[Technique] Comment nommer ou numéroter ses images ?
Surabondante production numérique, milliers de diapos classées par thèmes, négatifs au fond de boîtes à chaussures, fichiers introuvables, scans, tif, raw, jpeg, multiplication des versions, la numérotation des images devient rapidement un enjeu majeur pour un photographe productif.
Chacun y va de sa recette et chacun est libre. Il faut toutefois avouer que les recettes personnelles sont souvent indigestes pour leur auteur lui-même. Peut-être tout simplement parce qu’il ne pensait pas prendre et surtout garder autant de photos, ou peut-être ne pensait-il jamais avoir à les confier à d’autres, un éditeur par exemple.
Et c’est là où le bât blesse…
Confiez ne fût-ce que dix photos à un éditeur avec des noms aussi sympas que « Coucher de soleil le soir au-dessus des joncs version 5b12k7 », « Italie-1975-Juillet-25-Milan-Dôme-Profil-Lumière du soir-Sans flash », ou encore DSC-198247826489, et il va devenir fou. Si vous le voyez errer hagard dans une rue perdue, peut-être que vos photos ne seront jamais éditées.
Et si par hasard il persiste mais qu'au cours de la réalisation du projet certaines images sont remplacées par d’autres (cas probable), il va cette fois définitivement craquer car il ne s’y retrouvera pas dans votre numérotation ou dénomination. Travailler sur une mise en page complexe avec des images numérotées de manière ésotérique et pour le moins instable est un vrai casse-tête.
Il s’agit donc de trouver un mode de numérotation sinon standard, du moins compréhensible, court, et qui prévoit tous les cas de figures.
D’abord, un numéro est supérieur à tout autre mode car il est simple, universel, moins sujet aux fautes de frappe (en informatique, c’est important) et plus facile à taper.
Ensuite, le principe le plus simple pour numéroter est d’adopter trois groupes de chiffres : année, identifiant, numéro d'ordre, avec un groupe complémentaire pour le traitement et les versions. L'identifiant sera la pellicule en argentique, la série ou la journée en numérique. Certains pros préfèrent numéroter par clients, mais il y aura difficulté si un client demande plusieurs travaux dans l’année.
On obtient un numéro chronologique et non-thématique avec un gros avantage : il ne change jamais, quel que soit le devenir des images.
Avant de se décider pour un système, il convient de bien y réfléchir car lorsque vous aurez vendu des photos un peu partout, en changer les références vous obligera à prévoir un système complexe de correspondance.

Premier groupe : l'année
L’année peut se numéroter facilement par deux chiffres. Pour les photographes qui n’aiment pas indiquer l’année de prise de vue, le numéro initial peut ne pas correspondre à une année, par exemple en commençant la numérotation par 30 (personne n’imaginera que la photo a été faite en 1930, et d’ici 2030 vous avez le temps). Avec la généralisation des exifs, il devient cependant de plus en plus délicat de ne pas fournir une année de prise de vue. En outre, les progrès techniques sont tels qu'une photo remontant a dix ans a toute chance d'être datée.
En ce qui me concerne, les deux chiffres correspondent à mes années de photo en tant qu'auteur : 01 est l'an 1996, année de mes débuts. 03 est l'an 2000, car je n'ai pas de photos en 1998 et 1999. J'ai trouvé plus intéressant de savoir à combien d'années photos j'en étais plutôt qu'à une date de prise de vue mais c'est bien sûr affaire de goût. Si c'était à refaire, je choisirais le plus simple : l'année civile.
Pour ceux qui n’aiment guère les chiffes, ce numéro initial peut être remplacé par deux lettres, par exemple BF-124-058, mais c’est moins pratique à taper, pas facile à mémoriser. En outre, dans un dossier informatique, les lettres risquent d’amener à un mélange entre les images et d’autres fichiers.
Deuxième groupe : l'identifiant
Le jour, la pellicule ou la série exige souvent trois chiffres. En effet, 99 pellicules dans l’année, c’est peu, mais 999 suffit probablement. De même, il y a 365 jours dans une année, donc trois chiffres permettent une moyenne de presque trois prises de vues par jour. Si toutefois vous faites du paysage et que vous vous déplacez beaucoup, si vous souhaitez changer de numéro à chaque fois que vous changez de commune ou de lieu, il peut être plus prudent d'adopter un numéro à quatre chiffres.
Les fervents des thèmes voudront peut-être numéroter ces thèmes mais à l’expérience c’est inutile, ça allonge le numéro pour rien. Il est préférable de noter pour chaque thème dans un fichier les numéros des journées, pellicules ou séries qui y correspondent.
Pour retrouver facilement la date exacte, outre les exifs, on peut simplement noter sur son agenda le numéro de la série, précédé ou non de celui de l'année. C'est simple, pratique et rapide. Et si un jour votre interlocuteur vous demande au téléphone à quelle date et lieu vous avez pris la photo, et que vous lui répondez dans les deux secondes comme ça m'est arrivé à diverses reprises, il sera épaté !
Troisième groupe : le numéro de l'image
Le dernier numéro est celui de l’image dans la journée, la pellicule ou la série. En argentique, deux chiffres suffisent (maxi 36 poses) mais en numérique, il en faut trois, voire quatre si vous faites plus de mille photos en une journée. Dans ce dernier cas il peut être plus simple de rester avec trois chiffres et de donner des numéros différents à la série du matin et à celle de l'après-midi, ou encore pour chaque séquence.
Au final, le numéro est du type 09-124-358, soit 09 pour l’année, 124 pour la journée, pellicule ou série et 358 pour le numéro de l’image (ou 036 en argentique).
Groupe optionnel pour le traitement
On peut ajouter un numéro ou une lettre pour la version (par exemple « h » pour horizontal, « r » pour recadré). Ou encore v1, v2, etc. pour des numéros de versions. On peut être tenté par un signe du pavé numérique comme *1, *2, etc. Attention toutefois, sous PC ou Linux, * est déconseillé, il faut donc choisir un autre caractère et, pour des raisons de compatibilité, éviter * même sur Mac.
On peut avoir besoin d'indications de traitement, de numéros de scripts, voire d'une identification de la définition (300 dpi) ou de toute autre information de post-traitement et d'enregistrement.
Il convient toutefois de ne pas trop développer cette partie. En effet, le numéro de traitement ne concerne que vous et peut-être pas le destinataire des photos, surtout si comme certains vous indiquez en clair des informations plus ou moins confidentielles. Il s'agit donc de prévoir la possibilité d'enlever facilement ce groupe via un logiciel de catalogage (ou tout système permettant de renommer en groupe).
Si vous n'avez que des numéros séparés par des signes identiques, des tirets par exemple, vous n'aurez aucune possibilité d'éliminer le dernier groupe de chiffres. Aussi est-il préférable d'intercaler un signe distinctif (compatible avec votre système, voire tout système) ou une lettre ; et, d'une manière générale, de penser à mettre un tel signe distinctif, et différent, devant tout groupe susceptible d'être éliminé pour votre client.
Afin de vous faciliter le futur travail d'élimination, vous avez intérêt à codifier vos traitements de façon à ne pas multiplier les références. Dans l'hypothèse où vous avez par exemple des +01, +02, +25 à éliminer, il faudra taper un par un tous ces chiffres, ce qui risque d'être rapidement fastidieux, donc source d'erreur.
Groupe optionnel d'identification d'auteur
Votre numéro aussi long soit-il a toutes les chances de ne pas être unique si vous travaillez avec d'autres photographes. Il peut donc être utile de mettre en tête un identifiant en lettres, constitué de vos initiales, en trois lettres au moins. Je préfère ne le faire que si c'est utile, en ajoutant d'un coup le préfixe DVK- via mon catalogueur, plutôt que d'allonger tous mes numéros dans ma base de données. En outre, les agences et autres attribueront de toute façon leur propre référence.
Si toutefois vous ajoutez un tel préfixe, pensez à le faire de manière à pouvoir l'enlever par lots : si vous choisissez des chiffres, faites les suivre d'un caractère distinctif non pris par ailleurs dans le numéro.
Nom ou légende
Il est toujours possible d’ajouter un nom ou un titre, ça ne modifiera pas l’ordre dans un ordinateur, et il est facile pour l’utilisateur final de la photo (par exemple l’éditeur) de ne pas tenir compte du nom et de se concentrer uniquement sur les chiffres.
Aussi, à la différence du groupe optionnel pour le traitement, cette partie du nom de fichier n'est pas forcément à enlever. Mais si vous avez une image nommée 09-124-658-Colorado-Provence, il est probable que dans le navigateur de fichier vous ne voyez que 09-124-6…Provence, voire 09-124-…vence au moment d'importer l'image : pas pratique donc !
Quand attribuer le numéro ?
En numérique, le plus simple est de le faire le plus tôt possible. Quand vous videz votre carte dans votre ordinateur, faites-le directement dans un dossier qui porte le numéro de l'année et de la prise de vue, par exemple le dossier 09-224. Je conseille à ce stade de ne pas toucher aux photos et d'enregistrer un CD avant toute chose.
Ensuite, vous importez les images dans un catalogueur ou un visionneur et avant d'entamer le tri, vous les renommez. Si vous avez plusieurs boîtiers ou plusieurs cartes, classez au préalable les fichiers par moment de prise de vue, afin de les avoir dans l'ordre chronologique. Il ne vous reste plus qu'à renommer par lot. Vous avez ainsi et dès le départ le numéro définitif. Seul le premier CD, sorte d'équivalent d'archivage du négatif, contiendra les numéros d'origine du type DSC-2548615, mais dans un dossier dénommant la prise de vue.
Comment classer les photos dans l'ordinateur
La numérotation que vous avez adoptée vous permet de mettre les fichiers en vrac, par année entière, sans risque de confusion. Si vous utilisez un catalogueur, vous chercherez, trierez, déplacerez ou modifierez vos photos sans jamais ouvrir le dossier d'archivage.
Vous risquez ainsi peu d'erreurs et les sauvegardes sont faciles à faire vu le nombre réduit de dossiers. Fini les cascades de sous-dossiers par lieux ou thèmes !
Chacun peut adapter ce système à ses besoins et habitudes, de préférence sans le transformer en usine à gaz. Mais en prévoyant assez large pour ne JAMAIS avoir à changer la longueur du numéro. Mieux vaut un 0 de plus, jamais utilisé, qu’un numéro de longueur variable (et donc de classement incertain).
Le nom de fichier obtenu doit être assez court, et ne pas dépasser 12-15 caractères pour être visible en entier dans le navigateur de fichiers. Il est facile à expliquer, ce qui est pratique pour un utilisateur quelconque qui pourra par exemple savoir l'année bien sûr, mais également le mois ou le jour s'il a besoin de le savoir… mais ne le saura pas si ce n'est pas utile. Dans un ordinateur, le fichier est facile à retrouver. Et surtout, les images sont informatiquement classées non dans un ordre d’usage, qui peut toujours changer, mais dans un ordre stable. Si des versions s’ajoutent, elles viennent se placer sous l’image principale.
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13 Septembre 2009 à 16:45 dans
- TECHNIQUE


Bonjour,
Je déconseils l'étoile* comme caractère : ça marche peut-être bien sous Mac OS mais pas sous Linux ou Windows.
De même pour tout ce qui est espace ou accents, ça peut poser des problèmes lors du passage d'une machine à l'autre.
Posté par Benoît — 14 Sep 2009, 10:47
Je me doutais que quelqu'un préciserait pour les PC. En effet, sur mac on peut à peu près tout faire mais comme je ne sais pas exactement pour PC, j'ai préféré ne rien dire. Je vais modifier en fonction de vos indications, merci
Posté par Didier Vereeck — 14 Sep 2009, 10:53
De manière générale, s'il s'agit de trouver un système de nommage qui ne soit pas à usage personnel mais facilitant les échanges, pour assurer la compatibilité avec les logiciels et les systèmes de ses interlocuteurs et avec les outils intermédiaires (mail, ftp, ...) il vaut mieux se limiter aux lettres majuscules ou minuscules non accentués, chiffres, - et _ (et éviter en particulier les caractères espaces, les é et è)...ce qui laisse quand même pas mal de liberté..
Posté par GLaG — 14 Sep 2009, 11:58
Bonsoir
Pour ma part, j'utilise une méthode basée sur deux groupes de chiffres : le premier est constitué de la date en notation inversée (AAAAMMJJ) et le second est un numéro d'ordre par date, sur trois chiffres. Je place mes nom et prénom en début de nom de fichier (facilite les échanges avec les éditeurs, etc.)
Ainsi, j'ai par exemple GIRARD_Cédric_20090914001.CR2 pour désigner la première photo indexée dans Lightroom en date du 14/09/2009 (Lightroom a l'avantage de pouvoir numéroter et renommer automatiquement les fichiers à chaque import de photos et fait dans la foulée la sauvegarde sur mon second disque dur interne... que je doublerai ensuite sur un disque externe)
Chaque fichier porte un nom unique, et est aisément classable chronologiquement !
PS : Lightroom, dans mon cas, utilise la date et l'heure de prise de vue stockés dans les infos EXIF pour déterminer la date et le numéro d'ordre...
Posté par Cédric Girard — 16 Sep 2009, 21:25
Merci de vos contributions. Oui en effet, il reste pas mal de caractères, le tout est de penser à utiliser un caractère différent à chaque fois qu'on veut pouvoir éliminer ou modifier un groupe de chiffres. Quant à la méthode de Cédric, c'est une variante souvent utilisée, qui donne un chiffre un peu long, pas très lisible mais pratique. Par contre je ne vois pas l'intérêt de mettre l'année en 4 chiffres.
Posté par Didier Vereeck — 17 Sep 2009, 08:41