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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

[Exposition] Du vécu dans les expositions, humour et émotions


 
Argentique ou numérique ? 24x36 ou chambre ? 24 Mpx ou 6 ? Clic/agrandir

« Et si on parlait plutôt de l'œil du photographe ? », concluait Guy-Michel Cogné dans un éditorial (numéro 317 de Chasseur d'images). Il dénonçait ainsi plusieurs travers de photographes et un classique des expositions de photographies qui bruissent de questions sur le matériel et la soi-disant nécessité du top. Il ajoutait « Les photos que vous voyez dans les livres ou les expositions sont en général le fruit de longues années de travail. La plupart ont été faites il y a quatre, cinq, voire dix ans ! Donc avec les appareils de l'époque ».

Les croyances sur le matériel sont pénibles pour l'exposant, qui voit son public parler de pixels plutôt que des photos exposées, mais surtout elles sont toxiques pour ceux qui les profèrent. Certes, ils se défendent ainsi, avertissant la cantonade que par manque de matériel ils ne peuvent pas faire grand-chose, mais surtout ils s'interdisent de véritablement essayer.

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Combattre l'idée selon laquelle sans le dernier appareil on ne peut rien faire n'empêche pas d'avoir du matériel performant, mais d'une performance adaptée à ses besoins. On peut aussi adapter son style photo à ses moyens, certains y arrivent très bien.

J'ajouterai qu'une exposition est souvent celle d'un auteur, et qu'un auteur choisit des sujets et une manière de faire. Choix qui conduit à sélectionner également le matériel en fonction des objectifs. Au contraire, le photographe amateur sans démarche d'auteur est souvent du genre à photographier tout ce qui bouge et même de préférence ce qui ne bouge pas, et il imagine devoir posséder toutes les focales de 8 à 800 mm, avec de grandes ouvertures au cas où, et le meilleur du dernier cri car on ne sait jamais… Le tout avec un vieil ordinateur ou un manque de connaissances dans le traitement qui ne permet de toute façon pas d'exploiter tout cela…

Il ne s'agit évidemment pas de nier l'intérêt du matériel, juste de relativiser et de traquer plutôt le maillon faible de sa chaîne : à quoi sert le dernier cri en boîtier si on ne sait pas imprimer, ou si on n'a aucune idée de la gestion des couleurs ? Ou si on pense comme je l'ai souvent entendu que pour avoir davantage de profondeur de champ il faut ouvrir plus ?

Bref face à la certitude qu'on ne peut pas faire de bonnes photos sans 24 Mpx minimum, j'aurais tendance à être féroce, du moins dans le cadre littéraire et donc libre de ton d'une nouvelle. Les travers des photographes technophiles frisent parfois l'ubuesque, comme par exemple ce que j'ai raconté dans Une aventure au Nikon Pro Tour, Marseille.

Plus méchantes quoique probablement sans intention de nuire sont les réactions « Ah c'est bien ce que vous faites, vous savez, le neveu du fils du coiffeur a une sœur dont le cousin fait des photos comme les vôtres » ; ou encore, une amie à sa copine « Bah tu vois, toi aussi tu pourrais exposer ». Je ne sais d'ailleurs pas si la « bâche » n'était pas davantage destinée à la copine qu'à l'exposant (tes photos sont nulles mais tu vois qu'on peut exposer n'importe quoi).

Parfois je me dis que les visiteurs des expos pourraient être plus vigilants à leurs propos : il est si facile de blesser sans s'en rendre compte, ou de décourager. Piques et réflexions qui me dérangent toutefois moins depuis que je les prends avec humour et que j'en fais de petits textes.

Je serais intarissable et pas seulement par goût du sarcasme ; vous avez peut-être lu la nouvelle drôle et tendre La petite fille et le peintre. À travers ce texte, et par sa conclusion, j'ai également voulu dire combien exposer peut être riche d'émotions inoubliables.

En effet, si les propos des visiteurs sont parfois irritants, il ne faut pas oublier qu'une exposition est un moment émotionnellement intense, avec des perles. Bien des photographes n'y sont pas préparés et ne savent comment se comporter devant certains déferlements émotionnels. S'il vous est arrivé de recueillir dans vos bras les pleurs d'une mamie, vous savez de quoi je parle.

C'est à cela qu'il convient de se préparer surtout si, comme bien des photographes solitaires, vous n'êtes pas à l'aise avec les émotions.

Une photo touche souvent bien plus directement qu'une peinture. Si vous êtes là au bon moment, attentif et observateur, vous pouvez être témoin de fort belles choses. Par exemple comme ce qui est raconté dans Le vieil homme et la photo. Ou encore, en temps que visiteur cette fois, dans Une fable du réel : Montier-en-Der.

Il s'agit de moments certes rares mais qui restent gravés dans le cœur. C'est également cela, le vécu des expositions ; je dirais même qu'à chaque exposition, il se produit au moins un moment d'intense émotion. Il ne faut pas l'oublier et simplement sourire d'autres réflexions moins amènes ou technophilement harassantes ; en cas d'overdose on peut s'amuser à lire Les nouveaux mots de la photo au secours de nos petits travers ou en créer sur le champ de nouveaux !

Bref, comme je m'apprêtais à aller au vernissage d'une de mes expositions, Des filés d'eau de filets d'eau, je me demandais à quelle sauce j'allais être mangé. À combien de pixels cette fois les spectateurs placeraient la barre ? Alors, comment s'est passé ce vernissage ? Eh bien… ce sera l'occasion d'un prochain billet, à moins que je n'en fasse une petite nouvelle. À bientôt !

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Commentaires

  1. Pixels? Je repensais a votre post en visitant le musee de la photographie a Charleroi ce dimanche. Au rayon Pictorialisme 1890-1920, Missone, Stieglitz, Domachy, Marissaux, Ickx, Steichen, Longdon, Cameron, Emerson (j'avais mon carnet).

    Mais autant c'est un super musee, autant il peche comme bien d'autres par le manque d'explications. 2-3 paragraphe a l'entree de chaque salles (avec +/- 50 photos) et puis juste le nom de l'auteur, le titre, la date. Je pense que bien souvent un peu plus de texte ne ferait vraiment aucun tort (pourquoi, comment, que voir, regarder, anecdote, etc).

    Posté par Emmanuel — 05 Oct 2009, 23:42

  2. Oui, Emmanuel, vous avez raison. Les expos de peinture sont souvent mieux faites de ce point de vue.

    Même pour une expo à nous, il est bien de mettre du texte. Je viens de le faire pour une expo qui a connu un certain succès et le public a vraiment apprécié d'avoir des textes et de comprendre la démarche, ainsi que d'en apprendre au sujet de l'eutrophisation.

    Posté par Didier Vereeck — 06 Oct 2009, 09:58

  3. Cette manie qu'on certain de tout ramené au matériel est juste...navrant.

    Je suis du genre à aimé le beau matériel, j'avoue avoir une petite passion pour ça.

    Que ce soit ma vieille collection d'appareil, ou que ce soit pour des boitier récent.

    Je fantasme aussi quelques fois devant du matériel qui me serait inutile dans ma pratique (comme les objectif à bascule)

    Je fantasme encore plus sur du matériel qui me faciliterais la vie dans ma pratique de la photo (tournée vers l'animalier, donc besoin de longue focale)

    Pour autant, je sais que ce n'est jamais un appareil photo qui a fait le talent d'un photographe!

    Le matériel facilite juste la vie. Mais celui qui n'a pas "l'oeil du photographe" avec de l'entrée de gamme, ne l'aura pas plus avec du matériel pro.

    C'est malheureusement un concept difficile à faire accepter.

    "ho, elles sont belles tes photos, tu as quoi comme matériel?....ha quand même, je comprends mieux"

    Oui, j'avoue, parfois c'est blessant!

    Posté par darth — 19 Oct 2009, 15:23

  4. Oui Darth tu fais bien de souligner que rien n'empêche d'aimer le beau matériel si on n'oublie qui fait la photo. Le public imagine souvent des tas de choses et c'est bien normal s'il ne connaît pas le matériel. C'est plus navrant de la part de gens qui ont un matériel plus ou moins similaire au tien et qui pense que tes photos sont bonnes parce que tu as la gamme juste au-dessus. Mais bon, ça ajoute du piment aux expositions…

    Posté par Didier Vereeck — 19 Oct 2009, 16:21


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