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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

La peinture : une école pour se renouveler en photo ? 2. Couleurs vives, couleurs ternes


 
Les couleurs pastels font souvent penser à la peinture alors que les tons criards évoquent l'infographie. Une telle photo serait jetée ou même, pas faite, par la plupart des photographes, à cause du manque de lumière. Clic/agrandir

Cet article est la suite de 1. Traits et touches de peinture

Voir un tableau dans un musée et le comparer à ses photos, voire à une photo dudit tableau, c'est un choc assuré. Quelle différence de tons ! Les couleurs sont plus ternes en peinture que dans la réalité, souvent même différentes ; le spectre ne recouvre en aucune manière celui mis en évidence par la photo.

À l'inverse de la peinture, les couleurs en photo tendent à être plus vives que la réalité ; il y a également bien moins de bleu qu'en peinture, et quand il y en a, on s'échine à l'enlever au post-traitement car, hormis au bord de la mer, une photo bleue paraît grise si le bleu est terne, et artificielle si le bleu est vif.

Voyons les conséquences de telles différences et comment en tirer parti pour renouveler l'approche de la couleur en photographie (à notre modeste niveau).

SUITE TEXTE ET PHOTOS


 

La différence est telle, et accentuée par le numérique, par la vision sur écran donc en RVB et par la mode aux couleurs flashy, que la photo s'approche davantage de l'infographie que de la peinture. C'est comme si en perdant le terne de leurs tons, les couleurs de la photo amenaient vers un monde virtuel. Je pense en effet que, symboliquement, il manque un ancrage terrestre aux couleurs trop vives. D'ailleurs, on représentait les scènes d'éden par des couleurs pastel, et tout ce qui est clair semble éthéré.

C'est pour cette raison que beaucoup de gens pensent que les « belles » photos sont faites sur ordinateur (réflexion classique lors des expositions).

Pour que nos photos soient davantage ancrées dans la réalité, il nous reste donc à ternir les couleurs ! L'entreprise n'est pas simple : elle est d'abord mentale. Le photographe a intérêt à se débarrasser intérieurement de la quête des belles couleurs. Il sera en effet plus facile en post-traitement de rehausser une couleur que de la tasser ; il faudrait alors ajouter du noir, ce qui est difficile en RVB et déconseillé en CMJN.

La couleur d'une photo tient en grande partie à la façon de traiter la scène, bien plus que du post-traitement. L'important est le rapport des couleurs entre elles comme dans ces deux photos.

    
 
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À gauche, la couleur de l'arbre est naturelle et paraîtra même à certains un peu terne. Néanmoins, la sobriété de la composition et des couleurs est certainement plus proche de la peinture que la photo de droite qui, elle, fait artificiel. Il s'agit pourtant du même jour au même endroit. Mais à droite, les couleur sont polluées par celles du fond, trop éclairé, qui dilue le tout dans un magenta peu esthétique (le post-traitement n'arrange rien).


La brume permet de se rapprocher de l'aquarelle et du pastel. Néanmoins, même dans ce cas, les couleurs en photo tendent à être trop vives.

 
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La solution adoptée sur cette photo a été de sous-exposer assez pour densifier les couleurs sans pour autant les saturer. La limite se joue au demi-diaphragme. En outre, le polarisant, quoiqu'en apparence inutile, donne plus de densité et atténue la présence du fond, laissant le regard se perdre dans un dégradé. Enfin, un diaphragme très fermé atténue le contraste et donne une impression que les couleurs se tassent. À f:5,6, qui suffirait largement ici, les couleurs seraient plus vives qu'à f:32 qui fut mon choix pour cette raison de « tassement ».

Il ne vous reste plus qu'à essayer : photographiez un sujet coloré à ces deux diaphragmes, 5,6 et 32, et vous comprendrez immédiatement ce que j'appelle des couleurs tassées. On peut ne pas aimer, il n'en reste pas moins que cela donne de la matière à la photo et la rapproche de la peinture. Certes, on perd de la définition : à chacun de choisir. Autrement dit, la diffraction si souvent crainte peut être utile : c'est elle qui change les couleurs en modifiant le contraste.

L'exposition a bien entendu beaucoup d'influence sur les couleurs. Une surexposition comme on en prend l'habitude en numérique tend à donner des couleurs vives et transparentes tandis qu'une sous-exposition donne des couleurs saturées et donc plus denses, plus ternes. Comment ça, plus ternes ?

Je sais que ça semble contraire aux a priori mais une couleur plus saturée est plus terne, si vous préférez plus épaisse. Pour l'obtenir sur une palette, il faut ajouter du noir, alors que pour obtenir une couleur vive et pétante, comme en numérique, il faut ajouter du blanc.

Prenons un exemple avec… une non-couleur. Un gris surexposé vire au blanc tandis que sous-exposé, il se densifie et s'assombrit. D'accord désormais pour dire que paradoxalement saturé = terne, ou épais ? La preuve en image…

 
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Cette photo a été prise un soir d'hiver alors que la luminosité était très faible. J'ai choisi un angle pour éliminer toutes les taches claires, telles qu'un rocher dans la terre rouge (il y en a pourtant beaucoup à cet endroit) ou un reste de neige dans les arbres. L'absence de lumière et de contraste au cours de cette soirée d'hiver permet d'obtenir une couleur peu habituelle en photo et qui me satisfait pleinement.

Une autre photo du même endroit avec le ciel est d'aspect comparable mais les couleurs sont un rien plus claires et vives et l'effet est différent. Je pense que les photographes préfèrent sans doute la version plus vive… pas moi !


Pas question de généraliser : j'aime aussi les couleurs vives (on me le reproche parfois). La première photo me semble d'autant plus forte et réussie que nous sommes sur les terres de Cézanne, la Montagne Sainte Victoire. La seconde est peut-être plus esthétique mais moins originale et surtout moins satisfaisante s'il s'agit d'évoquer le maître d'Aix.


La macrophoto permet souvent d'obtenir sans effort des couleurs proches de celles de la peinture, à tel point que cela en désarçonne certains, qui trouvent que leurs photos manquent de pep's.

 
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Dans cet exemple on est presque dans la non-couleur mais du coup la texture ressort d'autant mieux. Il serait dommage de pousser les curseurs pour obtenir du vif là où pour une fois l'œil peut se reposer. Cette feuille perdrait toute la densité qu'on ressent, ce cuir, de même que cette évocation du minéral vers lequel elle va, si par exemple elle fossilise. Toutefois, une composition forte est nécessaire pour ne pas obtenir une photo plate ; ici la composition pêche un peu.


 
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Les parois rocheuses couvertes de glace permettent de composer des tableaux à la manière d'un peintre car on peut choisir les formes plus ou moins à sa guise, et les couleurs sont souvent assez fades. Or le blanc est certainement la couleur qui rappelle le plus la peinture. Selon le cas et selon le jeu du polarisant, la glace rehausse les couleurs ou au contraire, comme ici, les noie dans les reflets à la façon d'un tableau quelque peu usé.


Penser à la peinture, c'est aussi réapprendre à voir. Une colline couverte de forêts est très sombre dans la réalité, les arbres ne sont bien souvent pas verts mais presque noirs. Un arbre est une combinaison de parties vertes et jaunes, car bien éclairées par transparence, et de parties grises et noires que sont le tronc et les feuilles à l'ombre. La majorité penche pour le gris et le noir, avec un tour plus ou moins coloré. Je ne dis pas que c'est beau mais j'insite pour dire que c'et la réalité, d'une part, et que d'autre part tout ce qui n'est pas coloré donne de la densité à la photo.

 
Clic/agrandir. Utiliser la forêt, finalement peu colorée, pour donner de la densité à une photo.


Vous allez me dire : oui mais justement, en argentique, on utilisait un polarisant pour éliminer les reflets sur les feuilles et donner de la couleur. C'est vrai, mais le polarisant n'enlève que les reflets, donc il redonne des couleurs à la partie de l'arbre qui en a ; par contre, il contribue à éteindre les couleurs du tronc et des feuilles à l'ombre ; ainsi, la photo ressemble davantage à un tableau peint.

La même photo prise en numérique et sans polarisant, surexposée pour exposer à droite, et traitée sans connaissance des couleurs, risque fort de se transformer en un vert criard qui attire le regard et tue la photo, lui ôtant toute perspective.

Le but n'est pas forcément d'imiter ou même de rappeler la peinture mais de réinventer sa palette en photo, et de ne pas se laisser entraîner dans le toujours plus coloré auquel incite le numérique ; ou alors de le faire en toute connaissance de cause : à chacun ses choix, évidemment.

 
Clic/agrandir. Dans une photo comme celle-ci, le photographe veut rendre la lumière. S'il examine la photo du point de vue des couleurs, il sera étonné de leur fadeur. Il pourrait être tenté de remettre de la couleur dans l'herbe (naturellement grise et jaune fadasse à cette époque de l'année) et de déboucher les ombres. Il ne resterait plus alors qu'un amas coloré. Cette photo, même si elle ne fait pas penser à un tableau, est traitée d'une manière inspirée de la peinture : quelques touches de couleur pour faire jaillir le sujet (la lumière) et le reste peu voire pas traité, à grands coups de sombre.


On le voit clairement sur cette dernière photo, on peut s'inspirer de la peinture à d'autres moments qu'à la prise de vue : au post-traitement. On peut tuer une photo si on ne fait que bouger les curseurs en oubliant pourquoi on l'a faite.

À méditer !

Lire ou relire :
> 1. Traits et touches de peinture, une inspiration en photo

Suite
> 3. La composition et le centre

> ACCUEIL


Commentaires

  1. "un diaphragme très fermé atténue le contraste et donne une impression que les couleurs se tassent."

    Est-ce que vous pourriez elaborer? Je peux vous envoyer deux photos (quasi macro avec un 150mm), une a f/4 et une a f/13, et j'ai l'impression que c'est plutot l'inverse. J'ai l'impression qu'a f/4, les zones floues sont plus grises, d'ou moins de "peche". L'histogramme a aussi l'air moins etendu. (Un peu trop de vent pour risquer f/22). Ou bien est-ce que par "tres ferme" vous voulez dire reellement ferme a mort (f/22 ou plus - diffraction (effet que je n'ai pas encore bien observe, car jusqu'a present mon grand copain le vent et moi sommes les principaux responsables du flou).

    Independamment de la conclusion, merci d'avoir signale la relation entre ouverture et contraste, qui ne me serait jamais venue a l'esprit.

    Posté par Emmanuel — 11 Nov 2009, 14:20

  2. OK, j'ai compris en relisant plus attentivement le paragraphe suivant qui indique clairement que vous parlez effectivement de diffraction - le probleme est que mon objectif ne va pas jusqu'a f/32. J'essayerai un jour ou il y a moins de vent.

    Posté par Emmanuel — 11 Nov 2009, 14:28


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