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PHOTO NATURE : L'ÂME DE LA TERRE

La peinture : une école pour se renouveler en photo ? 3. La composition et le centre


 
Clic/agrandir. Les sujets ne sont pas les mêmes en peinture et en photo mais la nature offre des points de convergence intéressants.

Par rapport à la peinture, la photo donne moins de liberté et surtout, la notion de sujet est fort différente. Scènes bibliques, portraits et natures mortes marquent des étapes dans l'histoire de la peinture ; rien de tout cela en photo. Nos sujets sont plus proches du réel, aussi pour y donner une dimension plus universelle voire cosmique, il faut chercher. Pour l'instant, seule la macro m'a permis de toucher ne fut-ce qu'un peu ce côté, justement parce que la composition y est plus libre.

On pourrait croire que le photographe est obligé de composer avec la réalité mais en macro il n'en est rien : quand le plan de netteté est étroit, on peut faire apparaître des formes et des couleurs dont l'asssemblage constitue un tableau qui n'existe pas dans le réel, lequel est en relief alors que le tableau est plan.

SUITE TEXTE ET PHOTOS 


 

 
L'intérêt de cette photo est de montrer que même en dehors de la macro on peut composer grâce à la profondeur de champ des tableaux qui n'existent pas dans la nature. Sur le terrain, l'œil du promeneur voit des arbres au premier plan, à travers lesquels il distingue la rivière. Le photographe utilise la masse verte pour donner une touche impressionniste grâce au flou.

Certains peintres, Picasso et Cézanne en tête, ont insisté pour composer le tableau de telle manière que le regard soit guidé au centre. Voilà qui est à l'exact opposé d'une des règles les plus souvent brandies en photo : tu ne centreras point.

Cependant, on remarquera que centrer le sujet n'est pas la même chose que guider l'œil vers le centre.


Une zone vide au centre comme cette tache bleue devient en pratique le centre de la photo et lui donne un côté peinture. Dans le cas présent, l'effet est malheureusement cassé par les rebords de glace top lisses et trop reconnaissables. Néanmoins, une telle photo serait banale sans la tache bleue du centre : en quelque sorte, le regard est guidé vers le vide qui donne le sens à la photo.

C'est pourquoi j'aime mettre des « fenêtres » au centre de mes photos et j'aime croire qu'elles ouvrent sur une autre dimension.

Il est important de comprendre que s'il est en général préférable de ne pas mettre le sujet au centre, il est essentiel d'y placer un point d'ancrage ou de repos. En effet, l'œil va commencer par voir le sujet et ensuite se déplacer. Si le sujet est au centre, l'œil n'y restera pas ; au contraire si au centre se trouve une zone vide, l'œil peut venir s'y réfugier au lieu de se perdre dans les nimbes, quelque part à droite en haut de la photo.

 


Une telle photo de cascade manquerait cruellement d'intérêt s'il n'y avait pas la zone cramée au centre. Comment ça ? Faire du cramé une zone centrale ? Eh bien oui, la preuve que cela marche. Ici, l'effet de calme et de repos suggéré par la frêle cascade est renforcé par ce vide où le regard peut se reposer. C'est plus net sur un tirage.

Symboliquement, le regard peut aller s'abriter dans un cocon, ou encore, l'eau rappelant immanquablement la matrice, au milieu du ventre de la terre, ou de la mère…

L'extrême consiste à laisser vide près de la moitié de la photo pour obliger l'œil à rester dans l'autre moitié, parfaitement centré sur le sujet, aussi petit soit-il. Ou encore à s'arranger pour que la photo soit partagée en deux parties dépourvues d'information mais très contrastées, le sujet étant à la limite des deux zones.


Cet exemple classique est couramment utilisé pour montrer quelques photos animalières sans avoir de matériel, par exemple ces deux chamois. Je trouve que ce type de photo est plus plaisant et apporte davantage qu'un sempiternel portrait de chamois en gros plan. Dans ce cas, la flemme et le manque de moyens du photographe sont au service de sa fibre artistique !

 


En paysage, une zone vide au centre peut renforcer la tension sur le sujet comme dans cet exemple ou le regard tombe littéralement sur l'arbre. Si le ciel avait été nuageux, la photo aurait peut-être été plus jolie mais sans aucune doute plus confuse, donc moins forte. On aurait été alors incapable de déterminer quel était le sujet, du ciel ou de l'arbre. En fait, si le ciel avait été photogénique, il aurait fallu faire une autre photo, surtout pas symétrique, en mettant par exemple l'arbre à gauche.

On remarque qu'ici la composition est fondée sur l'ombre. Il est facile de se rendre compte que sans l'ombre cette photo n'aurait qu'un intérêt moyen, ne fut-ce que parce que l'arbre ne ressortirait pas suffisamment. L'effet de symétrie est renforcé par l'ombre au premier plan à gauche qui fait écho à l'ombre principale en arrière-plan. Cerise sur le gâteau, une zone grise d'herbe dans la partie droite semble prolonger la crête.


En peinture, le format des toiles est bien plus proche du carré que le format courant en photo. Or, comme le fait remarquer Darth (Le format carré), le format carré en photo amène à mettre le sujet au centre. Un peu comme en peinture. Mais si on suit Cézanne et Picasso, peintres modernes voire révolutionnaires, ce n'est pas le sujet qu'il faut mettre au centre mais le regard qu'il faut y conduire.

Même en format allongé, comme en format carré, je reste persuadé contrairement aux idées reçues que le centre est un point fort trop souvent négligé. L'idée est laisser une tension au centre sans y mettre de sujet.


Le chemin s'arrête en plein centre dans la photo. Cette interruption crée une tension qui n'importe où ailleurs serait moins forte. Il y a bel et bien un vide au centre, qui n'est pas une couleur ou une absence de sujet, mais un vide symbolique : un manque. Mentalement, le spectateur tend à combler ce vide, et se trouve de ce fait propulsé au centre de la photo et n'a plus qu'une envie, marcher tranquillement dans ce paysage automnal.


Bref, voilà quelques éléments de réflexion dont le but n'est pas de valoriser la peinture au détriment de la photo mais de vous inciter à élargir votre palette photographique par quelques essais et réflexions en dehors des sentiers battus.

Lire ou relire :
> 1. Traits et touches de peinture, une inspiration en photo
> 2. Couleurs vives, couleurs ternes

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Commentaires

  1. bonjour didier,

    j'apprécie cette approche par le biais de l'ancêtre de la photo qu'est la peinture...
    il va de soi que les sujets traités au fil des siècles, tiennent à la culture de la société et ses évolutions...
    l'apparition de la photo a permis à la peinture de se défaire de sa fonction principale; représenter le réel (ou le divin) pour élargir ses champs et entrer dans une réelle phase de création.... en se défaisant de l'illustration...

    ce faisant, la peinture s'est défait des règles qui présidaient à sa conception, en a créer de nouvelles, a pu transcender le tout....
    la photo par contre, est restée trop souvent et majoritairement "coincée" dans ce magma de règles bien établies...
    je me souviens pourtant dans la foulée de 68 que la photo était très créative.... je ne retrouve plus cela aujourd'hui. le numérique et le net n'y sont pas étrangers.... même si l'outil ne défini pas, par essence, la culture et la créativité....

    je pense donc que revenir un peu à la source, à la bifurcation du 19eme et s'intéresser quelque peu aux évolutions de la peinture est en soi une bonne chose....
    ayant fait les beaux-arts, je suis entré dans la photo (1979) avec ce bagage, ses conceptions (celles d'avant la bifurcation) sans connaitre aucunement la culture photographique.... ce sont les forums qui m'ont fait découvrir tout ce dont doit comporter (parait-il) une photo pour être "bonne"....
    mais perso, je ne sais rien faire avec ça.... pour la simple raison que les artistes qui sont présents dans mon esprit lors de la prise de vue, sont le caravage, rembrandt et d'autres gars du clair-obscur....
    à chacun ses références......
    je pense donc que se référer à la peinture, à l'analyse des tableaux, leurs compositions etc... peut être une occasion d'un renouvellement de l'art photographique, bien trop "monoformatée" par les temps qui courent.

    à bientôt

    jean-luc

    Posté par jean-luc — 31 Oct 2009, 19:16

  2. Merci Jean-Luc pour ton commentaire circonstancié. C'est vrai qu'avec ton type de photo Rembrandt voire le Caravage peuvent être de bonnes sources d'inspiration !

    Est-ce que tu t'en sers consciemment ou simplement par imprégnation ? Est-ce que parfois tu as essayé des prises de vues en pensant à un tableau en particulier ? Je suppose que c'est plutôt un état d'esprit général ?

    Posté par Didier Vereeck — 01 Nov 2009, 14:12

  3. bonjour didier,
    il s'agit en effet d'un état d'esprit général.... l'idée de la lumière des bougies (pour le caravage) et d'essayer de retrouver ça en scène, en tous cas, de saisir ces lumières quand se présentent.... (éventuellement orienter le traitement dans ce sens....
    cela dit, connaissant bien les tableaux du caravage (mais pas seulement lui), certains sont imprimés dans mon esprit... et je peux "visualiser" le tableau à certains moments (mais cela reste très très rare...)

    "visualiser" donc sans forcément penser à un tableau particulier lors des prises de vue .. les concerts ne se prêtent pas trop à cela, (et puis j'ai la fâcheuse habitude de photographier les artistes individuellement....) le théâtre pourrait peut-être se prêter à ce type de vues.... voilà voilà...

    jean-luc

    Posté par jean-luc — 01 Nov 2009, 15:42

  4. Merci pour ton témoignage intéressant et qui fait voir tes photos avec un autre œil, en plus !

    Je crains hélas que nous soyons peu nombreux à nous intéresser à ce type de démarche. Mes articles autour de la peinture suscitent un silence poli…

    Posté par Didier Vereeck — 01 Nov 2009, 17:06

  5. bah, vaut mieux un silence poli, mais pas forcément désintéressé... qu'un vacarme polémiste comme on peut en voir en ce moment sur certains fora.....
    cela dit, à me relire, je ne me trouve pas très clair...
    heureux sois-tu d'avoir pu me comprendre dans mon fouillis...
    je préciserai tout de même quand je dis "visualiser" un tableau, il est plus exact de dire "visualiser" une lumière... il s'agit surtout de ça dans mon approche... la lumière.... mais ça tu l'avais compris....

    bonne semaine et à montier.... sans faute

    Posté par jean-luc — 01 Nov 2009, 21:49

  6. Oui, pour moi c'est clair car il m'arrive parfois la même chose !

    Montier… vraiment pas sûr pour l'instant !

    Posté par Didier Vereeck — 02 Nov 2009, 19:06


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