[Démarche] Du détour par l'écrit pour se trouver en photo
Vous connaissez peut-être les portfolios des éditions Luigi Castelli (photo et peinture) vous avez sans doute remarqué que j'en suis souvent l'auteur. J'adore écrire un texte sur un auteur que je ne connais pas, simplement au vu de photos ou de peintures, ou encore suite à une brève rencontre. J'aime ainsi laisser aller ma plume, c'est parfois plus facile que sur mes propres photos.
Je ne peux que vous inviter à écrire, quoi que ce soit, y compris sur les photos des autres comme je l'ai fait avec les portfolios. Tout cela n'est pas grand-chose mais aide à savoir ce qu'on cherche. Une erreur à ne pas faire il me semble est de commencer directement à écrire sur sa démarche : il faut d'abord s'apprivoiser, se laisser venir. Un autre moyen idéal est le blog : on écrit souvent, sans prétention et sans se prendre la tête, la plume se délie, et probablement qu'au détour du chemin vous trouverez vos pépites.
En écrivant un texte sans vraiment savoir ce qu'on va écrire, on entre dans une autre réalité. En faisant de même sur des images de quelqu'un d'autre, on se glisse sans s'en rendre compte dans le for intérieur de l'auteur. On se laisse imprégner par quelque chose, on découvre ce que parfois la personne elle-même ne sait pas avoir rencontré.
C'est pourquoi j'aime quand un photographe ou un peintre me dit quelque chose comme « c'est incroyable comme vous avez bien retranscris l'atmosphère que j'essaie de mettre ! », ou encore « Je n'en reviens pas : vous avez traduit par l'écriture ce que j'essaye de traduire dans mes images et que je n'avais jamais réussi à nommer ».
En fait, rien de très extraordinaire à tout cela, juste un peu d'empathie et de se laisser imprégner comme une éponge. Et puis, c'est bien la preuve de quelque chose qui m'est cher : l'auteurité. Que l'auteur en soit conscient ou non, il transpire quelque chose de très personnel dans son œuvre. Pas besoin d'être un génie ni même un grand artiste : le créateur sommeille chez chacun, il suffit juste de le réveiller. Et, le plus important ensuite : s'y tenir, persévérer, sans forcément savoir où on va.
À défaut d'analyser ma démarche et d'écrire sur mes propres photos, j'ai donc commencé par écrire sur les images des autres. Pendant longtemps, par simple plaisir d'écrire : j'aime écrire tous les jours, je serais capable d'écrire sur n'importe quoi du moment que je tape mes mille signes, le minimum pour que je me sente bien ; mais pas beaucoup plus non plus, au-delà de trois mille signes par jour je sature, sauf lorsque j'écris un roman (c'est alors environ quinze mille signes par jour).
Je me suis aperçu qu'écrire sur les images des autres m'aidait à voir les miennes autrement, que peu à peu cela me permettait d'en percer le mur. Le mystère de leur création a commencé alors à se révéler. Oh, très progressivement : la preuve, vous pouvez en suivre la progression sur ce blog car je ne garde pas de texte en réserve sur ma démarche ou ma façon de photographier, je les publie au fur et à mesure.
Depuis que je vois plus clair dans ma démarche, j'ai moins besoin ou envie de m'imprégner de celle des autres, d'autant moins que je n'aime pas me sentir influencé par un photographe. Je n'ai qu'un déclencheur, à défaut d'un maître ou d'un modèle, et c'est Ernst Haas. Quand j'avais 17 ans (environ), je suis tombé en admiration devant son livre La Création (quelques photos ici). Je pense que cet ouvrage m'a durablement marqué et qu'inconsciemment, j'ai toujours couru après quelque chose de cet ordre.
Le thème de la création est important pour moi. Pas sur un plan religieux mais sur un plan personnel. J'aime et je trouve essentiel l'impression d'être dans la création, de la sentir palpiter en notre sein, vibrer en soi ; d'autres appelleront cela autrement mais savent la joie immense du vent sur la peau, de l'énergie qui monte dans les pieds, du souffle qui pénètre le moindre des recoins comme jusqu'au plus profond des cellules (c'est une image bien entendu). C'est un thème autour duquel j'écris plus facilement que je ne photographie !
Je ne me souviens plus des photos de Ersnt Haas, de celles qui sont dans le livre, mais j'ai le souvenir d'une grande simplicité. On dirait sans doute « zen » aujourd'hui. Je crois que c'est cela qui m'a donné le goût des sujets simples en macro.
Puis j'ai oublié Ernst Haas, j'ai arrêté la photo pendant une quinzaine d'années et quand j'ai repris, l'abstrait m'est tombé dessus. J'ai d'abord photographié sans penser à rien ni même chercher puis j'ai voulu verbaliser ma démarche, sans succès au début. Le déclencheur pour m'autodécouvrir a peut-être été les portfolios, en particulier les portoflios peinture. Là est ma source d'inspiration pour la photo.
Outre la peinture et la photo, le texte est en lui-même un univers, mais un univers plus accessible, plus libre aux détours et riche de surprises. Ainsi, je commence à peine à comprendre combien l'écriture m'a guidé dans ma recherche photographique.
Je ne parle pas uniquement d'analyse par l'écriture, mais d'écrit littéraire ou plus libre, plus court. Texte ou photo, c'est le même auteur qui est derrière, c'est une sensibilité, une façon de tourner les choses, des habitudes et des obsessions également, mais qu'il s'agisse de qualité ou de travers, l'écriture va son chemin comme indépendamment de soi. Il est assez rare, si on se laisse un tant soit peu aller, d'aboutir à la fin du texte là où on pensait arriver.
Il y a donc une liberté et une autonomie propres à la plume qui, à mon sens, révèlent beaucoup d'une démarche : la mienne en ce qui me concerne, la vôtre si vous écrivez ou vous décidez de le faire.
Allez, à vos plumes !
Merci de vos commentaires
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25 Septembre 2009 à 18:10 dans
- DÉMARCHE



Bonjour
Merci pour ce texte, et bravo !
Vous savez effectivement parfaitement retranscrire ce que beaucoup d'entre nous (photographes amateurs et professionnels) aimerions souvent être en mesure de faire : accompagner nos photos de quelques phrases justes, sensibles, éclairant les images sans les écraser ou les détourner de leur raison d'être.
Mais c'est un art bien difficile !!!
Bien amicalement
Denis Lebioda
http://photo-denis-lebioda.net/
Posté par Denis Lebioda — 30 Sep 2009, 10:20
Un art difficile… Une telle expression signifie que tu mets trop d'enjeu ! L'appétit vient en mangeant et l'art de l'écriture en écrivant. Encore plus qu'en photo, c'est une question de pratique, de motivation, de persévérance. Il suffit de commencer et… de continuer ! Mais surtout, surtout , ne jamais vouloir écrire un chef d'œuvre, ni même LA phrase. Gros avantage : on a toujours quelque chose à dire…
Posté par Didier Vereeck — 30 Sep 2009, 17:05
Une technique qui marche tres bien pour moi c'est le "mind mapping" (c'est a dire un crayon, une ou plusieurs grandes feuilles blanches, dessiner des bulles avec les idees (mots cles), et des liens entre ces bulles. L'interet est de dresser un inventaire d'idees (et en susciter d'autres) sans toutefois se tracasser de les organiser en sequence. Ensuite, un tri pour choisir ce qui est utile, une reflexion pour organiser une sequence, et l'ecriture coulera de source.
Posté par Emmanuel — 30 Sep 2009, 22:50
Emmanuel, bien sûr que ce genre de technique est intéressante. On l'utilise surtout pour traiter un sujet mais je pense qu'en soi, c'est susceptible de bloquer ceux qui pensent n'avoir pas d'idées, soit la majorité de ceux qui disent avoir des difficultés à écrire, tout de même. C'est pourquoi j'insiste toujours sur l'écrit simple et facile ; d'ailleurs, un bon moyen de s'entraîner est de poster sur des forums des messages de plus en plus longs.
Posté par Didier Vereeck — 02 Oct 2009, 10:53
Ah, pour ceux qui sechent devant la page blanche, je n'ai pas d'idee a proposer.
Je veux seulement dire que tout le monde n'est pas sensible au texte structure et continu - d'ou les mind mapping, des p'tits dessins etc qui sont juste des trucs, tout comme la prise de notes comme vous l'indiquez (il faut essayer et puis apres chacun son truc).
J'apprecie votre blog et l'eclairage qu'il apporte sur votre pratique de la photographie.
Posté par Emmanuel — 03 Oct 2009, 01:35
Emmanuel je vous remercie, ça fait plaisir de savoir que quelqu'un apprécie ce que vous proposez.
Le mind mapping est évidemment utile, aussi bien pour préparer un exposé, qu'un cours, une conférence ou une intervention en entreprise. Il peut être utile pour analyser sa démarche et évidemment pour suivre un plan.
Après pour progresser vraiment dans la facilité d'écriture, il y a d'autres choses. D'ailleurs je compte dans un avenir pas très lointain proposer des stages spécifiques pour les photographes.
Posté par Didier Vereeck — 03 Oct 2009, 19:07