[Haïku] Le geai
Pour son nid le geai arrache
une fibre de palmier qui résiste
Lui ne s'en soucie pas
Voilà un haïku que j'aime par son côté paradoxal, du fait qu'il semble ne pas y avoir le moindre rapport entre la photo et le texte. Intéressons-nous tout d'abord au texte qui m'a été inspiré par l'observation que j'ai faite depuis mon bureau d'un geai arrachant des fibres de palmier pour faire son nid.
Le geai fait son nid, quoi de plus normal ? La fibre de palmier ne cède pas facilement, quoi de plus normal ? « Lui ne s’en soucie pas », on ne sait s’il s’agit du palmier ou du geai qui ne s'en soucie pas, aucun ne s’en soucie. Comment un palmier ou même un geai pourrait se soucier de quoi que ce soit ?
Se soucier est le propre de l’homme. Pour l’homme, si une fibre résiste, ce n’est peut-être pas normal. Selon son tempérament, l’homme lutte ou abandonne, deux versions d’une même disposition intérieure. Au fond, peu importe qu'on lutte ou qu'on abandonne, l'essentiel, et qui est le propre de l'homme, c'est que nous avons attribué un comportement intentionnel à du vivant qui bien entendu n'en a pas.
La fibre résiste mais elle ne fait pas de résistance : c’est normal qu’elle résiste, puisqu’elle est solide. La résistance est un concept humain. Au lieu de voir simplement un geai qui fait son nid et une fibre conforme à sa nature, l’homme voit une résistance et pour lui le geai s’acharne.
En réalité, il n’y a pas de résistance, il y a juste un geai et une fibre. Et il y a un observateur qui, projetant ses états de pensée, voit une résistance.
Intéressons-nous maintenant à la photo. Comme je ne fais pas d'animalier, je ne risque pas d'avoir une photo de geai, encore moins arrachant une fibre. Et ça tombe bien car une telle photo n'aurait été que la redondance du texte. J'ai donc cherché une photo qui à mon sens pouvait illustrer indirectement le message que le haïku fait passer.
J'ai choisi une photo qui prend le contre-pied. La fibre qui est là, une brindille sans doute, n’est-elle pas une sorte de cavalier bondissant ? Libre ? Vous allez me dire : quel est le rapport entre « libre » et « résistance » ?
Il n’y a pas plus de liberté que de résistance. La liberté peut être l’opposé de la résistance, ou peut-être pas, tout dépend dans quel système mental on se place. Peu importe : dans tous les cas, c'est une création de l'homme.
L’homme a des projets. Il rencontre un obstacle. Doit-il abandonner, considérant l’obstacle comme un signe, ou au contraire lutter ? Lutter et abandonner sont des avatars du fait de faire des projets. Sans mental, il n’y a plus d’obstacle, pas plus de résistance que le simple mouvement du monde, parfois favorable à nos desseins et parfois non.
Inutile de choisir entre lutter et abandonner, il suffit d’agir. Si la fibre résiste, l’action durera simplement un peu plus longtemps. Mais si de la fibre on fait un obstacle, alors on ne voit plus que la résistance, c’est-à-dire la disposition intérieure que nous projetons sur le monde.
N'est-il pas temps de se décider à voir les choses telles qu’elles sont ? C'est-à-dire qu'il y a juste un geai et une fibre ?
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14 Septembre 2009 à 12:02 dans
- HAÏKU

