[Composition] La peinture : une école pour se renouveler en photo ?
On entend souvent dire que les photographes manquent de culture artistique et de culture de l'image. Je ne vais pas aborder les choses sous cet angle mais vous donner envie d'utiliser la peinture comme source d'inspiration, même si vous n'y connaissez rien.
La peinture est suffisamment différente de la photo pour qu'on puisse y chercher quelque chose qui n'existe pas en photo, et de le chercher donne une autre vision du cadre. Chaque discipline a son univers, ses contraintes et ses lois propres : on ne peut pas copier mais on peut transposer. Ou traduire, je préfère ce terme car il ne s'agit pas uniquement de transposer, mais de s'inspirer, de se laisser aller ou simplement d'en tirer des idées et des enseignements. Voyons comment dans le premier article d'une série : 1. Traits et touches de peinture. 2. Les couleurs. 3. La composition.
Les traits sont d'immenses simplifications du réel qu'on ne peut pas retrouver en photo ; mais c'est un encouragement à simplifier. Les traits ou leurs variantes, les différentes formes de touches de peinture, permettent de structurer la toile ou au contraire de la déstructurer, de la rendre plus réaliste ou plus abstraite. Comment trouver un équivalent en photo ? Par le filé, l'ombre, le cadrage.
L'utilisation conjointe des mouvements de l'eau et du filé donne un aspect peu photographique, à la fois proche de la peinture et différent. On notera en outre qu'ici le regard est guidé à gauche, ce qui le contraint à changer son parcours habituel vers le haut à droite, et donc à passer davantage de temps dans la photo.
De voir régulièrement des peintures pourrait permettre à certains de sortir de leur quête de piqué, quête qui de mon point de vue transforme les photos en caricatures du réel. Pas question évidemment de prôner le flou en paysage, néanmoins il est intéressant d'utiliser les zones d'ombre dense ou les parties presque cramées et vides pour alléger la composition et donner à la photo une structuration qu'elle n'aurait pas sinon.
Utiliser l'ombre pour structurer une photo : dans le cas présent, le but est de conduire le regard dans une continuité entre le chemin et la crête ; il se trouve en outre que dans la réalité, le chemin passe bel et bien sur cette crête (et, contrairement aux apparences, sans difficulté particulière). On aime ou pas ce genre de photo mais un point de composition est intéressant : la tache sombre en bas à droite ramène le regard après qu'il ait suivi le chemin. Sans cette tache, la photo serait vide car trop simple. Par contre les deux artéfacts de contre-jour (images fantômes du diaphragme) amoindrissent sérieusement l'effet.
Bien des photos dites « piquées » sont en fait des fouillis inextricables de points ; ou au contraire des effets de bord au rasoir qui détruisent le sujet à trop le souligner. Il me semble plus intéressant de faire ressortir le sujet par le traitement du fond plutôt que par sa mise en relief à coup d'accentuation. Il est d'ailleurs bien connu en portrait ou en nu que c'est le fond qui fait la photo, dans le sens où s'il est raté ou trop présent il « tue » le modèle, et s'il est riche et discret il amène l'œil après un détour à revenir vers le modèle. Ce qui est vrai en portait peut l'être en paysage.
Les photos de villages qui semblent écrasés par la montagne sont fréquentes. Elles manquent le plus souvent d'intérêt car trop de piqué ou de détails sur la montagne détourne le regard du sujet. Ici, l'ombre et la lumière ont été utilisées pour faire disparaître le fond d'un coup de brosse, un peu à la manière d'un peintre. La photo est toutefois d'un impact faible car l'effet n'est pas assez prononcé et on voit encore trop de détails, d'une part, et d'autre part la tache de lumière est trop forte et détourne l'attention du village, qui manque lui-même de lumière. Néanmoins la même photo du village par beau temps n'aurait strictement aucun intérêt.
Au sujet de la quête éperdue du piqué et du maximum de pixels, je dirais que c'est oublier le propre de la photo, qui est de simplifier. L'amateur qui prend des photos de ce qu'il voit, sans se demander ce que ça donnera en photo, voudra une photo toujours plus riche en détails. Il aimera sa photo car elle lui rappellera de bons souvenirs. Et, si elle est bonne techniquement, il ne comprendra pas pourquoi elle endort les autres. Eh bien, tout simplement parce que la beauté du lieu ne suffit pas à faire une photo.
Exemple de photo de peu d'intérêt car trop riche. On voudrait plus de détails pour sauver la photo mais en fait, c'est le trop grand nombre de détails qui la tue. C'est beau, d'accord, mais… et alors ? Nul doute que cette photo ne laissera aucun souvenir à celui qui l'aura vue, si ce n'est de lui rappeler que l'automne en montagne, c'est beau. Beau mais plutôt vide, n'est-ce pas ? Une telle photo est typique de ce que l'on fait quand on se laisse influencer par l'émotion sur le terrain, en oubliant que ce qui est beau est rarement photogénique.
Mon idée ici était de mettre en valeur la ressemblance de modelé entre les rochers et les arbres… mais je dois être le seul à le voir ! Pour ce genre de sujet, il faut chercher des forêts de formes plus simples et, de même, des crêtes ou des sommets aux formes sobres et marquées comme par exemple :
Dans ce cas, l'ombre vient parfaitement séparer les sujets à la manière d'un peintre. Les formes sont sobres et quasi symétriques. L'étagement des plans est simple et il n'y en a que cinq, ce qui est peu en paysage. On peut reprocher sans doute une trop grande simplicité mais cette photo fonctionne. D'autres photos pourraient être plus jolies mais laisseront moins de souvenirs.
Dans mon idée, j'aurais voulu davantage une sensation d'à-plats mais je n'ai pas encore trouvé comment donner cette impression en photo.
On le voit, en photo on ne peut pas jouer sur les traits ou les touches (en général) mais on peut travailler sur les ombres, la matière (filé et traits naturels) et le cadrage, afin d'isoler un nombre limité de masses de couleurs.
Suite :
> 2. Couleurs vives, couleurs ternes
> 3. La composition et le centre
> ACCUEIL
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06 Octobre 2009 à 15:57 dans
- COMPOSITION








Pour ce qui est de l'aspect simplificateur du flou en paysage... Au-delà de la fleur à fond flou, le bougé peut parfois avoir un effet simplificateur à la manière d'un peintre.
Je ne dis pas que j'aime (même si la photo en exergue me plait), mais ça me semble intéressant en complément de ton exxxcellent article :
http://www.luminous-landscape.com/columns/landscape-blurs.shtml
Bon pour l'instant je n'en ai guère fait dans ce style que par accident, avec des résultats en conséquence... Mais ça n'empêche pas d'y réfléchir.
Posté par NikoJorj — 07 Oct 2009, 10:03
C'est vrai que c'est intéressant. Il y a également les arbres flous de Denis Lebioda : http://photo-denis-lebioda.net. Ou encore cette tentative de paysage flou que je trouve vraiment intéressante : http://photo-denis-lebioda.net/post/2009/10/05/Paysage-flou-du-jour
Pour en revenir au lien que tu donnes, j'ai la sensation que ça rapproche davantage de l'infographie que de la peinture. La difficulté en photo, qu'on arrive à surmonter avec l'eau, est de n'avoir que quelques traits qui rappellent la peinture, pas des traits partout.
Dans le genre, j'ai essayé à une époque le paysage en pose lente par jour de vent, afin de donner un effet crayonné à l'herbe et aux arbres. Je note hélas, même si cela me plaît, que le public considère tout simplement que la photo est floue… Donc, effet à revoir !
Posté par Didier Vereeck — 07 Oct 2009, 10:19