creuse ou cherche et de ce fait produit peu. Et, comme disait Duchamp, pour un artiste, choisir est aussi important que faire.
L'auteur s'intéresse davantage à l'individu (l'humain) qu'à la société ou à la culture, dont il ne maîtrise pas toujours les codes. Il travaille davantage sur l'émotion que sur la pulsion, et plus encore sur le sentiment. Il a un ego comme tout le monde mais travaille plutôt à le limiter qu'à le rendre flamboyant, d'où l'étonnante discrétion de certains auteurs. En général, il n'a pas de concept d'une part parce que faute de culture artistique il ne comprend pas de quoi il s'agit, d'autre part parce que ça ne l'intéresse guère, trop abstrait pour lui.
Il a plutôt une démarche qu'un concept car il « avance » : métaphoriquement, il marche. Il produit souvent beaucoup et même celui qui produit peu en fait davantage que l'artiste. Un auteur qui cherche quelque chose ou fait une série, publiera au moins dix photos quand l'artiste choisira une ou deux œuvres. Il est fréquent que l'auteur aie du mal avec l'editing, autant par manque de critères pour choisir (défaut de culture artistique) que parce que chaque œuvre s'inscrit dans une série.
Il n'est pas rare que l'artiste se vive comme un centre qui rayonne et autour duquel d'autres gravitent, alors que l'auteur se voit davantage comme un solitaire, un électron libre, qui rencontre ou pas ses semblables. Même si à un moment (désargenté par exemple) il ne fait pas de photo ou n'écrit pas, il reste auteur dans l'âme. Il trouve d'autres voies pour s'exprimer, ou patiente. Il peut rester longtemps sans produire, cela arrive également à l'artiste mais c'est plus rare car ce dernier a souvent le besoin viscéral de créer.
Par son travail et ses recherches, et d'éventuels modes d'expression multiples, l'auteur se construit un monde voire un univers (c'est plus visible à l'écrit). Lequel monde est d'ampleur très différente selon les auteurs, du plus zen et simple au plus complexe et foisonnant. Cela dépend à la fois de la personnalité et des besoins, tout comme du temps consacré.
On notera que l'artiste se construit plutôt une œuvre qu'un monde, c'est également une autre différence sur laquelle on peut s'appuyer. Enfin, si on n'est pas convaincu de toutes ces différences, le plus simple pour un auteur est d'essayer d'entrer dans le circuit de l'art. Les réactions et réflexions des directeurs de galeries de qualité l'édifieront (je ne parle pas des galeries où l'on paye pour exposer).
Entre auteur et artiste, il n'est pas question d'établir une catégorisation sauvage et figée car il y a un peu des deux dans chaque, et le terme auteur dans son acception large englobe auteur et artiste. Dans le réseau d'auteurs actuellement en construction, les deux seront représentés, heureusement. Mais au final, le comportement des uns et des autres est assez différent, souvent source d'incompréhension.
Loin de moi l'idée d'opposer auteur et artiste, je veux simplement les différencier pour le bien de tous. Des artistes, il y en a peu, et de talent encore moins. Des auteurs il y en a beaucoup, et de talents inégaux, mais chez un auteur le talent a moins d'importance que chez l'artiste car ce qui compte est moins l'œuvre que l'univers créé, l'histoire racontée, la cause défendue, quelque chose de méconnu montré, etc.
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24 Février 2009 à 12:48 dans
- ÊTRE AUTEUR


Pour résumer, disons que l'auteur se trouve dans un purgatoire, espérant renter au paradis des artistes, et l'artiste, pour conserver son statut, à parfois (souvent ?) tendance à répéter ce qui a plu, ce qui ce vend, afin de pérenniser son statut.
Si le jeu était ouvert, si les artistes en devenir disposaient des mêmes moyens de se faire connaître que les artistes officiels, il n'y aurait pas de débat. Seulement, le système à tendance à créer des artistes officiels, quel que soit l'« Art ». Les d'exposition leurs sont ouvert, un tapis de pétales de roses est déposé devant leurs pas.
J'ai vu, par exemple un ancien photographe connu accueilli longuement en résidence (à Marseille, en Bretagne), et mon département a fait le choix de défendre prioritairement les artistes « professionnels », tous arts confondus. Ne serait-ce pas les jeunes talents qu'il faudrait aider ?
Posté par JluK — 25 Fev 2009, 07:53
Très intéressant.
J'aime bien ta façon de voir les choses et finalement cette distinction, ces précisions, ouvrent des portes et font bien sentir à quel point les activités auxquelles tu te réfères (photo, écriture) sont multiples à la fois dans leur expression, mais aussi dans la façon qu'ont de les vivre ceux qui les pratiquent.
Posté par David — 25 Fev 2009, 12:49
Encore un texte plus qu'intéressant.
Pour beaucoup la frontière entre artiste et auteur est très trouble, et c'est une bonne chose que de nous baliser la piste pour qu'on s'y retrouve un peu mieux
;)
Posté par Darth — 27 Fev 2009, 09:03
JLuK, personnellement et en tant qu'auteur, je ne me sens pas au purgatoire, et je n'ai pas la moindre envie de devenir « artiste », au sens d'entrer dans le circuit de l'Art. Je ressens l'auteur en général, d'après ce que je vois autour de moi, comme un libre penseur, alors que je n'ai pas du tout l'impression en regardant un certain nombre d'artistes, pour ne pas dire un nombre plus que certain.
Tout à fait d'accord pour dire que c'est les jeunes talents qu'il faut aider, simplement pour moi « jeune » signifie plutôt « pas connu » : on peut être jeune et galérer à tout âge !
David, content d'ouvrir les portes, en effet (parfois des portes ouvertes, mais bon…). En fait, je me rends compte que beaucoup d'auteurs souffrent en silence, ou ne croient pas qu'ils le sont, osent à peine le dire et du coup se retanchent derrière leur statut auteur s'ils ont un siret, ou le fait d'être amateur. Dommage !
Darth, ça n'est quand même pas une frontière, ou alors du même genre qui sépare les pays d'Europe !
Posté par Didier Vereeck — 27 Fev 2009, 09:32
bonjour,
je prends connaissance de cet article actuellement,et je réagis donc avec 1 mois 1/2 de retard....
je pense que nous serons d'accord pour convenir que dans le chef de l'auteur, il peut y avoir une démarche artistique.... dans forcément devenir ou chercher à devenir artiste dans le sens "entrer dans le circuit de l'art..."
j'ai ainsi vécu récemment un évènement qui illustre cette frontière entre "auteur" et "artiste" dans le sens que vous définissez. exposant actuellement dans une salle de concerts au centre de bruxelles, des connaissances "artistiques" et "designers" n'ont porté que peu d'intérêt à la chose (l'expo), dès l'instant où celle-ci ne se déroulait pas dans une galerie.... (seul lieu de crédibilité dirait-on...).
pourtant, être auteur n'empêche pas la démarche artistique, l'auteur peut se sentir "artiste" dans sa démarche, mais sans forcément avoir la même finalité que l'artiste.... (il y a du boulot pour amener à considérer autrement une démarche qui n'en est pas moins créatrice).
les photos présentées dans l'article de ce vendredi 10 avril est une illustration de cette démarche me semble-t-il, en toute cas est-ce ainsi que je ressens le travail des photographes du réseau focalis....
Posté par jean-luc — 11 Avr 2009, 10:58
Si vous regardez mes photos, vous imaginez sûrement que je me sens également « artiste », et même poète. Mais ces mots sont récupérés et il est difficile de les utiliser. Je pense également qu'un auteur-artiste n'est pas identique à un artiste dans sa démarche, et qu'un auteur peut fort bien être artiste.
La vitrine du réseau Focalis publié le 10 à laquelle vous faite allusion donne en effet cette impression d'une dominante artistique, qui n'est pourtant pas partagée par tous.
Posté par Didier Vereeck — 12 Avr 2009, 16:32